Mon amour pour le Japon et Tôkyô

Mon amour pour le Japon et Tôkyô

15 mai 2012

Le livre des Nô - drames légendaires du vieux Japon (livre français de 1929)



Notes liées dans mon blog : Liste articles poésie, photos, arts, expositions, illustrateurs et autres


Pour voir les images en pleine définition, faire avec la souris "Clic droit/ouvrir le lien dans un nouvel onglet".


"Le livre des Nô - Drames légendaires du vieux Japon" de Steinilber-Oberlin et Kuni Matsuo a été publié en France en 1929, chez "L'édition d'art H. Piazza". C'est, à ma connaissance, le plus ancien livre consacré au Nô en français. Il renferme quinze pièces de Nô traduites pour 171 pages.

Canalblog Livres Noh 1929 01

Canalblog Livres Noh 1929 02

Canalblog Livres Noh 1929 03

Le livre commence avec une longue introduction au Nô de 8 pages, avec le vocabulaire et le style du début du 20ème siècle, délicieusement suranné. N'étant pas un spécialiste de ce théâtre, je ne peux pas juger de la qualité de ce texte mais je note qu'un des auteurs est japonais, Kuni Matsuo, et comme il a beaucoup écrit sur le Japon, je présume qu'il connait son sujet.

Canalblog Livres Noh 1929 04

Canalblog Livres Noh 1929 05

Canalblog Livres Noh 1929 06

Canalblog Livres Noh 1929 07

Canalblog Livres Noh 1929 08

Canalblog Livres Noh 1929 09

Canalblog Livres Noh 1929 10

Canalblog Livres Noh 1929 11


"INTRODUCTION
Le Japon a le rare privilège de posséder, en propre, une forme de littérature théâtrale le Nô (mot chinois qui signifie art, d'où ici : représentation d'art).

Certains auteurs ont défini le Nô : un petit opéra. Retenons, pour le seul mérite de sa concision, cette définition approximative. Le lecteur la corrigera au fur & à mesure des explications qui vont suivre & qui préciseront comment cet opéra d'un acte se présente sous un aspect très particulièrement japonais. A se contenter d'une définition générale, il est exact de dire que le Nô est une œuvre scénique, d'expression noble & poétique, dont le sujet est généralement légendaire, historique ou religieux ou extrait de la littérature & dont le but est de charmer, d'émouvoir par le concours de la parole & du chant, des gestes, de la danse & de la musique. C'est une synthèse de tous les arts, exprimant un sujet souvent exquis en lui-même. Aussi les lettrés & les artistes japonais - & parmi eux les plus fins connaisseurs - apprécient-ils les Nô comme d'incomparables délices littéraires & esthétiques.

Un mot sur l'origine légendaire des Nô :
Une déesse apprit aux hommes, dit-on, la danse & la musique, & voici dans quelles circonstances, si l'on en croît le Kojiki, «Le Livre des choses anciennes» (712 de notre ère) : La Déesse du Soleil, irritée des méchancetés de son frère, décida, un jour, de se cacher dans la grotte rocheuse du ciel dont elle mura l'entrée. De ce fait, l'univers tout entier fut plongé dans de profondes ténèbres. Et chacun, on le pense bien, était fort inquiet. Huit cents myriades de dieux se rassemblèrent alors sur les bords de la Voie lactée, pour délibérer des mesures qu'il convenait de prendre, afin de faire cesser cette situation critique. Conformément à leur avis, on essaya bien des ruses pour forcer la Déesse à sortir de sa grotte, mais aucune ne réussit. C'est alors que la gracieuse Déesse Oudzoumé eut l'idée de danser devant la grotte fermée, cependant qu'elle s'accompagnait délicieusement sur une flûte de bambou & que les dieux battaient la mesure en cadence. Son chant & sa musique étaient si beaux que la Déesse du Soleil, charmée, s'avisa de pousser quelque peu le bloc de pierre qui la cachait &, curieuse & ravie, regarda. On n'eut plus de peine, dès lors, à la tirer de sa prison volontaire — & la Lumière reparut sur le monde!

Telle est l'origine légendaire des Nô. En voici maitenant une explication plus positive. D'abord le milieu le Japon est riche de légendes historiques & bouddhiques, riche d'une mythologie prodigieuse. C'est la «Terre des Dieux». Tous les héros de son histoire apparaissent comme des personnages légendaires. Haute civilisation féodale, le vieux Japon est héroïque & poétique. Par leur éducation raffinée, les femmes atteignirent à un degré de perfection & de délicatesse inconnu chez les autres peuples. Le Bouddhisme, philosophie d'une suprême élégance, a appris à tous l'impermanence des choses légères & passagères comme ces nuages vaporeux qui couronnent le Fouji. L'âme japonaise est à la fois stoïque & charmante. Tout Japonais cultivé aime la lune & les fleurs. Le type parfait du Japonais est ce samouraï qui, couvert de blessures après la bataille, & sentant sa fin proche, choisit, pour y mourir, l'ombre d'un prunier en fleurs, sous la lune. Le Japon est la patrie de prédilection des légendes nobles & gracieuses.

Plus directement, le Nô s'explique par la pratique & l'évolution des danses sacrées. La «Terre des Dieux» était aussi celle des danses sacrées (Kagoura), depuis un temps immémorial. Au VIIe siècle, on prit l'habitude d'organiser, chaque année, à l'époque des moissons, des spectacles accompagnés de musique appelés «Danses des rizières» (Denngakou), auxquels prenaient part des personnages religieux. Au XIIIe siècle, peut-être sous l'influence chinoise (de nombreux bonzes accomplissaient alors des voyages en Chine), le caractère théâtral de ces danses s'accentua & des légendes y furent incorporées Au XIVe siècle, l'évolution aboutit au Denngakou no Nô, ce qui signifie littéralement «Danse des rizières artistique». Le Nô était né. Des théâtres de Nô se fondèrent, notamment à Isé, principal lieu de culte de la Déesse du Soleil, puis à Omi, à Tamba, à Nara.

La grande époque des Nô fut la fin du XIVe & le XVe siècle : c'est à ce moment que le Nô, spectacle religieux, devint essentiellement aristocratique, & que les familles régnantes en favorisèrent les compositeurs & les acteurs. II fut de mode, parmi les souverains, d'avoir sa troupe spéciale d'acteurs. On dit que certains Shogouns n'hésitèrent pas à jouer eux-mêmes. Les plus célèbres compositeurs & acteurs furent, en tout cas, de famille noble, ce qui suffirait à prouver l'estime où l'on tenait ces spectacles d'élite. Favorisé à son début par le grand Shogoun Yoshimitsu (1358-1394), le Nô triompha, au XVe siècle, sous le règne des Ashikaya. Les deux plus célèbres compositeurs de Nô furent Kouan-Ami Kiyotsougou (1355-1406) et son fils Seami Motokiyo (1373-1455).

