Mon amour pour le Japon et Tôkyô

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29 mai 2011

Les Cahiers de la Bande Dessinée N°74 (Mars-Avril 1987) "Entretien avec Keiji Nakazawa"



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Dans "Les cahiers de la Bande Dessinée" numéro 74 de Mars-Avril 1987, a été publiée une interview de
Keiji Nakazawa, celui qui écrivit "Gen d'Hiroshima", publié quatre ans auparavant chez Les Humanoïdes Associés.


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Autobiographies (2)

Les pages qui suivent contiennent quelques contributions supplémentaires sur les bandes dessinées autobiographiques, thème que nous avions déjà largement développé dans notre précédent numéro. On lira tout d'abord ci-dessous une brève interview de Keiji Nakazawa, l'auteur de Gen d'Hiroshima, dont nous avions évoqué l'œuvre et la carrière.


Entretien avec Keiji Nakazawa


Comment êtes vous entré dans ce métier?

J'ai d'abord été un lecteur assidu de bandes dessinées. J'avais hérité de mon père, qui était peintre, un goût pour le dessin. Je me suis mis très tôt à copier les BD que j'aimais, et dès l'école primaire j'ai décidé d'en faire mon métier. J'ai suivi une formation pour apprendre à réaliser des panneaux publicitaires. C'est une discipline qui touche à la fois au dessin, à la couleur et au graphisme... A 22 ans, je me suis installé à Tokyo, et au bout de six mois je commençais à publier dans le mensuel SHONEN GAHO, best seller de l'époque. Par la suite, j'ai collaboré à divers magazines, tout en travaillant comme assistant pour un autre dessinateur, Kazumine.



Vous faisiez de la bande dessinée depuis plusieurs années lorsque vous avez entrepris de dessiner Gen d'Hiroshima. Qu'est-ce qui vous a décidé à raconter cet épisode dramatique que vous aviez vécu ?

Fondamentalement, la BD est pour moi une chose amusante. Dans mes récits, j'ai abordé des thèmes historiques, j'ai fait de la science-fiction, j'ai parlé du base-bail, etc. Jamais je n'aurais envisagé a priori de dessiner une chose aussi horrible que l'explosion d'une bombe atomique. C'est la mort de ma mère, en 1966, (après quatre années de souffrances terribles) qui m'y a décidé. Mais j'ai dû faire un gros effort pour surmonter mon dégoût et dessiner cette histoire. Certaines personnes — surtout à l'étranger — ne me connaissent que comme «le dessinateur de Gen d'Hiroshima». Cela me chagrine de porter cette étiquette, car j'ai fait beaucoup d'autres choses et je voudrais être jugé sur l'ensemble de mon œuvre. Heureusement, mes BD comiques paraissent actuellement dans une collection cartonnée chez l'éditeur Chobunsha. Cinq volumes ont été publiés en 1986, sept autres devraient suivre en 1987.


Gen d'Hiroshima nous intéresse ici sous l'aspect autobiographique. Pardonnez-nous d'évoquer des souvenirs pénibles mais. .. qu'est ce qui a changé en vous à la mort de votre mère ?

J'étais très loin de tout ça, à l'époque. Je vivais à Tokyo dans le milieu de la BD, et soudain j'ai reçu ce télégramme m'annonçant la mort de ma mère. Je suis retourné immédiatement à Hiroshima. Ma mère a été incinérée. J'ai été extrêmement choqué parce que ses os avaient disparu. La coutume est, comme vous le savez, de retirer les os des cendres pour les conserver dans une urne. Or, les os des personnes atteintes par la radioactivité se consument complètement, il n'en reste rien. Je me suis mis très en colère contre cette bombe qui m'avait enlevé jusqu'aux os de ma mère. J'ai alors dessiné Gen d'Hiroshima pour nous venger, elle et moi.


Vous-même, n 'avez-vous pas été exposé aux radiations ?

Si, et aujourd'hui j'ai la «maladie atomique». Ma santé est mauvaise et mon état ne pourra que s'aggraver. J'essaie d'accepter cela avec une relative sérénité.


Dans quelles circonstances Gen d'Hiroshima a-t-il été traduit en français?

C'est un Français, un certain Monsieur Gilles, qui m'a proposé de négocier la publication de Gen en France. Il avait déjà participé bénévolement à l'édition anglaise. J'ai été très déçu du résultat, parce que le seul volume s'arrête juste après l'expérimentation de la bombe atomique. On ne voit rien des effets sur la population d'Hiroshima. Cela me désespère car j'estime que mon œuvre a été dénaturée. (NDLR: Nakazawa ne paraît pas savoir que c'est l'arrêt de la collection «autodafé» qui a empêché Les Humanoïdes Associés de nous donner le second volume prévu.)


Il y a eu aussi une adaptation en dessin animé...

Oui. Elle a été vue par plus de trois millions de Japonais, présentée aux Pays-Bas et en URSS, et des négociations sont en cours pour que le film soit projeté en Amérique et en France. Je tiens essentiellement à ce que le film soit montré aux Américains. J'en ai moi-même écrit le scénario et il contient tout ce que je souhaitais dire.

(Propos recueillis par Masahiro Kanoh; traduit du japonais par Masuyuki et Fabienne Mizoguchi.)"

Posté par David Yukio à 11:05 - Livres, revues... - Permalien [#]