25 juin 2005
Illustrateurs taiwanais - Yellow
Après quelques jours de vacances bien méritées, me voici de retour avec l'envie de vous faire découvrir de superbes artistes taiwanais. Il s'agit d'une équipe composée des illustrateurs Chen, Shu-Fen/Common ( Ping Fan ), du scénariste Yin Hua et de la traductrice Mariko Suzuki.
Le livre s'appelle "Yellow HEX AD 8C 38"; allez savoir pourquoi un tel nom mais il est plus connu sous le nom de Yellow. Il fait 54 pages, les dialogues sont en anglais, japonais et taiwanais et il raconte l'histoire d'une jeune fille, dans un bar, perdue dans ses pensées à propos d'une histoire d'amour commencée dans son entreprise.
Si je parle de ce livre c'est que les illustrations sont superbes, trés différentes de ce que j'ai vu jusqu'à présent de la part d'artistes japonais ou occidentaux. J'aime tout particulièrement la couleur de la peau de l'héroïne, la finesse de ses cheveux, l'emploi des couleurs... les dessins sont un véritable enchantement, j'espère que vous apprécierez :-)
Vous pouvez le commander sur le site
http://www.nippon-export.com/catalog/product_info.php?products_id=9364 ou bien voir à la librairie Tonkam 29 rue Keller 75011 Paris, téléphone 01 47 00 78 38, http://www.tonkam.com s'il est encore disponible.
Voici les couvertures des quatre livres que je possède ainsi que deux extraits de Yellow.
Yellow
Blue
Red
White
Yellow - extraits
Yoshitoshi, le dernier grand maître des estampes
Toshio Saeki, estampes érotiques
Hiroshi Nonami, photographe de la beauté féminine
Takato Yamamoto, ukiyo-e SM et fantastique
Kashima, illustratrice et designer japonaise
Junko Kitano et Shimizu Reiko, illustratrices japonaises
Poème sur le Japon : Esthétisme
12 juin 2005
Ozu Yasujiro et le kanji mu ( le vide, le néant )
Dans les années 90 j'ai visionné beaucoup de films de Ozu. Il s'en dégageait une telle serénité que je me sentais moi même apaisé en les regardant. Je traversais alors une période difficile, déprimante, où mon seul rayon de soleil était le Japon.
J'ai ensuite beaucoup lu sur ce grand réalisateur et, parmi beaucoup de points passionnants, l'un m'a particulièrement intrigué. Il s'agit du kanji ( idéogramme chinois ) gravé sur sa tombe, à Kita-Kamakura, dans le temple Engaku. Ce kanji se prononce mu et il signifie le Vide, le Néant. Attention cependant à ne pas y voir la connotation négative occidentale d'absence, de disparition mais un sens bien plus positif, oriental, qui est l'idée de faire un avec l'univers, de se fondre dans ce qui nous entoure. Difficile en effet d'imaginer un homme si humaniste, si amoureux de la vie portant pour l'éternité un symbole négatif sur sa pierre tombale.
Voulant en savoir plus sur ce fameux caractère mu, sa signification, son origine, voici les indices que j'ai recueillis ces dernières années.
"Formes de l'impermanence, le style de Yasujiro Ozu" de Youssef Ishaghpour chez "De parti pris, Yellow now"
Ozu a fait graver sur sa tombe mu, Rien, le mot fondamental de la pensée zen."
"OZU" de Donald Ritchie chez "Lettre du blanc"
"Sa tombe est gravée du seul caractère mu - un concept esthétique, un terme philosophique que l'on traduit généralement par "vide" ou "vacuité".
"Tokyo ga" Documentaire de Wim Wenders
"La tombe de Ozu ne porte pas de nom mais seulement un signe chinois ancien, mu, qui signifie le vide, rien."
Dans mes dictionnaires de japonais, mu est traduit par "rien, néant, négation, sans, ne pas être".
C'est en 1938 que Ozu, lors de son service militaire, demanda à un moine chinois de lui peindre ce caractère mu. Sur le site en anglais http://www.easterwood.org/ozu/062103exhibit/
kamakuraexhibit2.html on trouve la copie d'un livret d'exposition consacré à Ozu avec ce fameux kanji, celui-là même qui fut dessiné par le moine chinois et qu'Ozu garda jusqu'à sa mort. On remarquera l'aspect calligraphié trés différent du kanji dessiné dans les dictionnaire, lui même encore différent du kanji représenté sur la tombe de Ozu.