Après cette période de gloire, la production des Nô se ralentit, &, à partir du XVIe siècle, on ne peut plus citer aucun auteur de ces sortes d'œuvres littéraires & esthétiques. La famille régnante des Tokugawa (1603-1867) n'en continua pas moins à protéger les acteurs de Nô, & le spectacle de ces œuvres curieuses & délicieuses resta toujours en faveur auprès des Japonais cultivés qui aiment à retrouver en elles, avec le charme des choses disparues, la poésie si belle & si pure du vieux Japon.

Il existe un grand nombre de Nô. Deux cent trente-cinq ont été rassemblés dans le recueil japonais le plus complet, intitulé Yo-Kyokou Tsoughé, d'où nous avons extrait ceux que nous avons jugés les plus beaux ou qui sont les plus célèbres.

Bien qu'il n'y ait pas de règle absolue, la structure habituelle d'un Nô est la suivante : un pèlerin ou un voyageur arrive dans un endroit illustré par une légende ou un fait historique. C'est là un simple prétexte qui va permettre à une personne du pays, à un paysan par exemple, souvent aussi au dieu du lieu, de raconter au pèlerin ou au voyageur la légende locale dans tous ses détails. Les personnages ayant joué un rôle dans cette légende apparaissent aussi fréquemment sous la forme d'esprit ou de fantôme ou réincarnés dans la personne d'un habitant du pays. Le charme de la légende évoquée, la magie des mots, des danses & de la musique feront le plus souvent oublier & compenseront largement l'uniformité de structure.

Les personnages sont toujours en petit nombre de deux à cinq généralement. Comme dans le théâtre antique, il y a un protagoniste, personnage principal qu'on appelle en japonais le Shite (le faisant), & un deutéragoniste appelé le Waki (celui qui est à côté). Les autres acteurs paraissent le plus souvent ne jouer que des rôles complémentaires ou accessoires. Aussi ces derniers sont-ils appelés Tsure (accompagnant). Comme dans le théâtre antique encore, le chœur aide beaucoup à la compréhension de la pièce, soit qu'il décrive le paysage où l’action se passe, soit qu'il explique le sentiment des personnages ou rappelle un fait ancien, soit qu'il converse directement avec les acteurs. A cela d'ailleurs se borne son rôle il ne constitue jamais un groupe déterminé de figurants tels que vieillards, soldats, etc. Il n'est pas acteur & ne se tient pas sur la scène.

Le style des Nô est d'une grande richesse d'expressions.

Du point de vue littéraire, le Nô représente la quintessence de la poésie japonaise. Ce style apparaît surtout comme un défilé d'images brillantes, fugitives, calculées en fonction les unes des autres, de mots d'élite susceptibles de rendre les nuances souvent si légères & subtiles du sujet. On peut dire qu'il existe dans la rhétorique japonaise un art des mots évocateurs de visions que la sensibilité éduquée du spectateur prolonge & élargit. La pratique de ce que nous appelons un peu sèchement les associations d'idées est courante dans la poésie japonaise plus que dans toute autre poésie, & le vocabulaire comporte de nombreux termes auxquels les Japonais attribuent une affinité poétique traditionnelle.

La scène se compose d'une plate-forme de bois ouverte sur trois côtés, fermée au fond par une cloison de planches où, pour tout décor, se dresse traditionnellement l'image d'un pin. A gauche de la plate-forme, se tient le chœur, à droite, l'orchestre simple & naïf, comportant une flûte, deux tambourins & un tambour. Dans la salle, face aux trois côtés ouverts de la scène, sont disposés des bancs. C'est là que se rangent les spectateurs silencieux & rêvant dans la fumée des encens.

Les acteurs sont revêtus de costumes magnifiques. Le plus souvent, comme dans le théâtre antique, ils portent un masque, mais ce n’est pas là une règle absolue ni pour tous les Nô, ni  pour tous les personnages d'un même Nô. Exception faite des masques ayant un caractère qui nous semble bizarre, tel le masque classique du Tengu (génie à long nez) ou d'aspect terrible, tels les masques de démons, beaucoup de ces masques sont de véritables œuvres d'art finement sculptées & d'un réalisme admirable.

La mimique des acteurs est sobre, très étudiée, mais c'est de la danse surtout que le spectateur attend l'expression parfaite du drame. Le plus souvent cette danse est lente. Elle se présente comme une sorte de promenade rythmique aux multiples détours, aux gestes très lents, mesurés. Elle prend pourtant parfois une allure rapide, bondissante, fantastique. Le Nô intitulé Benkei sur le Pont, qu'on lira plus loin, se danse de cette dernière manière.

La mise en scène est extrêmement simplifiée. On n'y fait figurer que les accessoires absolument indispensables. Veut-on représenter la cabane d'une religieuse perdue dans la montagne (La Rencontre à Oara), une barque qui glisse sur les eaux de la rivière (La Dame d'Egughi), un parterre de fleurs ou tout autre élément de décor — nous savons qu'il n'y a pas de décor, mais seulement, dans le fond de la scène, l'image d'un pin — on apporte sur l'estrade de planches ces différents objets, comme de grands jouets. Très souvent, ces éléments mobiles de décor n'ont point les dimensions qu'ont, dans la réalité, les choses qu'ils représentent, & ne sont pas à l'échelle des personnages, ils symbolisent la chose plutôt qu'ils ne la figurent. La sobriété de ces procédés contribue à donner à la représentation d'un Nô un cachet de simplicité pure & naïve il semble que l'artiste metteur en scène, comme l'auteur, veuille rappeler aux spectateurs qu'ils ne sont point devant un spectacle ordinaire, mais en présence d'une forme d'art spéciale & particulièrement épurée. Le Nô est un Mystère.

Assurément, pour bien comprendre un Nô, il faudrait voir, écouter, & non pas seulement lire.

Puisque nous ne pouvons ici produire que des textes, faisons appel, comme dit Seami Motokiyo, au «cœur» du lecteur, à sa sensibilité, à sa sympathie éclairée : il comprendra que les règles classiques de représentation des Nô donnent à l'ambiance où ils se jouent un charme spécial, une sérénité religieuse propice au rappel des légendes du passé qui reviennent, hésitantes & discrètes, comme des fées suaves & un peu oubliées, comme des fantômes, un instant, un instant seulement, et devant un auditoire choisi.

Notre but serait atteint si, dans ces textes, nous avions su garder, avec l'exactitude des dialogues, le rythme, la beauté de la légende, la grâce de cette philosophie bouddhique qui l'imprègne, & selon laquelle notre univers n'est qu'une illusion éphémère, un rêve volatilisé avant le soir, «un monde de rosée»...
ST. O & K. M."


