Mon amour pour le Japon et Tôkyô

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13 octobre 2021

Roman graphique: "Mishima: Ma mort est mon chef d'oeuvre"



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Le livre "Mishima: Ma mort est mon chef d'oeuvre" est un roman graphique de 2019 retraçant la vie de l'écrivain japonais Yukio Mishima. Sur 248 pages, les auteurs parcourent les quarante-cinq ans de Kimitake Hiraoka (1925-1970), de la naissance jusqu'à sa mort violente et traumatisante.


Points positifs

  • la BD reprends les grandes étapes de la vie de Mishima, tous les évènements majeurs qui ont structuré sa personnalité et son imaginaire maladif
  • beaucoup plus rapide à lire qu'une biographie classique en texte
  • aucune condamnation de la part des auteurs du personnage qui fut pourtant qualifié de fasciste
  • un beau noir et blanc, avec une couleur noire dense qui m'a fait penser à Comes ou à Pratt et Corto Maltese 
  • couverture rigide, épaisse et papier de très bonne qualité


Points négatifs

  • analyse psychologique pas assez poussée: Mishima est un personnage bien trop complexe pour se faire piéger dans 248 pages
  • dans la BD, nous voyons tout à travers les yeux de Kimitake, ce qui empêche l'auteur omniscient de donner des informations, des interprétations sur le parcours de l'écrivain
  • le dessin; désolé Li-an mais je le trouve assez pauvre, pas assez détaillé, même si ainsi il ne détourne pas le lecteur du sujet, à savoir essayer de comprendre le mystère Mishima 
  • trop court


Dessinateur: Li-An 
Scénario: Patrick Weber
Éditeur‏ : Vents d'Ouest
Nb de pages : 248
Dimensions: ‎17.7 x 2.5 x 25 cm
Année: 2019


En résumé: un livre à posséder absolument pour toute personne voulant découvrir rapidement qui était Mishima. En deux, trois heures, vous connaitrez votre Mishima sur le bout des doigts, surtout les évènements fondateurs de sa vie. Idem pour le fan du Japon qui découvrira la Japon de 1925 (et même avant) à 1970.



Couverture et quatrième de couverture

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Tiens, un avertissement pour une BD, c'est rare.

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La famille de Mishima, avec sa grand-mère dysfonctionnelle.

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 Déjà enfant, Mishima rêve de mort.

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Le décès de celle qui kidnappa l'enfant à sa naissance.

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Un moment important pour Mishima: lui qui ne rêvait que de mort a été réformé par un médecin sur un malentendu; il en fut transporté de joie et compris que son envie de mourir n'était qu'un délire d'adolescent romantique.

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L'avant-dernière oeuvre de Mishima, la création de la Tatenokai, la société du bouclier, censée protéger l'Empereur en cas de révolution; la dernière sera son seppuku.

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Le premier livre de Mishima s'appelait "Confession d'un masque". Toute sa vie il a avancé masqué, il a caché sa vraie personnalité, privilégiant son univers intime à l'image qu'il donnait de lui dans la société japonaise.

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08 septembre 2021

Shin Tsunami 0 de Tonkam Mars 1999

 

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La revue Shin Tsunami, éditée par la librairie Tonkam, fait suite à leur mythique titre Tsunami. Ce dernier fut, dans les années 90, une mine d'or inoubliable pour tout fan français de japanime.

Tsunami fut publié de Juillet 1992 à Janvier 1997 et la revue Shin Tsunami commença son existence en Mars 1999, soit seulement deux ans après, avec un numéro 0. Il existe aussi un numéro 1, paru en juin/juillet 1999, sans que je sache si un numéro 2 fut réalisé. Visiblement, passer d'une revue consacrée à la culture populaire japonaise à une revue traitant plus largement de la culture asiatique n'a pas été une franche réussite et Shin Tsunami n'a pas su trouver son public. Petit avis perso, les illustrations et la maquette de Shin Tsunami faisaient bien plus amateur que Tsunami qui avait tout d'une revue professionnelle; ceci explique peut-être cela.


Pour ceux qui voudraient avoir plus d'infos sur Tsunami et Tonkam, voici deux liens sur mon blog : 



Quelques scans de ce numéro 0.
Couverture

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4ème de couverture

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Page n°0 car avant la page 1  :-)

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Page 1 Sommaire

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Page 2 Edito de Dominique Véret (vous ne savez pas qui c'est... oooooh, Google est ton ami!)

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Page 8 article de Laurent Mélikian, assez grinçant sur la vision des médias français vis à vis des mangas

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Page 19 chronique par Fujisawa.s de deux sites web

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Page 33 publicité pour Tonkam Monge, la petite soeur de Tonkam Bastille dédiée à la musique japonaise et aux jeux vidéos

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17 août 2021

"Jump L'âge d'or du manga" par Hiroki Gotô

 

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"JUMP L'âge d'or du manga" est un livre de souvenirs, rédigé par Hiroki Gotô. Publié en juillet 2019 chez Kuro Pop, filiale de Kurokawa et traduit par Julie Seta, c'est la version française du livre "JUMP golden chronicle & miracle" de 2018 chez Kurokawa Japon.

335 pages, format 13*20,5cm.


Hiroki Gotô fut embauché chez Jump en avril 1970 puis devint de 1986 à 1993 le rédacteur en chef du Shonen Jump. Il s'agit du magazine de prépublication de bd le plus vendu au Japon. Créé le 11 Juillet 1968, il atteint un record de vente de 6,53 millions d'exemplaires hebdomadaires en 1994 et cela fut même inscrit dans le livre Guiness des records. En 2020, les ventes hebdomadaires de Jump ont chuté à 2 millions d'exemplaires, la faute à Internet et aux smartphones.



Les +

  • le témoignage de première main d'une personne qui travailla au coeur du magazine à l'origine d'icônes de la pop culture mondiale comme Dragonball, Saint Seiya, City Hunter
  • toute l'histoire du magazine Jump est retracée sur trois décennies (70, 80, 90)

  • les secrets de fabrication du magazine sont dévoilés :
    • le fameux questionnaire auprès des lecteurs qui détermine la popularité d'un titre et, pour les moins bons, leur arrêt de mort
    • le concours de mangakas amateurs qui permit de révéler les futures stars
    • le bouleversement introduit par Jump sur les contrats d'exclusivité avec les mangakas
    • comment s'effectuait la sélection des mangas, quels critères permettaient de maintenir l'intérêt des enfants d'une semaine sur l'autre et comment devait être construite une bonne histoire
    • comment les dessinateurs et responsables éditoriaux travaillaient au milieu des années 90 avant l'ère des réseaux

  • l'auteur a parfois des avis tranchés et cash; en clair, il dit que tel manga ne lui plaisait pas, que travailler avec un tel était difficile... ces confidences franches sont inhabituelles au pays du Soleil Levant
  • des histoires pas très reluisantes sont exposées, où l'auteur n'a pas le beau rôle, mais montrant bien le côté brutal du monde de l'édition à cette époque, notamment les surcharges de travail des dessinateurs pouvant mener à leur mort par burn-out et karôshi
  • découvrir le métier de rédacteur en chef d'un magazine de prépublication de mangas, métier très peu connu en France

  • des explications analysant pourquoi des titres ont pu devenir des best-sellers et pourquoi d'autres ont été des échecs
  • beaucoup de références à des mangas totalement inconnus en occident, notamment des années 70, sur le sport et le baseball en particulier
  • découverte de mangas qui ne paraîtront jamais en France à cause de leur sujet : le golf, le patchinko, le caca (si si, vous avez bien lu, un manga fut un hit au Japon en racontant des histoires scatologiques)
  • découverte de mangas qui donnent une idée précise du quotidien du Japon des années 70 et qui a complètement disparu : le pays était en pleine construction immobilière, les terrains vagues étaient légion, les maisons en bois omniprésentes etc etc; pour les amoureux du Japon, ces mangas sont une mine d'or d'informations

 

Les -

  • très peu d'illustrations et, les rares existantes, sont de petite taille
  • le narrateur occupait un poste peu connu des lecteurs de mangas, celui de rédacteur en chef d'un magazine de prépublication. Son travail n'est pas forcément celui qui excite le plus amateurs; les mémoires d'un mangaka comme Go Nagaï ou Akira Toriyama auraient déclenché un tsunami sur le web français; là, j'ai peu entendu parlé de ce livre 

 


Je termine par deux anecdotes :

  • il nous explique comment différencier un gekiga (manga pour hommes) d'un shonen (manga pour garçon) : si les yeux sont petits et fins, c'est un gekiga, s'ils sont grands et ronds c'est un shonen
  • "la clef de la longévité de City Hunter se trouve certainement dans les érections à répétitions de Ryô Saeba"

  

En résumé : ce livre est très intéressant, c'est le témoignage d'une époque aujourd'hui révolue, racontée par un homme qui a énormément de choses à partager. Mais il ne s'adresse pas à tous les publics, l'ouvrage a dû passionner les japonais mais les français seront moins sensibles au parcours et aux histoires de Hiroki Gotô.

 

Couverture et 4ème de couverture

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Scans431

  

Sommaire

Scans432

 

Table des matières

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Canalblog Japon Livres Jump L Age D Or Du Manga06

Canalblog Japon Livres Jump L Age D Or Du Manga07


Exemples de contenu

Canalblog Japon Livres Jump L Age D Or Du Manga08

 

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Tableau de synthèse des mangas au Japon et de Jump, de 1968 à 1996

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Couverture du numéro 1 de Jump, datée du premier août 1968. 

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Posté par David Yukio à 18:06 - Livres, revues... - Permalien [#]

07 août 2021

Mishima : biographie de Jennifer Lesieur



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Dimensions : format poche

Pages : 280
Editeur : Folio
Prix : 10€95
Date de sortie : Juin 2011

Avis : 08/10


J'avais rédigé en novembre 2011 un article sur les livres parlant de Mishima "Livres sur le Japon - 04 - Yukio Mishima". Aujourd'hui, je vais parler d'une biographie sur cet auteur, en français, parue en 2011 et rédigée par Jennifer Lesieur. Cette biographe a choisi de faire un déroulé historique, des années 1925 à 1970. On découvre donc les 45 ans de la vie plus que tumultueuse d'un des plus grands écrivains japonais du XXème siècle, et assurément le plus torturé. 