Le dessin du moine chinois
Le kanji mu, tel qu'il apparait dans les dictionnaires
En Avril 1997, lors de mon premier voyage au Japon, je me suis bien sur recueilli sur sa tombe, en voici quelques photos.
C'est le même kanji que plus haut, mais sous une caligraphie encore différente
Tokyo Ga de Wim Wenders
Ryu Chishu se recueillant sur la tombe de Ozu
De retour en France j'avais envie de me faire un tatouage sur la poitrine avec ce caractère tellement ce pays m'a profondément marqué. J'ai pourtant attendu sept longues années avant de franchir le pas, fin 2004, pour être sur et certain de vouloir être marqué à vie. Les films de Ozu condensent de façon dépouillée mes goûts, mon sens de la beauté, il a su cent fois mieux que moi exprimer ma vision du monde, c'est pourquoi je tenais à porter en moi le même signe.
Mon tatouage ( j'en suis trés fier :-) )
Le Mono no aware
Dans plusieurs livres consacré à Ozu comme "Ozu Yasujiro" de Shiguhiko Hasumi" mais aussi dans le livre de Donald Ritchie on mentionne surtout le Mono no aware comme concept représentant la philosophie de ses films.
"OZU" de Donald Ritchie chez "Lettre du blanc"
"Les textes fondamentaux du Zen font de l'acceptation et de la transcendence du monde le point nodal de l'art de vivre qu'ils proposent, tandis que l'art narratif japonais traditionnel célèbre le monde tout en y renonçant. De nos jours on emploie souvent le terme mono no aware pour décrire cet état d'esprit ou, selon le mot de Tamako Niwa "la tristesse sereine" qui nous envahit à la vue du monde. On l'utilise également pour décrire l'acceptation tranquille d'un monde en transition, le plaisir innocent et éphémère goûté à l'activité quotidienne ou encore le contentement procuré par la précarité de sa propre existence."
Les deux termes sont bien surs complémentaires pour décrire la philosophie de Ozu, c'est pourquoi je ne pouvais parler de mu sans le mono no aware.
Notes liées dans mon blog
Yûkoku, Patriotisme, Rites d'amour et de mort, le film de Yukio Mishima
Tora San : CD des chansons des films
Ozu x 36 = l'intégrale à la maison de la culture du Japon
RYÛ Chishû, l'acteur fétiche d'Ozu ( 1904 - 1993 )
Livres sur le Japon - 03 - Le cinéma
Yasujiro Ozu, Chishu Ryu et poèmes
05 juin 2005
Takuboku Ishikawa ( 1886 - 1912 ), poète
En 1938, Georges Bonneau écrit "Takuboku meurt à vingt-sept ans, ayant, du fond même de la misère humaine, jeté vers le ciel trop haut et la terre trop sourde la plainte la plus désespérée de toute la poésie japonaise."
Je voue une grande admiration à ce poète, qui a su mieux que quiconque traduire la souffrance que j'éprouvais il y a encore quelques années envers mon enfance et le déracinement du lieu où j'ai grandi... Mon image du déracinement est celle d'un enfant, planté dans le sol où il a grandi et qui un jour de déménagement en est arraché violemment, laissant en terre une jambe cassée au niveau de la cuisse, restant handicapé pendant trés longtemps.
Cette note a pour but de vous faire découvrir ce grand poète japonais qui est trés accessible aux occidentaux. La poésie de Takuboku n'est ni elliptique ni élitiste, elle parle simplement de la vie de tous les jours, de la tristesse, des regrets, du temps qui passe avec des mots simples. En seulement quelques mots les images prennent corps, les émotions sont palpables et on replonge avec Takuboku dans notre enfance. Tel est le pouvoir du poète, abolir le temps et faire remonter des tréfonds d'anciennes blessures. En quelques lignes, de façon intense et parfaite, les tourments du coeur sont exposés à vif.
Notes biographiques
Takuboku Ishikawa est né le 20 Février 1886 près de Morioka dans la province d'Iwate au nord-est du Japon. Takuboku est un brilliant étudiant puis il se détourne des études et animera plusieurs mouvements contestataires dans son lycée. En 1902, après avoir été découvert trichant aux examens il quitte l'école sans diplôme.
A 17 ans, plusieurs de ses poèmes sont déjà publiés dans la revue Myojo.
En 1906, il obtient un poste d'instituteur à Shibutami.
Le 13 avril 1912, Takuboku Ishikawa décède de la tuberculose dans sa vingt-septième année, peu après sa mère morte en mars.