La table des matières avec la liste des pièces de Nô traduites.

Canalblog Livres Noh 1929 12

"TABLE
 
INTRODUCTION .........................................................................................V
LA DAME D'EGUGHI ....................................................................................1
LA RENCONTRE A OHARA ..........................................................................15
LE VlEUX-PlN ET LE PRUNIER-ROSE .............................................................29
LE MIROIR D'ILLUSION ..............................................................................38
LA ROBE DE PLUMES .................................................................................48
LE KINUTA, OU LE BILLOT A BATTRE LES VETEMENTS ...................................56
LA DEESSE DES CRYPTOMERIAS ................................................................67
KAGEKIYO L'IMPETUEUX ............................................................................79
LA PRINCESSE ROSE-TREMIERE .................................................................93
LE CHEVALIER MISERE .............................................................................105
BENKEI SUR LE PONT ...............................................................................124
LES OMBRES SUR LA RIVIERE ...................................................................133
TAKASAGO OU LES DEUX PINS QUI ONT VIEILLI ENSEMBLE .........................143
LA PIERRE DE LA MORT .............................................................................151
L'OREILLER MAGIQUE ................................................................................161"
 

La première page de la première pièce pour vous donner une idée du livre.
Canalblog Livres Noh 1929 13

"LA DAME D'EGUGHI
Egughi était jadis un port important situé sur un affluent du Todo-Gawa, la rivière d'Osaka. Mais cette cité fut célèbre pour d'autres raisons : un ouvrage japonais - le Yujo-ki - nous apprend que les courtisanes y étaient nombreuses et que, montées sur leurs barques, «elles accostaient les bateaux et invitaient à l'oreiller et à la natte», leurs chants mélodieux «flottaient dans le vent sur les eaux», si bien que tous ceux qui passaient par cette cité d'amour y «oubliaient leur foyer».
Le prétexte du drame est une anecdote et une légende. La première se trouve dans un des ouvrages du moine Sagyo (1118-1190), célèbre pour avoir échangé une poésie avec une courtisane d'Egughi, dans les circonstances qu'on verra. La seconde rapporte comment un religieux de grand renom, le Shonin Shokou (910-1007), vit les fantômes de courtisanes trépassées qui reviennent, dit-on, au monde, par les nuits de clair de lune se changer en pures divinités.

PERSONNAGES
LE MOINE. — LE FANTOME DE LA DAME D'EGUGHI. — LES FANTOMES DES COURTISANES. —LE PECHEUR. — LE CHŒUR.

La scène est à Egughi, sur les bords de la rivière.

LE MOINE. — La lune m'est encore une fidèle amie, ma solitude n'est point complète! (Il"


Posté par David Yukio à 22:15 - Livres, revues... - Permalien [#]

18 mars 2012

Trois livres sur les différences entre japonais et occidentaux



Pour voir les images en pleine définition, faire avec la souris "Clic droit/ouvrir le lien dans un nouvel onglet".

Notes liées dans mon blog : Liste articles Tôkyô, le Japon, les japonais


Voici trois livres consacrés aux différences entre les japonais et les occidentaux; le plus ancien date d'il y a près de 500 ans!


CanalBlog Livres Differences03

CanalBlog Livres Differences04
"Européens et japonais, traité sur les contradictions et différences de moeurs" du R.P. Luis Frois chez Chandeigne. Publication en 1585, 96 pages.

La quatrième de couverture "En 1543, les Portugais sont les premiers Européens à découvrir le Japon, où ils nouent aussitôt des liens commerciaux. François Xavier y implante dès 1549 une mission jésuite. En 1597, commencent les premières persécutions. Le "siècle chrétien" s'achève tragiquement dans les années 1640-1650 : le pays se referme alors sur lui-même, et interdit son territoire à toute présence étrangère jusqu'en 1868. Le père jésuite Luís Fróis, qui résida plus de trente ans dans l'archipel nippon, fait en 1585 une description comparative des mœurs japonaises et européennes. Série d'instantanés qui décrivent les principaux aspects de la vie quotidienne, ce texte est aussi extraordinairement moderne, presque oulipien. Souvent très drôle, il développe un discours imprévu sur nous et les autres, tout au long de notations regroupées en chapitres sur les hommes, les femmes, les chevaux, les enfants, la religion, les armes, les maladies, la musique, les navires, etc."


C'est un livre assez sec, répertoriant à la façon d'entomologistes les différences entre les deux peuples. C'est intéressant, parfois étonnant mais beaucoup de remarques sont aujourd'hui dépassées ou incompréhensibles tellement notre monde a évolué depuis un demi millénaire. A lire cependant pour son intérêt historique et cela concerne aussi bien le Japon que l'Europe car ce livre nous dévoile aussi ce qu'étaient les us et coutumes européens de cette époque.

Voici quelques exemples :
 - en Europe, l'honneur et le bien suprême des jeunes femmes sont la pudeur et le cloître inviolé de leur pureté; les femmes du Japon ne font aucun cas de la pureté virginale, et la perdre ne les déshonore ni ne les empêche de se marier.
 - nous tenons pour folle ou éhontée une femme qui marcherait pieds nus; les japonaises, de haute ou basse condition, vont ainsi la plupart du temps.
 - en Europe les hommes vont devant et les femmes derrière; au Japon, les hommes vont derrière et les femmes devant.
 - chez nous, la trahison est rare et très blâmable; au Japon, c'est quelque chose de si courant qu'on ne s'en étonne presque jamais.
 - les gentilshommes en Europe dorment la nuit et se divertissent le jour; au Japon, les nobles dorment pendant la journée et la nuit font leurs fêtes et réjouissances.
 - nous considérons comme renégat et apostat celui qui renie sa croyance; au Japon, il n'est nullement infamant de changer de secte autant de fois qu'on le veut.

CanalBlog Livres Differences01

CanalBlog Livres Differences02
"Au Japon ceux qui s'aiment ne disent pas je t'aime" de Eléna Janvier chez Arléa. Publication en 2012, 126 pages.

La quatrième de couverture "Au Japon, ceux qui s'aiment ne disent pas " je t'aime ", mais "il y a de l'amour", comme on dirait qu'il neige ou qu'il fait jour. Tandis qu'en France c'est un franc plaisir de dire "non", c'est presque impossible au Japon. On préfère grimacer à la place : "muzukashii... (c'est difficile...)", qui veut dire exactement la même chose. Singulier aller-retour entre le Japon et la France, ce livre s'attache, sous forme d'abécédaire, à décrire avec légèreté les mille et une différences de nos civilisations. Des petits détails du quotidien à l'univers plus intime des sentiments, il donne une clé inattendue pour déchiffrer les mystères japonais et comprendre, non sans humour, nos façons de vivre et d'aimer."