Toutes les parties de la vie de Mishima sont tracées, notamment son enfance tragique où il est kidnappé par sa grand-mère, isolé de sa mère, son père, son frère et sa soeur. Il est donc forcé de vivre avec cette grand-mère dans une ambiance malsaine puisque celle-ci est gravement malade, hystérique, jalouse, possessive... bref, ces premières années ont marqué au fer rouge le jeune Kimitake Hiraoka (le vrai nom de Mishima) et lui laisseront des blessures jamais cicatrisées.

Nous passons ensuite à sa vie d'écolier et de lycéen. Là aussi il est tenu à l'écart de ses camarades, à cause d'une constitution physique trop fragile l'empêchant de faire du sport ou même de jouer avec eux. C'est ensuite la seconde guerre mondiale où il évite d'extrême justesse l'enrôlement; cela le marquera aussi à vie, il se reprochera toujours sa lâcheté devant la mort mais aussi la joie vive ressentie à l'annonce du médecin le condamnant à vivre en le réformant. Après c'est la faculté, les études de droit mais le livre va se concentrer sur la carrière d'écrivain de Mishima, le fil conducteur de sa vie.

Nous suivons alors dans le détail la liste des publications de Mishima. Cette nouvelle activité fut difficile, au début, mais aussi à la fin de sa vie, où il n'avait plus le même succès que lors de la publication du fameux "Confession d'un masque". On rappelle qu'il produisait énormément de romans, nouvelles, essais, mais aussi des romans de gare pour femmes au foyer qui furent de grands succès et rapportèrent énormément d'argent à la famille de Mishima (je ne connaissais pas cette anecdote). Cette partie est vraiment intéressante car Mishima, dont l'enfance a été traumatique, semble revivre, à un degré moindre, les mêmes tourments en tant qu'écrivain angoissé, avec la peur du lendemain, de l'échec de ses livres les plus ambitieux...

Je passe sur d'autres évènements comme les voyages de Mishima dans le monde, en Amérique, en France (qu'il a détesté la première fois car il s'est fait arnaquer par un voleur), en Grèce où il découvre enfin le côté positif de la vie avec le Soleil; pendant quelques années, trop courtes, Apollon l'a emporté sur Dionysos. 

Et puis c'est la fin des années 60, Mishima se découvre résistant politique, adepte des théories d'extrème-droite et nationaliste, plaçant la figure de l'empereur au dessus de tout. C'est l'affaire de la Tatenokai (la Société du Bouclier), la petite armée personnelle de Mishima, censée sauver l'Empereur en cas de révolution gauchiste. Et puis c'est l'incident du 25 novembre 1970, le suicide de Mishima; selon sa mère, celui-ci a enfin réalisé quelque chose qu'il désirait réellement...



Mon avis
Ce livre est très intéressant car il reprend les grandes et petites étape de la vie de l'écrivain, comme toute biographie qui se respecte. Après l'avoir lu vous connaitrez votre Mishima sur le bout des doigts : son enfance hors norme, sa grand-mère descendante de samouraïs, qui doit s'humilier à épouser un roturier, les révélations érotiques de son enfance comme l'égoutier, les participants à la fête du Matsuri ou le tableau italien de Saint Sébastien percé de flèches, mais c'est aussi l'amitié avec Kawabata, son goût pour le culturisme, le Mishima acteur, réalisateur aussi avec son court-métrage Yûkoku où il répète son seppuku etc etc.

Mais, et c'est un peu dommage, c'est une biographie et "seulement cela", c'est à dire que même si Jennifer Lesieur s'intéresse à la psychologie du personnage, essaye d'interpréter tel ou tel évènement par rapport aux démons internes de l'écrivain, le livre reste très factuel; tout ce que vous trouverez dedans existe déjà dans d'autres biographies, comme celles de John Nathan et de Henry Scott-Stokes. Mais n'est pas psychanalyste qui veut, quand on s'attaque à un ouvrage comme celui d'Hélène Piralian "Un enfant malade de la mort - Lecture de Mishima - Relecture de la paranoïa", le lecteur doit avoir un bac+5 en psy pour suivre les thèses décrites. Donc ce livre est bien plus abordable que d'autres ambitionnant d'analyser l'oeuvre ou la vie de Mishima.


Vous avez compris à la lecture de ce post que je vous recommande chaudement ce livre : il se lit comme un roman, est passionnant de bout en bout, écrit dans un style vif, pas surchargé, allant droit à l'essentiel et couvrant toutes les périodes et moments importants de la vie de Mishima. En résumé, c'est une excellente introduction à la vie et à l'oeuvre de Yukio Mishima.



4ème de couverture.

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Le sommaire. 

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Deux pages pour vous donner une idée du style de Jennifer Lesieur.

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Le 25 novembre 1970, Mishima est enfin devenu un guerrier.

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Posté par David Yukio à 19:50 - Livres, revues... - Permalien [#]

01 août 2021

Sumo : deux livres passionnants de Claude Thibault



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J'ai déjà écrit un post sur les livres et revues consacrées au Sumo ici : "Livres sur le Japon - 05 - Sumo". En achetant le livre "Tokyo Sumo" de Claude Thibault, j'ai décidé de consacrer un nouvel article à ses deux livres plutôt que de mettre à jour l'ancien, notamment car je souhaite mettre plus d'illustrations que pour les autres livres.

Claude Thibault a écrit "L'origine des arts martiaux - SUMO" en 1978. Petit livre très intéressant sur ce sport et le seul, à ma connaissance, écrit en français, lorsque je fis mon article en 2005. Ce fut donc une grande surprise fin 2020 de découvrir un nouveau livre de sa part, sur le même sport, d'où l'idée de ce post pour vous le présenter.


Tokyo Sumo
Couverture et 4ème de couverture. A noter que bizarrement Tôkyô a été écrit Tokyo; je crois qu'une réforme de l'orthographe français l'autorise mais on perd ainsi la vraie prononciation de la capitale japonaise, qui est composée de deux O longs; les japonais disent Toookyooo (le O est prolongé, pas triplé, comme dans Ooooh!) et non pas Tokyo, qui est trop sec.  

Auteur : Claude Thibault
Editeur : Budo Editions
Prix : 10€

Taille : 21cm * 13cm.
Pagination : 80 pages dont 70 pages de texte.
Date de publication : 2ème trimestre 2020.

Contenu : "ce livre reprend, complétés et actualisés, les textes de Sumo, origine des arts martiaux, publiés par l'auteur depuis 1978. Il est enrichi de détails fournis par les périodiques et sites spécialisés d'actualité, Info SUmo, Dosukoi, Zoom Japon."

Mon avis : petit livre, seulement 70 pages, à un prix très doux, qui vous donnera une excellente introduction au monde du Sumo. Beaucoup de sujets sont abordés (voir la Table des matières ci-dessous) mais on aurait souhaité en savoir plus tellement ce qui est dit est intéressant et bien présenté. A noter que comme ce livre date de 2020, Claude Thibault peut parler d'évènements survenus ces dernières années, comme les scandales de violence dans les écuries ou les records astronomiques de Hakuhô. On déplorera juste l'absence de photos ou de dessins des techniques de combat.

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Canalblog Japon Livres Sumo Tôkyô Sumo02

 


L'écrivain est un spécialiste du Japon, comme le montre la liste de ses autres ouvrages sur ce pays.
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Sommaire du livre.
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Un exemple du livre, sur comment un lutteur peut être promu Yokozuna.
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L'origine des arts martiaux - SUMO
Livre de 100 pages, publié en 1978 aux Nouvelles éditions Baudinière avec quelques photos en noir et blanc. A noter 25 pages décrivant, dessins à l'appui, les différents mouvements des lutteurs : tsukidashi, oshidashi, yorikiri, uwatenage...

Ce livre est excellent, ne serait-ce que pour le chapitre passionnant consacré à l'histoire du Sumo. De nombreuses photos et dessins, ce qui fait défaut au livre de 2020. Selon moi, il est plus intéressant que le livre "Tokyo Sumo", qui est plus superficiel que celui-ci et s'adresse à un public néophyte. Celui-ci respire l'amour du sport, le désir de partager ses connaissances, de faire découvrir un nouveau monde.

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Alors, lequel acheter? Eh bien les deux, "Tokyo Sumo" est plus facile à trouver car récent mais ne passez pas à côté de l'autre livre, il renferme plus d'informations et se trouvera facilement sur des sites comme Ebay ou Rakuten. Et puis ce sont les seuls livres en français sur le Sumo, donc rien que pour cela ils sont indispensables. 


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12 avril 2021

Revue Tsunami de Tonkam : couvertures des 24 numéros de 1992 à 1997



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Voici les couvertures des 24 numéros de la revue Tsunami, de Juillet 1992 à Janvier 1997, éditée par le magasin Tonkam. Une revue trimestrielle puis bimestrielle, bourrée d'infos sur les sorties mangas qui, pour les fans de cette époque, garde une excellente réputation de professionnalisme, comme Animeland et Mangazone. 


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Shin Tsunami N°1. Est-il sorti ou est-ce seulement une maquette? Les infos sur le web sont compliquées. Annoncé pour fin 1999, début 2000.

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13 juillet 2020

Yasunari Kawabata et Hatsuyo Ito, son amour de jeunesse



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Canalblog Livres Kawabata Naissance D Un Ecrivain
KAWABATA, naissance d'un écrivain de Yuko Brunet.
Editeur : L'Asiathèque - Collège de France (1982).

Ce devait être en 1992, j'étais monté de ma province à Paris, pour faire la tournée des librairies japonaises dont j'avais trouvé les adresses dans Animeland et Mangazone. J'en avais profité aussi pour aller à la bibliothèque de Beaubourg, cherchant divers documents : des paroles de chansons de Joan BAEZ (et oui, Internet n'existait pas encore, du moins pas le Web), des livres sur le Japon etc etc. Et là, BINGO, je tombe sur un livre "KAWABATA, naissance d'un écrivain" de Yuko BRUNET. Passionné par le Japon, découvrant cet auteur nobélisé en 1968, je le feuillette. Et là, incroyable, il y a toute une partie consacrée à la jeune fille qu'il avait voulu épouser et qui avait disparu juste avant le mariage! Yuko BRUNET nous dit que, contrairement à ce qui était mentionné dans tous les livres sur le japon, KAWABATA a bien revu cette personne des années après cette tragédie. 