Trois recueils de poèmes de cet écrivain sont disponibles chez Arfuyen
Fumées
Ceux que l'on oublie difficilement
L'amour de moi
Extraits de la préface d'Alain Gouvret de "L'amour de moi" chez Arfuyen
"Dans "Fumées", des souvenirs reviennent semblables aux nuées qui s'élèvent dans le ciel de la capitale. Les poèmes témoignent de l'attachement au pays natal et à l'enfance mais aussi du déchirement du départ.
"Ceux que l'on oublie difficilement" remémore les errances dans les régions froides du Hokkaido ainsi que ceux, amis ou rencontres, qui ont marqué le jeune poète.
"L'amour de moi" s'inscrit dans une veine plus personnelle encore. Takuboku note les émotions qui se présentent à lui au gré de la mémoire ou du vécu quotidien.
La tristesse accablante qui émane de nombreux poèmes évoque davantage la condamnation d'un système générateur de souffrances et de malheurs que la sensibilité à l'impermanence des choses que l'on trouve dans la poésie classique japonaise."
Takuboku utilise le Tanka plutôt que le Haiku. Le Tanka est formé de trente et unes syllables selon l'ordre suivant 5/7/5/7/7. Pour rappel, le haiku, bien plus connu en Occident, est le premier vers du tanka..
Petite sélection de poèmes, j'espère que vous apprécierez ces merveilles!
Par les fenêtres du wagon
jusqu'à trois fois j'ai regardé ces noms de villes
qui me furent familliers
Ce poème chinois d'une stèle
sur le sentier des paturages des monts Hakodate
même cela je l'ai un peu oublié
Elle attendait de me voir ivre
pour alors chuchoter
diverses choses tristes
Je voudrais à nouveau m'appuyer au rebord
du balcon
de l'école de Morioka
Comme cerf-volant au fil coupé
l'allégresse de mes jeunes années
s'en est allée au vent
Comme un fauve qui souffre
mon esprit s'apaise
quand j'entends parler du pays
La balle
que j'avais lancé sur le toit de l'école
qu'est-elle devenue
De retour au pays cette douleur en moi
la route a été élargie
le pont est neuf
Je finis cette note en insistant sur deux poèmes que j'apprécie plus particulièrement
De retour au pays cette douleur en moi
la route a été élargie
le pont est neuf
Je remonte quelques années en arrière, cinq, six ans... de retour chez moi, l'intérieur de la gare avait été refait; disparu le charme de ce bâtiment d'une sous-préfecture de province, remplacé l'ancien guichet par un nouveau impersonnel et morne type gare RER. Quelle tristesse, même cela disparait, le pays change, se transforme et c'est douloureux.
Ce poème chinois d'une stèle
sur le sentier des paturages des monts Hakodate
même cela je l'ai un peu oublié
On fera attention au "Même cela", sous-entendant beaucoup plus qu'une première lecture ne le laisse supposer. Premièrement il signifie qu'il a oublié énormément de choses et pas seulement ce poème chinois, ensuite qu'il croyait que certains souvenirs résisteraient au temps. Quelle cruelle déception et chagrin cette "trahison" a du être pour lui. A plusieurs reprises j'ai ressenti la même angoisse, toujours quand un souvnir enfoui de mes jeunes années refaisait surface, au détour d'une chanson, d'une photo... C'est moins douloureux aujourd'hui, est-ce un bien, est-ce un mal?
Notes liées dans mon blog
Les belles endormies de Yasunari Kawabata
03 juin 2005
DVD de Kabuki : 3 heures de spectacle majestueux!!!!!
Le DVD d'un spectacle de Kabuki qui dure 3 heures, c'est le cadeau que je viens de me faire :-)
J'avais vu chez Junku, la librairie japonaise du quartier de l'Opéra à Paris, ces DVD fin 2004 lors d'une réprésentation de Kabuki à Chaillot mais les prix étaient excessifs. J'ai alors patiemment cherché sur le web pour finalement trouver un site anglais qui les vends pour 30 livres ( autour de 45 euros, frais de port inclus ) : http://www.farsidemusic.com/acatalog/
Sur la page d'accueil, cliquer à gauche sur SiteMap puis, au centre de l'écran, choisir DVD - Kabuki
A noter que sur ce site, la page où on saisi son numéro de carte n'est pas en https mais en http et contient une zone qui elle est en https. Après quelques minutes d'hésitation j'ai quand même sauté le pas même si c'est la première fois que je vois ce système.
On évitera en revanche d'acheter sur ce site http://www.martygrossfilms.com/films/masterpiece/masterpieces_kabuki_synopses.html où les mêmes DVD sont à 80 dollars :-( En revanche il y a quelques infos absentes du site de farsidemusic, notamment la durée de la pièce!