Ce livre est plus agréable à lire que celui de Luis Frois, plus drôle, plus poétique aussi, beaucoup plus humain et chaleureux... on est ici dans le domaine des sentiments, de l'âme, de la vie quoi :-) Il est aussi bien plus proche de nous puisqu'il a été écrit en 2012!

Voici quelques exemples :
 - au Japon, le fin du fin n'est pas de soigner les apparences mais ce qui n'apparait pas. Un kimono sobre, voire insignifiant, doublé d'une soie rare.
 - s'embrasser sur les bancs publics ici est un délit (incitation à la débauche). En France, c'est juste une chanson.
 - tout est plus doux au Japon. Même les éponges à récurer.
 - au Japon, on se gargarise après s'être brossé les dents. On ne sait pas très bien si c'est par hygiène ou parce que c'est rigolo.
 - au Japon, il y a des réunions pour préparer des réunions.
 - dans une conversation japonaise, on acquiesce souvent, ça ne veut pas dire qu'on est d'accord, ça veut dire qu'on écoute.
 - dans les piscines japonaises, les vestiaires sont collectifs et les douches individuelles. En France, c'est le contraire.
 - on lit sans complexe des mangas érotiques dans les trains japonais.

CanalBlog Livres Differences05

CanalBlog Livres Differences06
La quatrième de couverture "Pour le Français amené à être en contact avec le Japon et les Japonais, la vie quotidienne japonaise est une source permanente de surprise, de mystère, voire de confusion. Comprendre et accepter le fonctionnement japonais consiste à entrer dans un monde dont les codes, les schémas de pensée, les habitudes, la gestion de l'espace ou les relations humaines sont radicalement différents des nôtres. Cette manière proprement japonaise de vivre, d'interagir ou de se positionner socialement est l'objet de la lecture comparée France/Japon menée par Jean-Luc Azra dans cet essai. L'auteur, qui vit au Japon depuis plus de quinze ans, met en évidence les structures profondes dissimulées derrière l'ordinaire et pointe du doigt les mécanismes à l'oeuvre dans la famille, l'entreprise, l'école, les croyances, les relations amoureuses, la communication, les problèmes de société, etc.

Les Japonais sont-ils différents? utilise une méthode d'étude hybride combinant témoignages, sociologie et anthropologie, convoquant tout autant les registres du vécu e du scientifique. Son écriture simple et son organisation en fiches s'adressent tant aux amateurs qu'aux spécialistes de la culture japonaise, aux étudiants ou aux enseignants. Il s'impose naturellement comme le livre à consulter avant de voyager ou de s'installer sur l'archipel, ainsi qu'à celles et ceux qui sont amenés à vivre ou travailler avec des Japonais."


Objet de beaucoup de phantasmes pour les amoureux de Japon et de questions sans nombre, la société japonaise est bien moins hermétique et incompréhensible si on vous expose les clefs qui structurent cette société. Par chance, il existe enfin un livre clair, synthétique et passionnant à lire sur ce sujet, c'est "Les japonais sont-ils différents - 62 clefs pour comprendre le Japon ordinaire" de Jean-Luc Azra chez Connaissances et savoirs, publié en 2011 avec 192 pages.

Ce livre se compose de 62 fiches, abordant aussi bien la société, l'école, la famille, les religions... avec des explications concises et, cerise sur le gâteau, des dessins résumant très bien les concepts exposés. Si vous ne devez en lire qu'un seul, c'est celui là!!!!!


La table des matières

CanalBlog Livres Differences07

CanalBlog Livres Differences08

CanalBlog Livres Differences09
Voici pour vous donner envie de lire cet excellent livre deux exemples : "La société verticale" qui est selon l'auteur le concept le plus fondamental pour appréhender la société japonaise et "Au-dessus et au-dessous", autre concept de base de ce pays.

CanalBlog Livres Differences10

CanalBlog Livres Differences11

CanalBlog Livres Differences12

CanalBlog Livres Differences13


 

Posté par David Yukio à 19:56 - Livres, revues... - Permalien [#]

12 juin 2011

Les Cahiers de la Bande Dessinée N°64 (Juillet-Août 1985) "A l'école d'Akira"



Notes liées dans mon blog : Liste articles mangas et dessins-animés


Pour voir les images en pleine définition, faire avec la souris "Clic droit/ouvrir le lien dans un nouvel onglet".


Dans "Les cahiers de la Bande Dessinée" numéro 64 de Juillet-Août 1985,
Thierry SMOLDEREN a publié ce qui est le premier article sur Akira dans la presse française. On devine sans peine le choc qu'a été pour lui cette vision en lisant cet article bien trop court. Ce manga a été publié au Japon à partir de décembre 1982 et il a fallu attendre mars 1990 pour une traduction française.

Canalblog Revue Cahiers BD 64 01

Canalblog Revue Cahiers BD 64 02
"A L'ECOLE D'AKIRA


On l'appelle «le Moebius japonais» et Jean Giraud le considère comme un des meilleurs dessinateurs du moment. N'en déduisez pas trop vite qu'Otomo Katsuhiro est un suiveur (parmi tant d'autres) du vieux Moeb. Katsuhiro n'a pas piqué une miette du style de Moebius, mais il est peut-être le seul dessinateur à pouvoir le concurrencer sur le plan du traitement de l'espace, du mouvement et des matières.

Le premier tome d'Akira (une histoire de mutant dans un univers post-atomique) est un gros bottin de 350 pages qui n'a pas encore été édité en français. L'édition japonaise n'en est pas moins hallucinante d'intérêt: on saisit sans peine le fond du scénario (qui est accessible au premier occidental venu), mais cela dit, rien de ce que fait Katsuhiro dans ce livre ne ressemble à ce qu'on peut trouver ici.

En feuilletant son bouquin (de droite à gauche, comme il se doit), vous entrerez dans un univers purement cinétique: éclats de phares dans les yeux, bouillonnements de bitume, dérapages et course-poursuites en motos, explosions télékinésiques, plongeons à travers les vitres, etc. Comme Giraud, mais à sa manière propre, Katsuhiro a trouvé mille et une formules graphiques pour saisir l'action, et suggérer en même temps l'impression d'instantané photographique et de mouvement cinématographique...

Cinq pages d'Akira valent tous les films de Spielberg-Lucas (et quelques autres).


Je ne sais pas si la petite geisha du stand japonais d'Angoulême est la seule personne à vendre ses œuvres en Occident, mais la question vaut la peine d'être creusée. Il y a dans Akira un répertoire complet de techniques narratives complètement inédites que tout apprenti-dessinateur devrait méditer. Je comprend le soulagement de Moebius lorsqu'il a découvert l'œuvre de Katsuhiro: il n'est plus seul sur la planète à mériter d'être copié.