Canalblog Livres Kawabata Naissance D Un Ecrivain Photo MichikoLe jeune Yasunari KAWABATA et Hatsuyo ITO (photo de la Fondation Kawabata) - date inconnue, entre 1919 et 1921



Voici les scans des pages photocopiées à cette époque, il y a presque 30 ans... et le texte reconstitué.

Attention, dans ce livre la fille est appelée Michiko, mais en réalité elle s'appelait Hatsuyo.

Canalblog Livres Kawabata Naissance D Un Ecrivain02

L'évènement de 1921 et ses suites
C'est vers 1919 que le jeune Kawabata a dû rencontrer Michiko qui travaillait dans un café situé à côté du lycée supèrieur Ichikô à Hongô; il avait vingt-et-un ans et elle quatorze ans, si l'on compte à la japonaise.

 

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La jeune fille, « fille du Cheval de feu et du sud », était une de ces serveuses, mais dans un café encore vieillot d'un quartier d'étudiants. Nous l'appelons Michiko(1), comme le fait Kawabata lui-même, ainsi que les critiques. 
D'après le souvenir d'un ami, nommé Suzuki, « Kawabata suivait des camarades de classe, Miaki ou Ishihama pour entrer dans le café où Michiko servait, et c'était l'un ou l'autre de ces camarades qui bavardait avec elle ; Kawabata, silencieux, ne faisait que siroter du café, en faisant rouler ses gros yeux » 
L'image de Michiko à l'époque a été décrite par Kawabata dans ses romans ; c'était 
« ... une fille qui donnait l'impression de n'avoir aucun parfum de corps vivant ; elle était pâle comme une malade, avec une gaîté immergée au fond de sa personne. Elle semblait fixer constamment la solitude qu'elle gardait en elle. » (Feu, p. 131.) 
Mais, « ... elle bavardait sur n'importe quoi comme un gamin qui brandit une baguette de feu d'artifice. » (Ibid., p. 143.) 
« Elle était aussi insolente, et terriblement têtue. » (Ibid., p. 129.) 
« Et c'était une file séduisante avant tout quand elle était heureuse. » (Le feu du sud, p. 21.) 
Mais bientot le café ferme ses portes et Michiko quitte la capitale pour aller habiter chez ses parents adoptifs dans un temple de Gifu. Son ami Miaki entraina Kawabata de temps en temps jusqu'à Gifu pour aller la voir. Pourtant, c'est Kawabata qui décida d'épouser Michiko. D'apres les souvenirs de son ami Suzuki : 

1 Son nom véritable est, d'après Kawashima Itaru, Hatsuyo. Mais il s'agit pour nous, ici, du récit de Kawabata et de son « héroïne » qui est Michiko. 

 

Canalblog Livres Kawabata Naissance D Un Ecrivain04

« Lorsque Kawabata nous a calmement déclaré qu'il épouserait Michiko, nous avons été surpris de cette décision imprévue. Nous ne soupçonnions pas que Kawabata avait gardé un intérêt de cette sorte pour Michiko » 

 

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Puis, c'est la catastrophe : une lettre incompréhensible de Michiko lui annonce la rupture des fiancailles, sous le prétexte d'une manifestation de « l'Extraordinaire ». Voici cette lettre : 
« J'ai maintenant quelque chose à vous annoncer. Je me suis engagée très fermement : mais pour moi, il y a un certain « Extraordinaire », et je ne peux absolument pas vous le dire. Vous voici intrigué. Vous me demanderez de vous expliquer cet « Extraordinaire ». Mais je serais beaucoup plus heureuse de mourir que de vous avouer cet « Extraordinaire ». 

Notes
1. Chiyo : Michiko. 
2. La réalité des faits racontés dans le roman est confirmée par Kawabata dans son journal du 10 juin (Taisho 11). 
Après avoir noté les dettes en cours, il parle d'une somme de plus de 200 Yens que lui aurai donnée Kikuchi Kan, et plus loin : « Au moment de « l'Extraordinaire », j'ai pris aussitôt le train du soir et je n'ai pas eu le temps d'emprunter de l'argent. Le lendemain, à l'hôtel qui était en face de la gare de Gifu, j'ai recu un mandat télégraphique d'Asakura (le Shibata de « l'Extraordinaire »). 
« Envoie 50 Yens. Si insuffisant demande à Kan. » Bien sur, Kan c'est Kikuchi Kan. D'ailleurs, la somme de 50 Yens du mandat, Asakura l'avait déjà demandée à Kikuchi. Dans son autobiographie littéraire (1934) aussi, Kawabata a noté : « L'histoire de cet amour s'est terminée avec un seul combattant, comme si le partenaire était un éclair lointain, mais à cette occasion, j'ai commencé à compter sur la bonté de Kukuchi Kan jusqu'à m'imprégner d'une très mauvaise habitude : j'ai continué à lui demander de l'argent par routine ; durant les cinq ou six années suivantes, c'est comme si j'avais été nourri par Kikuchi Kan. 

 

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Permettez-moi de vous demander de penser qu'un être comme moi n'a jamais existé. Lorsque vous lirez cette lettre, je ne serai plus à Gifu. Imaginez que je vis quelque part dans un pays... Je n'oublierai jamais notre amour, de toute ma vie... Je vous quitte. C'est ma dernière lettre. Même si vous m'envoyez une lettre, je ne serai plus là. Adieu. Toute ma vie, je souhaite votre bonheur. Ou vivrai-je ? Je vous quitte. Adieu. » 

 

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Nous ignorons toujours, comme Kawabata, ce qu'était cet « Extraordinaire » et quelle était la peine de Michiko. Tout ce que nous savons, d'après Le feu du sud et Grêle, c'est que la situation ne changea guère. Retour désespéré du héros à Tôkyô. Echange de lettres incompréhensibles. 

Un Jour de printemps, le jeune homme malheureux entend parler d'une apparition soudaine de Michiko dans un café de Hone ; il court pour la voir. Elle le repousse. Quelques jours plus tard, exaspérée, elle fuit le café pour rejoindre un très jeune étudiant. Dans le café, plusieurs hommes se battent à cause d'elle après son départ, en viennent presque au couteau. Tristesse infinie du jeune héros... C'est la-dessus que Grêle se termine. 
Kawabata passe ses années de désespoir à Izu, dans un hôtel de la source thermale à Yugashima, de 1921 a 1926. Malheureux, il n'a cessé de se poser cette seule question : « Pourquoi Michiko m'a-t-elle quitté ? » 11 n'a finalement jamais su ce qu'était cet « Extraordinaire ».

 

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Cette Michiko perdue à jamais, apparaîtra dans plusieurs de ses romans : son aspect physique et les traits de son caractère seront ceux de la femme idéale pour Kawabata. 
Michiko a donc quitté son jeune fiancé à l'automne de 1921. Souvenirs de Yugashima, écrit l'année suivante, propose déjà une image de Michiko dans le visage de la Danseuse d'Izu, que l'écrivain avait rencontrée quatre ans auparavant. Cette fusion a été relevée par certains critiques, malgré les dénégations de l'auteur en 1968 

 

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Le changement de tonalité saute aux yeux. L'apaisement est arrivé, d'après nous, grâce à un évènement quasi inespéré mais

 

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 attendu au fond depuis toujours — Kawabata a revu Michiko à l'automne de 1931. Dès janvier de l'année suivante, Lettres à mes parents commence à paraitre dans des revues. Dans ce récit d'une tonalité douloureuse, Kawabata revient à son monde intérieur : sa naissance, ses parents, son grand-père, sa jeunesse... 
La visite de Michiko chez l'écrivain est aussi racontée dans ce récit : 
Quand j'avais vingt-trois ans, ayant l'intention de me marier avec une jeune fille de seize ans, je suis parti avec des amis, dans un pays du nord, juste avant l'hiver, pour demander l'autorisation de ses parents ... ( p. 351.) 
Pendant plusieurs années j'ai continué à penser à elle au point que je n'ai pas envie de récrire tout cela ici ; en réalité, c'est avant-hier, juste dix ans après, que cette fille est venue me voir. Puis elle est repartie en me laissant la silhouette d'un dos, très triste. J'ai écrit les mots « silhouette de dos » plusieurs fois dans cette lettre, mais je pense qu'on regarde rarement quelqu'un de dos, avec assez de sentiment pour que cette image soit gravée profondément dans le coeur. L'image de cette jeune fille était une de ces rares occasions ... ( p.357.) 
... Si la jeune fille d'autrefois a pu me rendre visite au bout de dix ans, c'est parce que je suis écrivain. Sa vie pénible s'est encore aggravée à la pensée d'être sans doute malheureuse à cause de la promesse de mariage faite à un jeune écrivain, dix ans auparavant. De plus, elle ne s'en est pas rendu compte. Au contraire, lire les romans que j'ai écrits sur elle et penser à moi lui est une consolation dans son malheur et une fuite hors de sa vie malheureuse, me semble-t-il. ... Elle devait penser à cette visite depuis quelques années, peut-être sept ou huit ans, au point qu'il lui était difficile de se décider. « Jamais tu n'aurais pensé que je viendrais : tu me trouves vraiment sans gêne », a-t-elle répété plusieurs fois... ( p.358.) 
Elle répétait : « J'aurai trente ans dans trois ans ». Je ne l'ai pas vue depuis ses dix-sept ans. Elle, à qui je pensais, a toujours 

 