Le nom de la collection de ces DVD est "The best selection of Kabuki" chez SHV ( Shochiku Home Video ) et la pièce que j'ai vue s'appelle "Yamato Takeru".
Voici un extrait du livret "Yamato Takeru est la première et mieux connue des pièces du kabuki moderne appelé "Super Kabuki" qui a été développé par Ichikawa Ennosuke III et sa troupe d'acteurs dans les années 1990. Cette pièce a été écrite par le célèbre philosophe et historien Umehara Takeshi et est basée sur l'histoire du légendaire héros Yamato Takeru, comme racontée dans le recueil de mythes du 8ème siècle appelé Kojiki. Bien que Yamato Takeru soit assez orthodoxe dans son usage des techniques du Kabuki, des touches modernes comme les costumes et les effets spéciaux sont ce qui définissent ce genre appelé Super Kabuki. Superbes chorégraphies pour les scènes de combat, scène où l'acteur vole dans les airs, changements rapides de scènes, où un acteur peut jouer plus d'un rôle à la fois, passant de l'un à l'autre en un clin d'oeil, tout ceci est la marque des production Ennosuke."
L'image est trés belle mais la pièce est uniquement en japonais. Il y a néanmoins possibilité de commentaires audio en anglais au début d'une scène expliquant son déroulement mais les dialogues ne sont pas sous-titrés. Pour ceux qui lisent l'anglais, dans le livret joint au DVD, il y a la présentation de la pièce, acte par acte, scène par scène de façon détaillée qui permet de bien comprendre l'intrigue : l'histoire se déroule dans le Japon de l'époque Yamato, l'empereur a deux fils dont l'un tue accidentellement l'autre. Pour le punir, son père l'envoie pacifier une région qui s'est rebellée. S'ensuivent de nombreux combats, une histoire d'amour avec une princesse, l'intervention d'un dieu de la montagne ... Impossible de tout résumer ( la pièce dure quand même trois heures ) mais les rebondissements sont multiples, comme il se doit dans ce genre de pièce. Bref que du classique mais avec des costumes si beaux, aux couleurs si chatoyantes, des maquillages superbes que j'étais heureux d'avoir vu un spectacle aussi sompteux.
Je ne me permettrais pas de faire des commentaires sur le jeu des acteurs ni sur la mise en scène vu que je ne maîtrise pas du tout les arcanes de ce théâtre mais cette pièce est jouée par une grande star du Kabuki, Ichikawa Ennosuke III, gage de qualité. Je ne peux donc que vous conseiller l'achat de cette merveille.
Présentation de la pièce et du DVD
Pièce en trois actes, enregistrée en 1995, à Tokyo, au théâtre kabuki-za
Durée : 180 minutes
Langue : japonais
Sous-titres : japonais au début de chaque scène pour en faire une présentation
Commentaires audio : en anglais, au début de chaque scène pour en faire une présentation
Livret de 12 pages : en japonais et en anglais, présentation du Kabuki sur deux pages, de la pièce scène par scène sur trois pages, distribution de la pièce sur une page
Distribution des principaux roles
Prince Ôusu : Ichikawa Ennosuke III
Prince Ousu ( Yamato Takeru ) : Ichikawa Ennosuke III
Princesse Etachibana : Ichikawa Emiya II
Princesse Otachibana : Ichikawa Shunen
Princesse Yamato : Ichikawa Emisaburô
Kumaso Takeru l'ancien : Bandô Yajûrô
Kumaso Takeru le jeune : Nakamura Shinjirô
Yairepo : Ichikawa Enya
L'Impératrice : Ichikawa Monnosuke
L'Empereur : Ichikawa Danshirô IV
Quelques images

Partie multimédia
Un extrait de pièce sur Youtube!
http://www.youtube.com/watch?v=YGmOXXY72K4
Notes liées dans mon blog
Butô, la danse des ténèbres
Costumes précieux du Kabuki
Commentaires repris de mon ancien blog
Bonjour,
Nous sommes deux à monter une exposition intitulée "invitation à la culture japonaise" pour le début de l'année 2006 en banlieue parisienne.
Nous recherchons des vidéos sur le kabuki et le nô sans devoir dépenser des "sous" que l'on a pas... les subventions étant tout à fait aléatoires.
Auriez-vous des tuyaux pour trouver ces rares documents visuels ?
Merci d'avance.
Ecrit par : muguette | 23.06.2005






