Thierry SMOLDEREN"

Posté par David Yukio à 17:30 - Livres, revues... - Permalien [#]

29 mai 2011

Les Cahiers de la Bande Dessinée N°74 (Mars-Avril 1987) "Entretien avec Keiji Nakazawa"



Notes liées dans mon blog : Liste articles mangas et dessins-animés


Pour voir les images en pleine définition, faire avec la souris "Clic droit/ouvrir le lien dans un nouvel onglet".


Dans "Les cahiers de la Bande Dessinée" numéro 74 de Mars-Avril 1987, a été publiée une interview de
Keiji Nakazawa, celui qui écrivit "Gen d'Hiroshima", publié quatre ans auparavant chez Les Humanoïdes Associés.


Canalblog Revue Cahiers BD 74 01

Canalblog Revue Cahiers BD 74 02
Autobiographies (2)

Les pages qui suivent contiennent quelques contributions supplémentaires sur les bandes dessinées autobiographiques, thème que nous avions déjà largement développé dans notre précédent numéro. On lira tout d'abord ci-dessous une brève interview de Keiji Nakazawa, l'auteur de Gen d'Hiroshima, dont nous avions évoqué l'œuvre et la carrière.


Entretien avec Keiji Nakazawa


Comment êtes vous entré dans ce métier?

J'ai d'abord été un lecteur assidu de bandes dessinées. J'avais hérité de mon père, qui était peintre, un goût pour le dessin. Je me suis mis très tôt à copier les BD que j'aimais, et dès l'école primaire j'ai décidé d'en faire mon métier. J'ai suivi une formation pour apprendre à réaliser des panneaux publicitaires. C'est une discipline qui touche à la fois au dessin, à la couleur et au graphisme... A 22 ans, je me suis installé à Tokyo, et au bout de six mois je commençais à publier dans le mensuel SHONEN GAHO, best seller de l'époque. Par la suite, j'ai collaboré à divers magazines, tout en travaillant comme assistant pour un autre dessinateur, Kazumine.



Vous faisiez de la bande dessinée depuis plusieurs années lorsque vous avez entrepris de dessiner Gen d'Hiroshima. Qu'est-ce qui vous a décidé à raconter cet épisode dramatique que vous aviez vécu ?

Fondamentalement, la BD est pour moi une chose amusante. Dans mes récits, j'ai abordé des thèmes historiques, j'ai fait de la science-fiction, j'ai parlé du base-bail, etc. Jamais je n'aurais envisagé a priori de dessiner une chose aussi horrible que l'explosion d'une bombe atomique. C'est la mort de ma mère, en 1966, (après quatre années de souffrances terribles) qui m'y a décidé. Mais j'ai dû faire un gros effort pour surmonter mon dégoût et dessiner cette histoire. Certaines personnes — surtout à l'étranger — ne me connaissent que comme «le dessinateur de Gen d'Hiroshima». Cela me chagrine de porter cette étiquette, car j'ai fait beaucoup d'autres choses et je voudrais être jugé sur l'ensemble de mon œuvre. Heureusement, mes BD comiques paraissent actuellement dans une collection cartonnée chez l'éditeur Chobunsha. Cinq volumes ont été publiés en 1986, sept autres devraient suivre en 1987.


Gen d'Hiroshima nous intéresse ici sous l'aspect autobiographique. Pardonnez-nous d'évoquer des souvenirs pénibles mais. .. qu'est ce qui a changé en vous à la mort de votre mère ?

J'étais très loin de tout ça, à l'époque. Je vivais à Tokyo dans le milieu de la BD, et soudain j'ai reçu ce télégramme m'annonçant la mort de ma mère. Je suis retourné immédiatement à Hiroshima. Ma mère a été incinérée. J'ai été extrêmement choqué parce que ses os avaient disparu. La coutume est, comme vous le savez, de retirer les os des cendres pour les conserver dans une urne. Or, les os des personnes atteintes par la radioactivité se consument complètement, il n'en reste rien. Je me suis mis très en colère contre cette bombe qui m'avait enlevé jusqu'aux os de ma mère. J'ai alors dessiné Gen d'Hiroshima pour nous venger, elle et moi.


Vous-même, n 'avez-vous pas été exposé aux radiations ?

Si, et aujourd'hui j'ai la «maladie atomique». Ma santé est mauvaise et mon état ne pourra que s'aggraver. J'essaie d'accepter cela avec une relative sérénité.


Dans quelles circonstances Gen d'Hiroshima a-t-il été traduit en français?

C'est un Français, un certain Monsieur Gilles, qui m'a proposé de négocier la publication de Gen en France. Il avait déjà participé bénévolement à l'édition anglaise. J'ai été très déçu du résultat, parce que le seul volume s'arrête juste après l'expérimentation de la bombe atomique. On ne voit rien des effets sur la population d'Hiroshima. Cela me désespère car j'estime que mon œuvre a été dénaturée. (NDLR: Nakazawa ne paraît pas savoir que c'est l'arrêt de la collection «autodafé» qui a empêché Les Humanoïdes Associés de nous donner le second volume prévu.)


Il y a eu aussi une adaptation en dessin animé...

Oui. Elle a été vue par plus de trois millions de Japonais, présentée aux Pays-Bas et en URSS, et des négociations sont en cours pour que le film soit projeté en Amérique et en France. Je tiens essentiellement à ce que le film soit montré aux Américains. J'en ai moi-même écrit le scénario et il contient tout ce que je souhaitais dire.

(Propos recueillis par Masahiro Kanoh; traduit du japonais par Masuyuki et Fabienne Mizoguchi.)"

Posté par David Yukio à 11:05 - Livres, revues... - Permalien [#]

28 mai 2011

Les Cahiers de la Bande Dessinée N°73 (Janvier-Février 1987) "Si Hiroshima m'était conté"



Notes liées dans mon blog : Liste articles mangas et dessins-animés


Pour voir les images en pleine définition, faire avec la souris "Clic droit/ouvrir le lien dans un nouvel onglet".


Dans "Les cahiers de la Bande Dessinée" numéro 73 de Janvier-Février 1987, Thierry GROENSTEEN consacra un article au fameux manga de Keiji Nakazawa "Gen d'Hiroshima", publié quatre ans auparavant chez Les Humanoïdes Associés.


Canalblog Revue Cahiers BD 73 01

 

Canalblog Revue Cahiers BD 73 02


La décision de témoigner...

Canalblog Revue Cahiers BD 73 03
L’une des nombreuses séquences étonnamment violentes...



"SI HIROSHIMA M'ETAIT CONTE

Quantitativement au moins, aucune bande dessinée autobiographique ne fait le poids face à la saga familiale dessinée par Keiji Nakazawa sous le titre Barefoot Gen (Gen aux pieds nus). Gigantesque entreprise que ce feuilleton relatant par le menu la vie d'une famille japonaise à Hiroshima, avant, pendant et après l'explosion de la bombe atomique ! L'indéniable intérêt de ce témoignage historique circonstancié et à peine romancé a valu à son auteur une notoriété bien compréhensible, quoique sans commune mesure avec ses qualités artistiques.