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été une jeune fille de dix-sept ans, mais il n'est pas étonnant qu'elle, qui vient me rendre visite dix ans après, ait vingt-sept ans. Son père, que j'ai vu dans un petit village d'un pays du nord, est venu chez elle à Tôkyô l'année dernière, mais elle dit qu'il est très diminué et qu'il ne vivra pas longtemps... 
Dès qu'elle a eu sa première fille, à dix-huit ans, elle a soigné son mari malade pendant quatre ans, puis l'a perdu. Le fils qu'elle a eu avec son second mari est mort l'année dernière, et elle élève une petite fille d'un an avec un mari au chômage, étant elle-même d'une santé fragile ... » (P 364.) 
Comme elle ne connaissait pas très bien le chemin du retour, j'aurais dû la reconduire jusqu'à l'arrêt du tramway, ou la faire monter dans un taxi, mais je ne l'ai pas fait, par une gêne ridicule vis-à-vis de ma femme. 
Je l'ai conduite seulement jusqu'au portail ; c'est elle qui a ouvert le portail et c'est elle qui l'a fermé. I1 n'y a eu de sa part aucun geste de coquetterie, bien entendu, et je n'ai même pas eu le temps d'apercevoir sa silhouette de dos, mais soudain, comme la porte se fermait, des pensées montèrent dans mon cceur : il me semblait avoir envoyé cette fille dans un pays lointain et l'avoir perdue jusqu'à la fin des temps. Comme il s'est passé dix ans avant qu'elle vienne me voir, j'ai le sentiment qu'il faudra encore dix ans avant que je la voie à nouveau. » (Lettres a mes parents, p. 360.) 
Kawabata a donc revu cette Michiko qu'il n'avait jamais oubliée. La date de cette rencontre peut être fixée à l'automne 1931: Narcisse, qu'il a publié dans le numéro d'octobre de Shin-chô, a dû être écrit au plus tard avant la fin de l'été, et Feuilles mortes, paru dans le numéro de décembre de Kaizô, semble avoir été terminé au plus tard en octobre (d'après l'usage qui consiste à dater les revues du mois qui suit leur publication) ; par conséquent, nous suggérons que cette rencontre a eu lieu quelques mois avant la publication de Lettres à mes parents, paru en Janvier 1932. Le ton mélancolique de Feuilles mortes laisse supposer que ce texte a été écrit après cette rencontre. 

 

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L'écrivain semble avoir trouvé dans cet évènement imprévu une lumière pour sortir de l'impasse d'un « avant-gardisme trop excessif : c'est un fait. Une deuxième conséquence plus importante, selon nous, apparaît peu à peu : c'est la désillusion ; l'image de Michiko qu'il avait entretenue pendant dix ans, est inévitablement brisée par la réalité. Devant l'évidence, l'écrivain voit disparaître l'image de son amour bâtie sur ses fantasmes. 

 

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En effet, au moment des retrouvailles, Kawabata "a eu le sentiment qu'il faudrait encore dix ans avant qu'[il] ne la voie à nouveau » (Lettres à mes parents). On ignore si cette rencontre eut lieu nous supposons plutôt que l'écrivain n'a plus revu cette femme.



L'EXTRAORDINAIRE révélé
Le mariage était prévu en 1921, KAWABATA et Michiko se revirent en 1931, elle mourut en 1951, lui en 1972, ce livre fut écrit en 1982 et il fallut attendre 2014, soit 93 ans après, pour que le mystère sur cet évènement EXTRAORDINAIRE soit enfin percé. 

Voici le texte du blog "Japan Real Time" du "The Wall Street Journal" du 14 Juillet 2014 où on apprend que c'est suite à un viol par un moine, dans le temple où elle habitait, que Hatsuyo décida de rompre ses engagements.

L'URL : https://blogs.wsj.com/japanrealtime/2014/07/14/mystery-of-novelist-kawabatas-tragic-first-love-is-solved/


Les parties importantes de l'article en anglais et leur traduction Google : 
...
Now Kawabata’s son-in-law, Kaori Kawabata, says in the monthly magazine Bungei Shunju that he believes he has solved the mystery by piecing together evidence in newly discovered letters as well as an unpublished entry in the novelist’s diary.

          Le beau-fils de Kawabata, Kaori Kawabata, a déclaré dans le magazine mensuel Bungei Shunju qu'il pensait avoir résolu le mystère en rassemblant des preuves dans des lettres récemment découvertes ainsi qu'une entrée inédite dans le journal du romancier.
...
The newly found letters date from the time of the broken engagement—September to November 1921—and were discovered in Kawabata’s former residence in Kamakura.

          Les lettres nouvellement trouvées datent de l’engagement rompu - de septembre à novembre 1921 - et ont été découvertes dans l’ancienne résidence de Kawabata à Kamakura.
...
But what was the “emergency?” Kaori Kawabata, the novelist’s son-in-law, says the new letters help explain an unpublished entry in Yasunari Kawabata’s diary, dated Nov. 20, 1923. The novelist wrote that in Saihoji, the temple where Hatsuyo was living, she “was violated by a monk.” With the loss of her virginity, she must have felt unable to marry someone of Kawabata’s family status, surmises Kaori Kawabata.

          Mais quelle était «l'urgence»? Kaori Kawabata, gendre du romancier, dit que les nouvelles lettres aident à expliquer une entrée non publiée dans le journal de Yasunari Kawabata, daté du 20 novembre 1923. Le romancier a écrit qu'à Saihoji, le temple où vivait Hatsuyo, elle «a été violée par un moine. " Avec la perte de sa virginité, elle devait se sentir incapable d'épouser une personne de la famille de Kawabata, présume Kaori Kawabata.

“This is the most reasonable explanation for her sudden refusal of Kawabata’s offer,” said Sonohiro Mizuhara of the Kawabata Foundation in an interview with Japan Real Time.

          "C'est l'explication la plus raisonnable de son refus soudain de l'offre de Kawabata", a déclaré Sonohiro Mizuhara de la Fondation Kawabata dans une interview avec Japan Real Time.
...



L'article au format jpg

Canalblog Livres Kawabata Naissance D Un Ecrivain Wall Street Journal



Pour aller plus loin
Il parait que c'est dans le cimetière de Kamakura que reposent KAWABATA et ITO; pas dans la même tombe quand même.
Pour trouver le cimetière : https://www.google.fr/maps/search/kamakura+cemetery/@35.328116,139.581943,3648m/data=!3m1!1e3?hl=fr

Pour trouver la tombe de Kawabata, aller sur ce site, attendre qu'il soit traduit en anglais par Google et faire une recherche sur KAWABATA : http://translate.google.co.jp/translate?hl=ja&sl=ja&tl=en&u=http%3A%2F%2Fkajipon.sakura.ne.jp%2Fhaka%2Fh-n-sakka.htm


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25 octobre 2016

Animeland : index des 99 premiers numéros



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Notes liées dans mon blog : Liste articles mangas et dessins-animés


Animeland est LA revue sur l'animation japonaise en France et sur le manga, LA référence depuis plus de 25 ans et la publication du numéro 1 en avril 1991.

En octobre 2016 il y a eu 212 numéros de publiés! Comment faire pour se retrouver dans ces milliers de pages? A ma connaissance aucun index pour les 200 premiers numéros n'existe car je les ai tous chez moi et le dernier index remonte à avril 2004 avec le numéro 100. J'ai donc scanné cet index pour vous aider à vous y retrouver mais uniquement parmi les 99 premiers numéros.

Si les responsables d'Animeland souhaitent que je retire ces pages de mon article, scannées et mises en ligne sans leur accord, merci de me contacter via le formulaire de Canalblog et je le ferai dans les plus brefs délais.


Index des 99 premiers numéros d'Animeland (source Animeland 100).
Revue Animeland Index Revue Animeland100 200404 01

Revue Animeland Index Revue Animeland100 200404 02

Revue Animeland Index Revue Animeland100 200404 03

Revue Animeland Index Revue Animeland100 200404 04

Revue Animeland Index Revue Animeland100 200404 05

Revue Animeland Index Revue Animeland100 200404 06



Le dernier index fait par numéro et non pas par thème, celui du numéro 15, paru en 1994.
Revue Animeland Index Revue Animeland15 199409

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26 septembre 2015

"Spécial Japon - L'empire du soleil des sens" - Revue Photo numéro 225 de juin 1986



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Notes liées dans mon blog : Liste articles Tôkyô, le Japon, les japonais


Le numéro 255 de la revue Photo de juin 1986 était dédié au Japon avec un méga dossier de plus de cent pages. Il était sous-titré "Spécial Japon - L'empire du soleil des sens" et j'ai scanné les reportages les plus intéressants de ce numéro. Comme vous le verrez, peu de texte mais beaucoup de photos. En 1986 le Japon était encore pour les français un pays mystérieux, à l'autre bout du monde et plusieurs reportages de ce numéro de Photo font surtout dans le sensationnel et le spectaculaire.

Canalblog Revue Photo 1986 01

Canalblog Revue Photo 1986 02
"PHOTO N° 225 JUIN 1986 18 F
Notre couverture : Garo Aida. Recherche personnelle. 1985. Boîtier 4,5 x 6. Objectif 150 mm. Temps de pose : 1/60 s à f : 11. Film  Ektachrome 100 Iso. Flash électronique.

Page 4 Photo News
Nouvelles, expositions, images...

Page 44 Spécial Japon
Fascinant, déconcertant, irritant : le Japon tel que nous l'avons vu en avril 86.

Page 46 "A Day In the Life".
Pendant 24 h, cent photographes ont sillonné l'île, pour découvrir les visages multiples du Japon d'aujourd'hui.

Page 56 Yoshihiro Tatsuki
... ou l'extrême perversité.

Page 68 Stalin
Un groupe de rock soulève les passions d'un photographe : l'attrait de l'extrême violence.

Page 74 Kazuhiro Kobayashi
Un Japonais regarde l'Occident.

Page 78 Hiromi Tsuchida
Nié mais incontournable, enfoui mais toujours présent, l'éternel souvenir : Hiroshima.

Page 84 Noriaki Yokosuka
L'une des stars de la photographie de mode nippone : l'extrême sophistication.

Page 92 Tom Jacobi
Sous le regard d'un Allemand, des Japonais jouent à la guerre... l'extrême dérision.

Page 98 Kazumi Kurigami
L'un des meilleurs photographes de publicité : l'extrême créativité.

Page 106 Kishin Shinoyama
Le « Shinorama » : l'homme et la femme à l'heure de Tsukuba...

Page 114 Akira Ishigaki
Étonnant, délirant... l'extrême érotisme."

Canalblog Revue Photo 1986 03


"PACIFIC PRESS  
Dans un pays relativement fermé aux étrangers, un Américain, Bob Kirschem-baum, s'est installé et a créé l'agence photographique qui est devenue la plus importante du Japon : « Pacific Press ». Le marché de la publicité, y compris l'énorme marché du calendrier (qui mobilise des centaines d'entreprises publiant et distribuant chaque année des millions de calendriers) est de loin, le marché le plus lucratif. Bien que moins payé que les autres, celui de l'édition est assez vaste. Le marché des expositions de photographies artistiques est en plein essor, au niveau des galeries d'abord, mais aussi dans le cadre de grands magasins. Au Japon, la publicité et l'édition, sans oublier les créateurs impliqués, manifestent un intérêt grandissant pour les photographes étrangers. Pratiquement tous les grands photographes et la presque totalité des plus célèbres agences de presse européennes et américaines sont représentés sur ce marché, si peu compétitif mais tellement lucratif, par une petite demi-douzaine d'agences, toutes situées à Tokyo. La PPS, comme disent les Japonais, la Pacific Press Service est l'une d'elles. Alors que la plupart des autres agences se spécialisent, la PPS couvre tous les secteurs. Elle propose aux rédacteurs une inépuisable banque d'images et les services de ses photographes. Aujourd'hui trente-cinq personnes sont employées dans les bureaux de Tokyo et Osaka. La PPS a déjà organisé toute la mise en place et le déroulement de grandes expositions : Cartier-Bresson, André Kertész, Sarah Moon, Magnum Photos, Ansel Adams, et Robert Capa. En tout juste une semaine, en ce printemps 1986, la PPS a organisé à Tokyo une exposition consacrée à Edward Steichen, une autre sur Hiroshi Hamaya et enfin une exposition des photos publiées dans le livre « Un jour dans la vie du Japon»... Belle activité !"

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"Les cent photographes du projet lors de la photo souvenir réalisée par Neal Slavin. Depuis cinq ans, une fois par an, à date non fixe, la photographie mondiale connaît de curieuses migrations. Cent de ses meilleurs membres viennent de tous les coins de la terre, se retrouvent dans un pays précis, et le mitraillent en un jour, jusqu'à épuisement. L'aventure s'appelle «A day in the life of...» (un jour dans la vie de...). Elle a été imaginée par deux photographes américains, Rick Smolan (suite p. 132)"

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"8 HEURES, TOKYO.
Le marché aux légumes d'Akihabara. Photo : Neal Ulevich.

16 HEURES, OSAKA.
Punks japonais sur le pont du Dotombori. Il y a très peu de blondes naturelles au Japon... Photo : Roger Ressmeyer.

21 HEURES, SAPPORO.
Le Pachinko. Jeu (et obsession) national(e) japonais(e). 70 % des hommes et 30 % des femmes s'y adonnent régulièrement. 18 milliards de dollars passent chaque année dans ces machines. Photo : Raphaël Gaillarde."

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"22 HEURES, OSAKA.
Un hôtel « capsule ». Prix de la nuit : 120 F. Conçu à l'origine dans le quartier des plaisirs pour les gens ayant raté leur train, cette formule a été reprise dans tout le Japon. Attention ! Une seule personne par capsule! Photo : Roger Ressmeyer.

9 h 15, TOHNO.
(province d'Iwate). Un ingénieur agronome explique aux agriculteurs comment ramasser et emballer les laitues. Photo : Ian Llyod.

8 H 30.
Tous les matins le personnel de l'Asahikawa Coca-Cola fait des mouvements de gymnastique pendant dix minutes. Photo : Diego Goldberg."

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"11 HEURES, TOKYO.
L'hôpital Jujiin. Le meilleur du Japon pour la chirurgie esthétique. C'est ici, notamment, que mannequins, hôtesses et barmaids viennent se faire débrider les yeux. Une mode en vogue actuellement. Photo : Mark S. Wexler.

9 H 15, CÔTE DE SANIN.
Mannequins de police en fibre de verre. Le Japon a le taux de criminalité le plus faible du monde industriel. Un vol pour 144 aux États-Unis. Photo : James Nachtwey.

14 H 57, TOKYO.
La bourse, quelques secondes avant la fermeture. Photo : Paul Chesley."

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"8 H 30.
«Pousseurs de passagers» de trains bondés. Le plus important de l'équipement : les gants blancs, portés en permanence. Photo : Andrew Slawicki.

14 H 30, TOKYO (DISNEYLAND).
La rencontre de l'Extrême-Orient et de la conquête de l'Ouest par trois générations de Japonais. Photo : Dilip Mehta.

23 H 15, KINKI.
Gourmets d'un sushi bar. Photo : Yoshiaki Nagashima."

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"Jusqu'à sa dissolution au début de cette année, le groupe rock "The Stalin" a été l'idole de tous les teenagers japonais. En quatre ans et neuf disques, il s'est imposé comme le seul rival possible face aux vedettes anglo-saxonnes. Akira Ishigaki (voir Photo n°198), fasciné par la personnalité du chanteur du groupe, Michiro Endo, l'a suivi depuis ses débuts. Il vient de lui consacrer un livre non publié en Occident, où le texte apparaît sous la forme de ce surprenant poème : "J'étais (suite page 70)"

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"J'ETAIS AMOUREUX DU CORPS DE MICHIRO
(suite de la page 69) amoureux du corps de Michiro qui avait deux ans de plus que moi. Il portait un jean noir serré, sexy comme des pas de somnambule. La peau perlée de sueur. Il sent légèrement comme un petit garçon. Son regard est tiré vers la lointaine obscurité. Les muscles des fesses sont éclairés par la lumière des spots. Ils s'agitent pendant quelques secondes. Une seconde après, son corps saute en l'air en décrivant une courbe. Le fil électrique de son micro joue avec ce corps qui trace une belle courbe. Je regardais le corps d'un danseur qui a un langage tranchant comme un rasoir. Y avait-il eu auparavant un homme au corps aussi attirant? Voilà, il doit être le Nijinski d'aujourd'hui! Mais quelle tristesse! L'âme de son corps n'est jamais apparue dans la photo. Un jour son amour... Si cela continue ainsi, ça"

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"FAIRE UNE PHOTO C'EST SAISIR L'ETERNITE
fait mal au coeur. A ce moment-là, on me croit photographe homosexuel. Eh bien, je n'en suis un ni de très près, ni de très loin. Je tiens à remercier, "The Stalin", qui a fait preuve de gentillesse quand je l'ai dérangé sur la scène; M. Kato, un ami avec qui je bois; M. Mizuina qui m'a trouvé beaucoup de documents; M. Mugen Kanzaki, jeune vedette de la mode; M. Makoto Sekikawa rédacteur en chef de Takarajima, qui a compris mon amour et a réalisé ce recueil de photos qui font mal au coeur... Mais il n'y a pas que des remerciements : Kentaro, rendez-moi mes 5 000 yens; Michiro, rendez-moi mes 34 000 yens. Vos fans m'ont piétiné, m'ont poussé, ont craché sur moi, m'ont attaqué. Et vous, M. Sekikawa, rédacteur en chef qui avez mis un négatif original noir et blanc en cadeau à l'intérieur de chaque livre... je vous en veux ! Bye bye, The Stalin, avec rancune... »"

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27 juin 2015

Ségolène Royal et son livre "Le ras-le-bol des bébés zappeurs"



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En 1989 Ségolène Royal a écrit son livre "Le ras-le-bol des bébés zappeurs". Elle était alors en pleine croisade contre la nullité de la télévision française, à cause selon elle des dessins-animés japonais et des séries américaines.

Ce livre de plus de vingt-cinq ans a encore une odeur de soufre dans la communauté des fans de la culture populaire japonaise, comme celui tant honni "A cinq ans, seul avec Goldorak - Le jeune enfant et la télévision" de Liliane Lurçat dont j'ai fais un article ici http://japon.canalblog.com/archives/2012/07/22/24754985.html.

Je lu dernièrement ce livre et, à ma grande surprise, ce n'est pas un brulôt contre l'animation japonaise, même si celle-ci en prend violemment pour son grade, mais plus contre la médiocrité de la télévision française de la fin des années 80 (privatisation de TF1, vente au groupe Bouygues et arrivée de la 5 de Berlusconi). Bien sur elle parle à plusieurs reprises de séries japonaises violentes, sans scénario, que ce soit des dessins-animés ou des séries live (Bioman, Metalder ...) mais elle tape aussi sur les séries américaines en citant Dallas, Les Incorruptibles et autres. Surtout elle s'interroge sur la place qu'occupe la télévision dans l'éducation des enfants et leur développement psychique.

Après cette lecture j'ai décidé de poster quelques passages qui montrent la pertinence de certains arguments de Ségolène Royal. Je me permets de mettre en gras les passages qui ont particulièrement retenu mon attention.


La quatrième de couverture
"Enfants et adolescents passent davantage de temps aujourd'hui devant la télévision qu'à l'école.
Et si beaucoup de parents s'inquiètent à juste titre des difficultés scolaires de leurs enfants, ils ont en revanche le sentiment d'être impuissants devant la médiocrité et la violence des programmes, surtout sur les chaînes commerciales. La seule logique des marchands d'images triomphe, c'est-à-dire celle du moindre coût, et elle guide le contenu de ce qui est donné en pâture à raison de deux ou trois heures par jour, à des bébés zappeurs dont le seul pouvoir se résume à la pression d'un bouton.

Les nuisances subies par les jeunes générations sont mises en évidence : comportements tantôt agressifs, tantôt repliés sur l'anxiété; cauchemars et troubles du sommeil ; perte de la capacité de concentration ; dégradation de l'image de la femme, modèles dévalorisants pour les petites filles, et guère plus positifs pour leurs compagnons de jeux. Sans faire de la télévision un bouc émissaire, il n'est pas trop tard pour refuser l'alignement sur le bas de gamme des modèles américains et japonais auquel nous assistons, à condition de savoir mettre un coup d'arrêt à la loi de l'argent. Au-delà de la dénonciation sans complaisance du système, ce livre est d'abord un appel aux gestionnaires des chaînes pour davantage de scrupules, et aux téléspectateurs pour plus d'exigences, afin que soit utilisé au mieux ce fantastique jouet qu'est la télévision."