Nakazawa a 6 ans lors du bombardement américain de 1945 qui coûte la vie à son père, à sa sœur et à son frère cadet. Dessinateur professionnel depuis 1963, il consacre dès 1968 un premier récit à ce terrible événement dont le souvenir n'a pas cessé de le hanter: c'est Kuroi Ame ni Utareté (Sous la pluie noire). En 1970, il en livre une nouvelle version sous le titre Aru Hi Totsuzen Ni (Soudain un jour...). A ces deux premiers récits purement didactiques (genre «Histoires de l'Oncle Paul») succède en 1972 une première relation autobiographique du drame, sous le titre Ore Wa Mita (Je l'ai vu). Keiji Nakazawa y tient son propre rôle; en 46 pages, nous le voyons passer de l'âge de 5 ans à celui de 21 ans où, à peine marié, il voit disparaître sa mère finalement terrassée par les tardifs effets de la radioactivité. Si l'on en croit l'intéressé, c'est cette ultime perte, la plus cruelle de toutes, qui aurait décidé le jeune dessinateur à lutter, avec les moyens à sa disposition, contre l'utilisation d'armes nucléaires en perpétuant le souvenir des victimes.

L'hebdomadaire SHUKAN SHONEN JAMPU entame en 1973 la publication de Barefoot Gen, qui se poursuivra sans interruption jusqu'à totaliser 1100 pages. A travers le tragique destin de la famille Nakazawa (rebaptisée Nakaoka), c'est toute une période de l'histoire du Japon, avec ses luttes intestines, ses difficultés économiques, etc., qui se trouve retracée. L'œuvre remporte d'emblée un succès considérable. Elle sera partiellement publiée aux Etats-Unis par la firme Educomics (avec un sous-titre analogue à celui que Spiegelman donnera plus tard à Maus: «A survivor's true story»). En France, Les Humanoïdes Associés nous ont donné une excellente édition des 200 premières pages dans l'éphémère collection «Autodafé» (Gen d'Hiroshima, 1983). Dans son pays d'origine enfin, l'œuvre a connu des adaptations sous forme de films, d'opéra et de dessin animé. Après une interruption de quelques années, l'auteur lui a donné une suite, accompagnant ses personnages jusque dans les années 50.

Ces diverses formes de reconnaissance ont fait de Nakazawa un ambassadeur de la paix (il consacre une large partie de son temps à donner des conférences sur l'holocauste perpétré à Hiroshima) doublé d'un ambassadeur de la BD japonaise. On sait combien les «manga» s'exportent difficilement; quoique ne comptant pas parmi les artistes les plus appréciés des spécialistes, Nakazawa a su franchir les obstacles de la traduction grâce à la portée universelle de son témoignage. Pour nous, lecteurs occidentaux, Barefoot Gen constitue en effet un double document: outre son intérêt historique, cette bande est l'un des rares échantillons que nous puissions consulter de cette bande dessinée si éloignée de la nôtre par certains aspects: sa longueur, ses personnages grimaçants (à la limite de l'hystérie), l'extrême violence de nombreuses séquences, l'utilisation massive de symboles et de références appartenant à un autre horizon culturel sont une perpétuelle source d'étonnement.

Il n'entre pas dans mes intentions de commenter l'œuvre même, dont je n'ai d'ailleurs pu lire que des extraits. Pour ce qui regarde l'autobiographie, je noterai simplement que Nakazawa n'a jamais été animé par un véritable projet autobiographique. Son inten­tion n'était pas de se peindre avec les siens, mais bien de militer contre l'emploi des armes nucléaires. Les versions successives de son travail montrent que l'autobiographie s'est progressivement imposée à lui comme une forme idéale, le plus sûr moyen d'émouvoir et de convaincre.

T.G"

Posté par David Yukio à 13:08 - Livres, revues... - Permalien [#]

15 mai 2011

Les Cahiers de la Bande Dessinée N°72 (Novembre-Décembre 1986) "Au commencement était Tezuka"



Notes liées dans mon blog : Liste articles mangas et dessins-animés


Pour voir les images en pleine définition, faire avec la souris "Clic droit/ouvrir le lien dans un nouvel onglet".


Dans "Les cahiers de la Bande Dessinée" numéro 72 de Novembre-Décembre 1986,
Masahiro KANOH a publié la suite de son dossier commencé dans le N°71 consacré au marché de la bande dessinée au Japon. Dans ce numéro il va parler du père fondateur du manga, Osamu Tezuka puis de deux étoiles montantes, Katsuhiro Otomo et Hayao Miyazaki.

Canalblog Revue Cahiers BD 72 01

 

Canalblog Revue Cahiers BD 72 02
Osamu Tezuka, père de la BD japonaise moderne, dont l'œuvre a fait l'objet d'une réédition intégrale en 300 volumes, achevée en 1984
Extrait de La Nouvelle Ile au trésor

Tetsuwan Atom, plus connu sous le nom d'Astroboy

Canalblog Revue Cahiers BD 72 03
A gauche sur la photo: Kastuhiro Otomo, l'auteur de Akira
Extrait de Akira


Canalblog Revue Cahiers BD 72 04
Hayao Miyazaki; à gauche, couverture d'un magazine d'information sur le dessin animé

Le super-robot Macross; à droite, publicité pour le film de Miyazaki Laputa


"BD japonaise par Masahiro KANOH   
AU COMMENCEMENT ETAIT TEZUKA

En bande dessinée comme dans les autres domaines culturels, le Japon d'aujourd'hui ne perpétue pas les traditions d'avant-guerre. Dans sa forme actuelle, la BD japonaise est née après 1945, dans la période troublée de la défaite. Son origine remonte très précisément à la parution de la première longue histoire de Osamu Tezuka, La Nouvelle Ile au trésor (Shin takara Shima), dont l'impact fut prodigieux. Quand on interroge les grands maîtres de la BD actuelle, 95% disent avoir été influencés et profondément marqués par La Nouvelle Ile au trésor et par Les Mondes perdus, qui fut publié aussitôt après.


Avant Tezuka, la BD japonaise offrait peu de différences avec le style des Tintin. Tezuka doit être considéré comme l'initiateur d'un nouveau style, que l'on peut qualifier de «cinématographique». Partant du découpage traditionnel (succession de plans moyens cadrant les personnages au centre de l'image), Tezuka y introduisit du mouvement - comme chez Walt Disney pour qui il professait la plus grande admiration - en usant de plans éloignés, de gros plans, de contrechamps, de plongées, etc. Cette technique privilégiant l'impact visuel a parfois été reprise et systématisée au détriment du récit. On peut en effet reprocher à maintes BD japonaises d'abuser d'images hypertrophiées qui, occupant une page entière, demeurent très pauvres en information.