"Ségolène Royal, trente-cinq ans, trois enfants, est députée des Deux-Sèvres. Enarque, diplômée de Sciences-Po, elle a été conseiller à la Présidence de la République. A l'automne dernier, elle jette un pavé dans la mare en lançant à la tribune de l'Assemblée nationale un "trop, c'est trop" dénonçant la montée des programmes de violence. A la condescendance des députés de droite comme de gauche s'oppose alors le formidable écho qu'elle recueille chez les téléspectateurs. Ce qui la conduit à reposer le débat en l'approfondissant."


Pages 9, 10 et 11.
"AVANT-PROPOS

Lettre ouverte aux marchands d'images
Vous avez massacré Gros Nounours, égorgé la Belle au bois dormant, zigouillé Zébulon, et Ivanohé fait figure de héros écolo, tandis que le Chicago des Incorruptibles (la série la plus violente, il y a dix ans) s'apparente à une paisible ville de province. Plus sérieusement, je vous accuse de tuer tous les jours le rêve et la tendresse, la générosité, la gratuité et le plaisir.

Vous débitez des kilomètres de violence et d'agressivité dans les espaces horaires concédés, paraît-il, au «jeune public».
Les cadavres se ramassent à la pelle. La haine et la vengeance ont remplacé les sentiments, jugés sans doute trop délicats.
Bien sûr, je connais par cœur les arguments que l'on m'opposera : d'abord que la nostalgie est ridicule; chaque époque invente ses héros. Et puisque les enfants ont toujours aimé la castagne, de Guignol à Batman. Pourquoi les en priver ? Enfin, où commence la violence sinon par le spectacle quotidien des drames du journal télévisé ? Sans doute suis-je prête à admettre ces demi-vérités, comme à comprendre que beaucoup de parents utilisent la télévision comme bouc émissaire. La télé évolue, me dit-on, qu'y pouvons-nous? On a privatisé des chaînes, il faut bien qu'elles gagnent leur argent. Laissons-les donc acheter des stocks au Japon et des produits pas chers aux États-Unis. Les débiter le mercredi, le samedi et le dimanche. Puisque c'est la loi du marché, que les gosses regardent, qu'ils ont l'air d'apprécier et que tout le monde comprend!

Et si précisément c'était cette logique-là qui était en cause?

A secouer ces complaisances et à balayer ces faux-semblants, je mesure bien les risques : derrière l'appel à l'innocence, l'ordre moral n'est pas loin et le ridicule tout près. J'entends déjà les commentaires apitoyés ou courroucés. La tragédie grecque n'était-elle pas déjà cruelle, et lady Macbeth un monstre ? Et la hache de Dostoïevski (Crime et Châtiment) n'est rien d'autre que la tronçonneuse du XIXe siècle. Quant aux contes de Perrault, avec leurs géants et leurs sorcières, ne baignaient-ils pas dans l'horreur et l'effroi ! Et puis, quoi, la télévision, ce n'est pas une affaire de bonnes femmes, c'est du sérieux, c'est de l'industrie, de la communication, du business, qui ne tolèrent ni les états d'âme ni les règles éthiques.

Alors convenons-en une bonne fois : je ne suis, devant le spectacle télévisuel de ces dernières années, ni «outrée» ni «choquée», pas même «scandalisée», mais tout simplement troublée. Ce n'est ni «inconvenant», ni «inadmissible», ni «consternant», mais tout simplement décevant. Je ne revendique pas une télévision ennuyeuse, éducative, proprette. Une «Sept» pour nos petits. Non. Je veux simplement le respect des téléspectateurs, même des pousseurs de boutons ou des bébés zappeurs!

Que «Gros Nounours», «Maya l'Abeille», «Le Manège enchanté», «Flipper le Dauphin», «Pollux», «Rusty et Rintintin», «Mon ami Flicka» aient dû céder la place, quoi de plus normal au temps de l'électronique et du spatial. Mais de là à la céder exclusivement à «Ken le Survivant», «Metalder», «Capitaine Power», «Bioman», on peut, sans être vieux jeu, dire : «Pouce» et réclamer au moins un mélange des genres.

A moins que l'on n'en soit définitivement parvenu à cette situation paradoxale : ce serait être liberticide que de vouloir affirmer les droits du téléspectateur contre la liberté de l'argent, et rétrograde que de réclamer des règles du jeu contre la loi du n'importe quoi.
Où sont passés les metteurs en scène, créateurs de films pour enfants ? Où est passé le patrimoine littéraire, les contes de Grimm, d'Andersen, les histoires de Dickens, les fables de La Fontaine et, pour les moins jeunes, les romans de Jules Verne, de George Sand, de Saint-Exupéry, de Joseph Kessel ? Et le petit théâtre de Claude Santelli? N'est-on plus capable de refaire cela ? Même dans l'intersidéral ?"


Pages 26 et 27.
"BILAN D'UNE SEMAINE ORDINAIRE

En octobre 1988, l'hebdomadaire Le Point a eu l'idée de comptabiliser, d'un lundi à minuit au dimanche suivant à minuit, les meurtres, viols, agressions, scènes sexuelles osées apparaissant sur chacune des chaînes, hors journaux télévisés. Des chiffres éloquents.

TF1

  • 73 meurtres
  • 176 bagarres
  • 4 enlèvements (dont 3 enfants)
  • 1 tentative de viol
  • 22 explosions
  • 3 prises d'otages
  • 4 hold-up
  • 10 scènes de torture
  • 11 menaces au pistolet
  • 2 suicides
  • 1 tentative de suicide
  • 2 scènes de guerre
  • 1 drogué (cocaïne)
  • 5 strip-teases
  • 3 scènes d'amour poussées


A2

  • 47 meurtres
  • 1 hold-up
  • 14 fusillades
  • 55 bagarres
  • 22 explosions
  • O viol
  • 6 enlèvements réussis dont 1 enfant
  • 1 tentative ratée
  • 12 séquestrations dont 5 enfants
  • 1 prise d'otage
  • 3 défenestrations
  • 2 suicides
  • 18 menaces au pistolet
  • 3 piétons renversés volontairement


FR3

  • 23 meurtres
  • 1 viol
  • 4 bagarres
  • 8 fusillades
  • 3 explosions
  • 1 scène de torture
  • 1 tuerie (révolte)
  • 1 catastrophe naturelle(milliers de morts)
  • 1 hold-up
  • 1 tentative de meurtre (strangulation)
  • 7 scènes d'amour poussées


Canal +

  • 168 meurtres
  • 3 viols
  • 95 bagarres
  • 44 fusillades
  • 6 explosions
  • 4 hold-up
  • 9 scènes de torture
  • 2 suicides
  • 12 animaux tués
  • 14 «snifs» de cocaïne
  • 2 scènes de guerre
  • 3 personnes écrasées par un train
  • 1 tentative de strangulation
  • 7 scènes d'amour poussées


la 5

  • 184 meurtres
  • 7 viols (dont 1 par sodomie et 2 de petites filles)
  • 224 bagarres
  • 51 fusillades
  • 51 explosions
  • 2 enlèvements
  • 8 menaces ou tentatives de viol
  • 8 tentatives de meurtre par strangulation
  • 11 prises d'otages
  • 5 séquestrations
  • 4 scènes de torture
  • 2 suicides
  • 5 défenestrations
  • 1 trafic de drogue
  • 19 menaces armées
  • 5 crises de nerfs
  • 1 scène d'amour poussée


M6

  • 175 meurtres
  • 4 viols ou abus sexuels
  • 294 bagarres
  • 198 fusillades ou explosions
  • 2 massacres
  • 2 hold-up
  • 2 enlèvements
  • 3 scènes de torture
  • 7 scènes de guerre
  • 5 émeutes
  • 3 tentatives de meurtre par strangulation
  • 4 piétons renversés volontairement
  • 19 menaces au pistolet
  • 6 strip-teases
  • 6 scènes d'amour poussées
  • 2 hommes qui se draguent
  • 1 défenestration


Total général

  • 670 meurtres
  • 15 viols
  • 848 bagarres
  • 419 fusillades explosions
  • 14 enlèvements
  • 11 hold-up
  • 8 suicides
  • 32 prises d'otages
  • 27 scènes de torture
  • 18 drogués
  • 9 défenestrations
  • 13 tentatives de strangulation
  • 11 scènes de guerre
  • 11 strip-teases
  • 20 scènes d'amour poussées


Dont aux heures de grande écoute (tranche 20 h 30 - 22 h 30)
TF1

  • 23 meurtres
  • 1 suicide
  • 2 tentatives de meurtre
  • 1 tentative de viol
  • 0 scène de torture
  • 1 hold-up
  • 1 explosion
  • 1 scène de guerre
  • 5 bagarres ou fusillades
  • 1 scène d'amour


A2

  • 5 meurtres
  • 25 morts dans bombardement
  • 1 suicide
  • 3 bagarres violentes
  • 1 passage à tabac
  • 1 explosion


FR3

  • 9 meurtres
  • 1 viol
  • 1 tentative de strangulation
  • 1 projet de meurtre
  • 2 fusillades
  • 3 explosions
  • 1 tuerie
  • 1 catastrophe naturelle
  • 1 attaque à main armée


Canal +

  • 20 meurtres
  • 4 agressions sexuelles
  • 3 tentatives de suicide
  • 5 enlèvements
  • 6 scènes de torture
  • 5 prises de cocaïne
  • 36 fusillades
  • 20 explosions
  • 4 scènes d'horreur
  • 20 bagarres
  • 28 agressions
  • Il n'y avait pas de film pornographique cette semaine-là sur Canal +


la 5

  • 37 meurtres
  • 1 suicide
  • 3 viols
  • 1 tentative de strangulation
  • 6 scènes de torture
  • 1 scène d'amour


M6

  • 41 meurtres
  • 1 viol
  • 6 scènes de torture
  • 1 enlèvement d'enfant
  • 17 explosions.
  • Nombreuses bagarres


Total général

  • 136 meurtres
  • 5 viols
  • 4 agressions sexuelles
  • 3 suicides
  • 3 tentatives de suicide
  • 28 scènes de torture
  • 4 tentatives de meurtre
  • 6 enlèvements
  • 42 explosions
  • 2 scènes d'amour


Chiffres cités dans Le Point n° 840 du 24 octobre 1988"


Pages 37 et 38.
"Mais la différence, c'est qu'il y avait dans la télévision d' «avant» des règles simples. Il y avait les gentils et les méchants. Et, en général, le gentil, le héros, tuait moins que les autres. II gagnait aussi parce qu'il était le plus malin. Et puis il s'occupait de la veuve et de l'orphelin, ou de l'animal blessé.

Dans les dessins animés et les séries japonaises (du moins ceux que l'on voit sur les chaînes commerciales françaises), ou dans certaines séries américaines, tout le monde se tape dessus. Les bons, les méchants et même ceux qui ne sont rien, les figurants de la mort. Le raffinement et la diversité dans les façons de tuer (explosions, lasers, commande à distance, électrocutions, animaux télécommandés, gadgets divers...) se sont accompagnés d'un appauvrissement des caractères, d'une uniformisation des héros, dont la seule personnalité se réduit à la quantité de cadavres alignés, ou à la couleur de la panoplie du parfait petit combattant de l'espace.

La non-violence n'est plus à la mode. Ni à la télévision, ni peut-être dans l'opinion. Malgré les terribles conflits auxquels nous assistons, tragiquement impuissants. Faut-il qu'une nation soit directement confrontée à la guerre et que ses familles perdent leurs fils pour qu'elle éprouve de la répulsion à l'égard de la violence, même fictive ? Au moment de la guerre d'Algérie ou de la guerre du Viêt-Nam, les mouvements pacifiques étaient forts. Que l'on pense aux joyeux hippies ou aux apôtres du fameux peace and love,
Aujourd'hui, guerres et malheurs sont omniprésents dans les journaux télévisés. Et pourtant l'appel à moins de violence dans les programmes ne suscite que commentaires condescendants, gloussements apitoyés, ou accablements impuissants.

Or la télévision, où dominent de plus en plus les spectacles de violence et les séries bas de gamme, transmet une idéologie selon laquelle cette violence est un moyen efficace d'atteindre les buts désirés : c'est même la seule bonne solution directe. On n'ose pas dire finale. Les non-violents y sont ridiculisés, les victimes ignorées. Les héros ne gagnent pas grâce à leur intelligence, mais grâce à leur force. Bref, le crime est payant.

Or il faut bien reconnaître que les groupes de pression qui, aux États-Unis (ou même en France), dénoncent ces excès sont souvent disqualifiés. Et les marchands d'images le savent bien. Ils sont conscients qu'ils n'ont en face d'eux aucun contre-pouvoir organisé et crédible, au moins respecté et capable d'exprimer des idées. C'est ainsi qu'en France les associations de téléspectateurs (La télé est à nous ; Antea) se sont vues soutenues publiquement par les pires extrémismes : les ligues de vertu (il faut une télévision «saine») ; les intolérants (il faut «nettoyer» la télé) ; les racistes (il y a trop de «métèques») ou les partisans de la guillotine (il faut changer les têtes). Se trouvaient ainsi ruinées les timides tentatives entreprises pour donner la parole aux téléspectateurs."


Pages 40, 41, 42 et 43.
"L'impact des spectacles violents.

Les effets probables ou supposés de la multiplication d'images dures sur les enfants et adolescents sont multiples. Le CEFREC en a dénombré une douzaine - chacun d'eux pouvant s'ajouter à d'autres ou les compenser, dans toutes les combinaisons possibles -, davantage pour servir de repères dans le cadre d'un débat que pour établir une théorie générale de la violence :

  1. Défoulement des pulsions agressives, entraînant leur diminution. Cet effet de catharsis justifierait l'accès des jeunes aux spectacles violents, comme il fut évoqué à travers les temps pour justifier les représentations du mal, y compris dans l'art religieux (l'enfer).
  2. Répulsion vis-à-vis de la violence, dissuasion émotionnelle : la considération de la violence en engendrerait l'horreur. Ce serait, en quelque sorte, une éducation par la répulsion.
  3. Rejet raisonné de la violence. On n'est plus ici dans le domaine de l'émotion mais dans celui de la pensée. Il s'agirait alors d'une réflexion critique sur les excès présentés, amenant à les répudier.
  4. Incitation à l'imitation plus ou moins précise des conduites présentées : gestes, actions, utilisation d'instruments d'agression, modèles de comportement. Cette exemplarité directe de la violence est probablement la crainte le plus souvent exprimée par l'opinion.
  5. Incitation à des attitudes et comportements globalement agressifs, contagion d'un climat de violence, amplification, par phénomène d'écho, des tendances agressives.
  6. Justification idéologique de la violence : la raison du plus fort; mépris, persécution, domination des «faibles» par les «forts». Il s'agirait ici d'une incitation intellectuelle.
  7. Sollicitation des instincts de cruauté, des tendances sadiques. Ce n'est pas seulement le fameux «cochon» que le dicton populaire nous attribue qui «sommeille» en nous... Des férocités aussi nous habiteraient, jugulées par l'éducation, la civilisation, mais que certains spectacles pourraient, surtout chez les personnalités immatures et/ou fragiles, périlleusement titiller...
  8. Identification psychologique aux auteurs de violence présentés. C'est tout le problème du «héros» violent, dans lequel on voudrait se reconnaître, par compensation peut-être d'une faiblesse physique, une humiliation, une peur.
  9. Identification psychologique aux victimes, avec sollicitation corrélative des désirs de vengeance. Ce levier est fortement utilisé par tous les films où un «justicier» venge des victimes par la destruction systématique des nuisibles.
  10. Accoutumance à la violence, à la souffrance, à la peur. Ce serait le redoutable effet de banalisation. Difficilement évaluable au coup par coup, il constituerait, à terme selon certains, un péril pour les mentalités individuelles et collectives, c'est-à-dire pour nos civilisations.
  11. Séduction de la violence, présentée comme un jeu, une manifestation de vitalité, de virilité, d'originalité. On a pu parler d'un «lyrisme de la violence».
  12. Effet dépressif, découragement, pessimisme, écœurement, angoisse, rejet d'un monde trop stressant. On pense peu à cet accablement que peut provoquer l'accumulation de la violence. Il peut pourtant alimenter des tendances dépressives et entraîner des conduites d'évitement.

Cet inventaire constitue un outil d'analyse à la fois simple et assez fin. On se demande, dès lors, pourquoi les chaînes de télévision, à l'aide d'enquêtes, n'ont pas la curiosité d'apprécier l'influence de leurs programmes, notamment sur le jeune public. On a l'impression, en ce domaine, d'en être à la préhistoire de la télévision."


Page 44.
"LES ENFANTS, ÇA COÛTE PAS CHER ET ÇA RAPPORTE GROS

«Notre ambition est de faire appel aux auteurs français; ils savent raconter de jolies histoires qui, tout en étant à vertu éducative, sont extrêmement distractives [...]. Il est facile de faire une programmation pour enfants, il existe des kilomètres de dessins animés, notamment en Extrême-Orient, [...] extrêmement violents pour la plupart. Telle n'est pas notre intention», ajoutait l'auteur de cette irréprochable déclaration. Et de préciser que des psychologues, des éducateurs, des sociologues, ainsi qu'un... conseil de jeunes, assureraient la qualité de la programmation enfantine.

L'auteur de cette proclamation inspirée ? Francis Bouygues, devant la CNCL, au moment des conditions pour l'attribution de TF1. Résultat? Plus de 90 p. 100 de séries et dessins animés japonais bas de gamme, sur TF1, et une exclusive affaire de gros sous. Oubliées les promesses en béton faites un matin à la CNCL. Abandonnées les jolies histoires, enterré le conseil des jeunes. «Metalder» a eu raison de Francis."


Page 45.
"TF1, AB Productions et Dorothée : quand les enfants servent d'appâts

«Les Chevaliers du Zodiaque», «Ken le Survivant», «Dragon Ball», «Bioman», «Spielvan», défilent quotidiennement sur TF1, et, pendant l'été («Dorothée Vacances»), on fait encore moins cher : on ressort «Goldorak», probablement déjà largement amorti sur toutes les télévisions du globe; «Giraya» et aussi «Metalder», deux séries japonaises stupides et violentes à côté desquelles «Bioman» fait presque «haut de gamme». Le tout suivi, chaque jour de cet été, par Les rues de San Francisco, l'inévitable série policière. Bref on enrage devant un tel gâchis. Comment ne pas penser à tous ces gosses des banlieues, cloîtrés entre quatre murs de béton, privés de vacances, et qui n'ont que la télévision pour rêver et pour s'évader, enfants abreuvés de violence, de laideur, de médiocrité.

Pauvre monsieur Bouygues, vous avez imprudemment dit «ni japonais, ni violent»? Ce n'est que coups, meurtres, têtes arrachées, corps électrocutés, masques répugnants, bêtes horribles, démons rugissants. La peur, la violence, le bruit. Avec une animation minimale. Des scénarios réduits à leur plus simple expression."


Page 47 et 48.
"Une affaire rentable

Indépendamment de la rémunération versée à Frédérique Hoshede (Dorothée), TF1 achète en effet à AB Productions 500 heures de programme à 125 000 francs l'heure. Auxquelles s'ajoutent 240 heures d'émissions pour «Dorothée Vacances», facturées à un tarif comparable.