Tezuka est également le premier à avoir érigé ses héros en véritables idoles comparables aux stars hollywoodiennes, et à leur faire tenir des rôles différents dans plusieurs histoires consécutives. Là encore, ce système a été perverti par certains «suiveurs» qui se contentent désormais de répéter à l'infini le visage, cadré en gros plan, du héros ou de l'héroïne.

Dans la carrière d'Osamu Tezuka, la période la plus féconde s'étend de la fin des années 40 jusqu'au milieu des années 60, ce qui correspond à l'époque où les bandes dessinées paraissaient exclusivement en volumes et dans les magazines mensuels. L'apparition des revues hebdomadaires à grand tirage (cf. LES CAHIERS n°71) va favoriser l'éclosion d'une nouvelle génération d'auteurs. Tezuka n'en est pas moins resté jusqu'à ce jour l'un des dessinateurs favoris du public.

Parmi ses concurrents les plus «sérieux», on citera notamment Takao Saito et Yoshihiro Tatsumi, que l'on associe généralement parce que tous deux qualifient leur production de «Gekiga» (théâtre en images). Quoiqu'ils cherchent à se démarquer du style «hollywoodisneyen» de Tezuka, ils en ont manifestement subi l'influence, comme d'ailleurs tous leurs confrères. C'est surtout au niveau des thèmes, qui privilégient les anti-héros et les récits «hard boiled» très manichéens où le Bien et le Mal s'affrontent avec violence, que les partisans du Gekiga ont fait ressortir leur originalité et gagné à la bande dessinée de nouvelles catégories de lecteurs, notamment parmi les jeunes fréquentant le lycée ou l'université. Aujourd'hui, les dessinateurs de BD sont à 99% des disciples de Tezuka, que ce soit en ligne directe ou par le truchement du mouvement Gekiga.

Le premier dessinateur japonais à s'être imposé sans rien devoir à Tezuka est Katsuhiro Otomo (cf. LES CAHIERS n°64, p. 52). Lorsqu'il fit ses débuts en 1973 avec l'adaptation d'une nouvelle de Prosper Mérimée, personne encore ne s'avisa qu'il allait révolutionner le monde de la BD nipponne. Seul un petit noyau de lecteurs passionnés furent attentifs aux histoires courtes qu'Otomo fit paraître au cours des années suivantes. C'est la publication en feuilleton de la série Akira, en 1982 dans le bimensuel des Ed. Kodansha YOUNG MAGAZINE, qui lui valut son premier grand succès. Tout le monde s'accorde désormais à trouver qu'Otomo est génial, mais personne ne sait trop comment qualifier un talent si résolument original. Une chose est sûre: Katsuhiro Otomo a réinventé la bande dessinée à son propre usage. On pourrait presque dire qu'il a défini une nouvelle sémiologie visuelle sans aucun rapport, fût-ce de contradiction ou de dépassement, avec les conventions mises au point par Tezuka. Aussi ce «nouveau Dieu» de la BD japonaise est-il à son tour en train de faire école. Les artistes qui s'appliquent à l'imiter sont légion, et tous ne témoignent pas d'un grand respect pour leur idole.


De la planche à l'écran

En décidant de devenir «le Disney japonais» et en s'intéressant très tôt à la création de dessins animés, Osamu Tezuka n'a pas seulement imposé un style graphique, il a aussi favorisé le rapprochement de la bande dessinée avec le dessin animé, modelant les contours d'un marché qui continue aujourd'hui de reposer sur cette interdépendance. L'échange des talents est une réalité et s'effectue dans les deux sens: la majorité des dessins animés de télévision sont conçus à partir de bandes dessinées, mais la plupart des bons animateurs de télévision (qui sont nombreux à avoir débuté dans la société de production fondée par Tezuka) s'adonnent également à la BD.

En septembre dernier, 57 dessins animés furent diffusés sur 6 des 7 chaînes de télévision du district de Tokyo. Chiffre encore considérable mais qui révèle une diminution sensible par rapport aux mois correspondants des années précédentes. Quelques longs métrages d'animation sortent également chaque année dans les salles de cinéma, et les animations réalisées en vidéo sont au nombre de quelques dizaines. Mais le fait est que de nombreuses sociétés de production connaissent actuellement des difficultés, et que plusieurs, qui travaillent principalement en sous-traitance pour les marchés étrangers, ont déjà fait faillite.

Cependant, ce ne sont ni les producteurs de dessins animés ni les éditeurs de bandes dessinées qui détiennent les véritables clés du marché. Le pouvoir repose entre les mains des fabricants de jouets. Ce sont eux les «sponsors» qui décident de la mise en chantier d'un programme, dès l'instant où un personnage leur paraît susceptible d'être rentabilisé sur le marché du jouet. BD et dessins animés ne remplissent plus alors qu'une fonction publicitaire; on attend d'eux qu'ils renforcent l'impact commercial du personnage incarné en trois dimensions dans les magasins. Ce système est préjudiciable à la qualité des bandes dessinées. Aucun éditeur n'ose miser sur une œuvre originale, dès l'instant où il doute que celle-ci intéressera les fabricants de jouets. Sans sponsor, pas de dessin animé, aucun espoir d'atteindre des tirages élevés. Les économistes parlent de synergie. En fait, nous avons là un bel exemple de serpent qui se mord la queue.

Les temps ont bien changé depuis le milieu des années 60, quand la société de dessin animé fondée par Tezuka lançait Astro-boy, «classique» entre toutes les séries télévisées. Non seulement la technique d'animation s'est appauvrie (pour gagner du temps, on ne dessine plus que 8 images par seconde au lieu de 24), mais le marché s'est fragilisé. Ainsi, Goldorak a-t-il fait quelques millionnaires en France au début des années 80, mais il n'a pas rapporté un sou aux Japonais. D'une certaine façon, on peut dire que le développement effréné du merchandising est en train de tuer le dessin animé. Des Maîtres du temps à Gundam, de Macross à Transformer, on a chaque fois commencé par concevoir un super jouet (genre robot à transformations), et l'on a ensuite entamé la production industrielle, à très grande échelle, de séries télévisées sans aucune ambition autre que commerciale.

Une exception notable: Hayao Miyazaki, le nouveau «wonder boy» du cinéma d'animation. Certains lecteurs des CAHIERS auront peut-être vu son film Nausicà, qui fut projeté à Paris en 1985 à l'occasion du Festival international du Film fantastique. Miyazaki a réalisé depuis Laputa qui est encore plus fantastique. Steven Spielberg et Moebius (qui est venu travailler un mois à Tokyo en août 85) ont déjà témoigné de leur vif intérêt pour les œuvres de Miyazaki.