Sont également exploitées les cassettes de dessins animés. Et même... le 36 15 Bioman! Sans parler du magazine, aussi niais que les émissions (rien n'y manque dans le premier numéro : extraits incompréhensibles de dessins animés japonais, tarte à la crème dans la figure, chasse d'eau sur la tête et aussi une incomparable rubrique : comment enlever ses points noirs!). Seul «oubli», et de taille de la part de TF1 : le choix et le contrôle des prix des dessins animés et séries achetés par AB Productions. Dès lors, la logique est simple : pour gagner davantage d'argent, il faut acheter au moindre prix, chez les grossistes japonais, tout ce qui fera le fond de la programmation, et débiter des kilomètres de pellicule déversant la peur, le sang et les larmes, entrecoupés de publicité et entrelardés de petites saynètes, affligeantes de bêtises (chasses d'eau sur la tête; animateurs déguisés en bébés; croissants mordus, tartes à la crème...)."


Pages 61 et 62.
"La télévision idéale existe-t-elle?
Existe-t-il des enfants qui peuvent se dispenser des dessins animés japonais ? La réponse est oui.
Existe-t-il une télévision pour enfants sans monstres répugnants, sans dessins animés nullissimes, sans pitreries affligeantes, sans tartes à la crème dans la figure? La réponse est encore oui.
Existe-t-il des télévisions d'éveil pour tout-petits ? La réponse est toujours oui.

Le rêve existe. C'est BBC1, la télévision britannique publique, même si demeure la crainte, devant les projets de privatisation du gouvernement de Mme Thatcher, que la situation n'évolue «à la française». Pour l'instant, encore, si vous l'allumez en rentrant de l'école, vous voyez des dessins animés de qualité, des jeux de culture générale, un journal d'actualité, «Newsround», destiné aux enfants et aux jeunes, et qui les passionne depuis seize ans : en huit minutes, humour, émotion et professionnalisme. Animaux et bons sentiments constituent la recette de l'émission «Blue Peter» qui bat des records d'audience depuis trente ans. La BBC produit des œuvres de fiction qui abordent les sujets d'actualité, le vandalisme, le racisme ou la drogue. Chaque épisode est porteur d'un message «positif et moral», observe Anna Home, directrice des programmes pour enfants à la BBC. Autre ligne directrice : on ne supprime pas les bagarres et le sang. Mais la mort n'est jamais montrée à l'écran ; et, jusqu'à douze ans, «love but not sex».
Cette télévision a les moyens de ses ambitions. Un budget annuel tel qu'elle peut rémunérer deux cents personnes pour les programmes jeunes. Et sans publicité, sans concurrence de chaînes totalement livrées à l'impératif commercial. Ce qui lui permet même, comble de la qualité, de diffuser une émission intitulée : «Comment fermer la télé et que faire de bien plus intéressant à la place ?»..."


Pages 87 et 88.
"Production pornographique et criminalité au Japon

A Tokyo, une série de meurtres d'enfants a suscité un débat public qui met en cause la production pornographique japonaise, accessible facilement, et diffusant des émissions d'extrême violence (Le Monde, août 1989).

La police a en effet découvert chez Tsutomu Miyazaki, responsable de six meurtres d'enfants dont une fillette de six ans qu'il a ensuite dépecée, huit mille cassettes vidéo d'horreur et de pornographie. D'où la controverse sur le bien-fondé de ces «créations».
En outre, pour la première fois au Japon, les délits commis par les mineurs (entre quatorze et dix-neuf ans) ont dépassé ceux des adultes au cours des six premiers mois de cette année.

Le système japonais, pudibond sur certains aspects (comme en témoignent les récentes affaires politiques), est très permissif en matière de violence et de pornographie, allant jusqu'à mettre en scène des adolescents ou des enfants. Une prolifération de publications et de films vidéo utilise des fillettes âgées de huit à quinze ans. Mélange de naïveté et de perversité, voire d'extrême violence (enfants découpés en morceaux), vision reprise par les séries et dessins animés japonais. Les bandes dessinées de ce type, achetées par les garçons de quinze à vingt ans, atteignent des tirages records.

A la suite des meurtres commis par Tsutomu Miyazaki, une chaîne de télévision a décidé de supprimer de son programme les films d'extrême violence. Et une réglementation d'accès aux cassettes vidéo pornographiques est envisagée. Il était temps!"


Page 94.
"Les enfants «adorent» (les adultes aussi)

C'est l'argument le plus massif des marchands d'images. Dorothée explique même que, plus c'est violent, plus les enfants regardent. Hélas! C'est confondre voir et «adorer». Les enfants dévorent ce qui leur est donné. La vraie question est de savoir s'ils sont heureux de ce qu'ils regardent. La réponse est non.

L'enfant absorbe par imprégnation. Il ne peut sélectionner. Et si, d'aventure, il aimait la violence pour elle-même, alors pourquoi ne pas lui programmer des matchs de boxe ou de catch à la place des dessins animés ? Cela coûterait encore moins cher ! Et ce serait tellement plus «vrai»."


Pages 98 et 99.
"Aucune preuve de l'effet nocif de la violence n'existerait

Les Japonais ont prouvé que, plus l'image est rapide, plus elle est violente et choquante, plus le spectateur regarde et en oublie de zapper. Plus la publicité est donc rentable. D'où ces téléfilms japonais et ces dessins animés nuls et agressifs. Nul besoin de scénario, ni d'histoire, ni même de personnages. On se tape dessus. Ni bons ni méchants, à quoi cela servirait-il ? Ça coûterait plus cher d'avoir une histoire, il faudrait même payer un écrivain... Juste un décor et du bruit!"


Pages 148 et 149.
"DE L'INDIFFÉRENCE DES INTELLECTUELS AU CHAUVINISME

Quelque chose peut gêner dans cette dénonciation des productions japonaises et américaines. Ce sont des peuples amis dont le talent culturel est égal au nôtre. Et n'y a-t-il pas, dans la juste revendication des quotas, quelque chose qui s'apparente à un complexe de supériorité?

Mais ce sont les chaînes qui sont responsables. Pourquoi n'achètent-elles surtout que les sous-produits étrangers, c'est-à-dire les moins chers et les plus standards? Du coup, nous avons une image déformée et négative de la culture de ces pays.
Aussi les quotas ne doivent-ils pas devenir des outils de protection de la médiocrité. Car, s'il s'agit de fabriquer des téléfilms sanglants «aux couleurs de la France», mieux vaut encore «Santa Barbara». D'ailleurs, lorsque TF1 a diminué le quota d'œuvres américaines à la demande du Conseil d'État, pourquoi a-t-elle d'abord touché aux feuilletons populaires : «On ne vit qu'une fois», «Dallas» et «Côte ouest» plutôt qu'aux téléfilms policiers violents ou qu'aux dessins animés du mercredi après-midi ? Tout simplement par l'application d'un calcul économique élémentaire qui tend à faire disparaître en priorité les productions étrangères les plus coûteuses. Effet pervers des quotas qui, au nom de la quantité française, finit par atteindre la qualité étrangère."


Page 162.
"La privatisation brutale de trois chaînes de télévision et notamment de TF1 a dégradé d'un seul coup le paysage audiovisuel. Course à l'audience, démagogie, appauvrissement. Stupidité, obscénité, violence ont fait irruption dans un univers que, jusqu'ici, la France avait réussi plus ou moins à s'épargner au regard des excès déjà largement répandus par les chaînes commerciales chez nos voisins italiens.

Le secteur public bousculé par cette tornade, et peu préparé à l'affronter, a été injustement déstabilisé.
La télévision s'est ainsi, et à une vitesse impressionnante, médiocrisée. La pluralité des canaux, loin de donner à des hommes et femmes de talent les moyens de travailler davantage, sauf à des heures tardives, s'est traduite par une relance impressionnante des importations de séries ou de téléfilms."


Page 174.
"CONSEILS AUX PARENTS

C'est connu, les parents sont toujours responsables - surtout les mères - de ce qui ne va pas chez leurs enfants.
La télévision ne facilite pas la tâche. Elle la complique, elle pose de nouveaux dilemmes, elle contredit ce qui est laborieusement transmis (par exemple l'égale dignité des sexes), elle est à la fois recherchée (ils sont si contents et on est si tranquilles avec cette baby-sitter !) et crainte (des soucis en plus). Pour faire échapper quelque peu votre progéniture à la facilité, à la passivité et à la frustration, voici quelques pistes :

  • Partager le plaisir des enfants. Regarder avec eux et en parler.
  • Ne pas faire de la privation de télévision une punition.
  • Proposer des substituts. Ils acceptent toujours que l'on s'occupe d'eux à la place de la télévision.
  • Leur apprendre à éteindre.
  • Leur apprendre à «être plus forts que la télé». A éteindre s'ils ont peur ou si cela ne leur plaît pas."



Page 175.
"CONCLUSION

  • Partager, écouter, discuter.
  • Dédramatiser.
  • La durée excessive (au-delà d'une heure et demie à deux heures par jour) est néfaste.
  • La TV donne l'illusion que Ton peut se passer de l'effort et du temps pour accéder à la connaissance.
  • Le conflit familial fait fuir l'enfant devant la télévision.
  • Ne pas minimiser les cauchemars. La télévision en est souvent la cause, mais ne pas oublier les conflits familiaux.
  • Parler avec eux de ce qu'ils ont vu.
  • Les garçons regardent plus souvent. Et pourtant ils n'assument pas plus facilement la violence que les filles.
  • Éviter les émissions jeunesse (Dorothée) de TF1. Choisir A2 ou FR3. Ce sera plus facile quand le bruit aura circulé dans les cours de récré que «Dorothée, c'est nul». Lui préférer même les dessins animés de la Cinq, beaucoup moins violents (mais se méfier de la série policière qui suivra, inévitablement, ou des bandes-annonces et de la pub, qui agressent sur cette chaîne!).
  • Laisser l'enfant jouer ou mimer ce qu'il a vu. Il libère son angoisse. Certains ne peuvent pas. Ils sont murés. Ce sont les plus fragiles. Il faut leur parler. Pour rétablir la réalité sans casser les rêves.
  • L'enfant a besoin d'une compagnie après l'école, quel que soit son âge. Il faudrait s'organiser en conséquence. Pour qu'il ne soit pas seul, ce bébé zappeur abandonné aux marchands d'images."

 

Posté par David Yukio à 12:10 - Livres, revues... - Permalien [#]