Si Tezuka est bien le père de ces deux formes jumelles que sont au Japon la bande dessinée et le dessin animé, il a donc trouvé - en dépit de la production massive que suscite l'ère télévisuelle - deux successeurs dignes de lui. L'avenir nous dira si les exemples éminents de Katsuhiro Otomo et Hayao Miyazaki suffiront à perpétuer une voie de création authentique.


M. K. (Traduit du japonais par Masuyuki et Fabienne MIZOGUCHI)"


Posté par David Yukio à 19:13 - Livres, revues... - Permalien [#]

08 mai 2011

Les Cahiers de la Bande Dessinée N°71 (Septembre-Octobre 1986) "Le Japon, ce continent inconnu"



Notes liées dans mon blog : Liste articles mangas et dessins-animés


Pour voir les images en pleine définition, faire avec la souris "Clic droit/ouvrir le lien dans un nouvel onglet".


Dans "Les cahiers de la Bande Dessinée" numéro 71 de Septembre-Octobre 1986 a été publié une des premières présentations sérieuses
en France du marché des mangas au Japon. Cet article a été rédigé par un japonais, Masahiro KANOH, avec le souci de nous faire découvrir ce monde encore inconnu chez nous! Pour rappel on est fin 1986, Récré A2 existe encore, Cobra est arrivé en France il y a un an et demi et le Club Dorothée n'est même pas encore à l'état de projet, c'est dire si on est dans la préhistoire française sur les mangas et animés!

Canalblog Revue Cahiers BD 71 01

 

Canalblog Revue Cahiers BD 71 02
Couverture de SHUKAN SHONAN JUMP

Extrait du 6ème volume pour filles : California Story par A. Yoshida

Canalblog Revue Cahiers BD 71 03
Couverture du SHUKAN SHONEN SUNDAY
Ashita Tenkini Nare, par T. Chiba, dans SHUKAN SHONEN MAGAZINE

Canalblog Revue Cahiers BD 71 04
Ci-dessus: extrait de Tsumi to Batsu, une série de «second choix» par M. Hisauchi; ci-contre: une planche de Nijuttemonogatari, par S. Koué (dessin) et K Koike (texte).


"Le Japon, ce continent inconnu par Masahiro KANOH


La réalité de la bande dessi­née japonaise demeure lar­gement méconnue en Eu­rope, en dépit de quelques initia­tives sporadiques, comme la revue LE CRI QUI TUE ou les adapta­tions françaises d'albums de Y. Tatsumi (Hiroshima, aux éd. Ar­tefact) et K. Nakasawa (Gen de Hiroshima, aux Humanoïdes As­sociés). Ce ne sera pas trop de trois ou quatre articles dans cette rubrique pour donner un aperçu représentatif de la production d'un pays qui, à l'échelle de la bande dessinée, compte pour un continent.

La vérité m'oblige à dire que la BD européenne n'est pas beau­coup mieux servie par l'édition ja­ponaise. Vers la fin des années 70, HEAVY METAL a fait son appa­rition chez les libraires des grands centres urbains spécialisés dans les publications étrangères. Les al­bums de Tintin ont été introduits peu avant la mort d'Hergé. L'édi­tion japonaise de la revue améri­caine STARLOG fit mieux connaître la production de Moebius et de Druillet. Cette année enfin, la société d'édition Kodansha traduisit dans un même élan L'Incal noir, Les Maîtres du temps, Les Passagers du vent et Ranxerox. Cette publication à faible tirage n'a toutefois pas dû toucher plus de 10.000 personnes. Mais c'est tout ce que l'on peut signaler à ce jour concernant la promotion de la BD européenne au Japon.

Il n'est assurément pas aisé de faire connaître la bande dessinée d'un pays donné dans un autre pays dont la culture est radicale­ment différente. Ainsi, la bande dessinée japonaise présente un certain nombre de particularités. Pour m'en tenir aux caractéristi­ques matérielles, je signalerai que les revues de BD japonaises s'ou­vrent par la droite (ce qui corres­pond à la dernière page chez vous est ici la première), sont mal imprimées (papier poreux, non blan­chi, et typographie inesthétique), paraissent chaque semaine et ne tirent jamais à moins de 100.000 exemplaires, seuil en dessous du­quel la publication cesse d'être rentable.

Voici un aperçu global de la situation des revues, qui fera mieux percevoir les incidences de ces données culturelles et économi­ques. Il se trouve que ce sont les trois mêmes revues qui se parta­gent le leadership du marché de­puis plus d'un quart de siècle: SHUKAN SHONEN MAGA­ZINE, SHUKAN SHONEN SUNDAY et SHUKAN SHO­NEN JUMP, respectivement édi­tées par les maisons Kodansha, Shogakkan et Shueisha. L'exemple de la revue SHUKAN SHONEN JUMP - que j'abrége­rai en JUMP - me paraît présenter un intérêt particulier.

Tirée à 105.000 exemplaires lors de son lancement en 1968, cette revue a atteint, et ceci pour la pre­mière fois dans l'histoire de l'édi­tion japonaise, le tirage considé­rable de 4 millions d'exemplaires! JUMP fait figure de monstre aux yeux des professionnels de l'édi­tion, qui s'étaient déjà longue­ment extasiés lorsque le SHO­NEN MAGAZINE et le SHO­NEN SUNDAY, tous deux fondés en 1959, avaient dépassé le million d'exemplaires au cours des années 60.

Ces trois grandes revues, en si­tuation de rivalité, possèdent cha­cune leurs propres auteurs. Cha­que fois qu'un éditeur veut lancer une nouvelle revue, il doit commencer par recruter de jeunes auteurs qui ne sont pas déjà sous contrat. Cette contrainte est, du point de vue de l'éditeur, un han­dicap, mais elle assure le recrute­ment et la formation de nouveaux dessinateurs. Les trois grandes re­vues que j'ai citées sont toutes les trois conçues pour un public de ly­céens. Dans la réalité pourtant, leur clientèle s'étend depuis les enfants de l'école primaire jus­qu'aux salariés approchant la quarantaine.

En principe, le marché de la bande dessinée au Japon est scin­dé en quatre catégories: il y a la BD pour garçons, la BD pour filles, la BD pour adolescents et la BD pour adultes. Cataloguée «revue pour garçons», JUMP ne se soucie guère, toutefois, de ces classifications. Les revues de BD adoptent en général le format B5 (260x182 mm), comptent 340 pages et sont vendues 180 yens, ce qui est très bon marché (un kilo de riz ordinaire vaut 500 yens). Dans chaque numéro de JUMP, quelque 16 «feuilletons» dessinés sont publiés, à raison d'un épisode par numéro. Un référendum permanent est pratiqué auprès des lecteurs, dont les goûts sont sondés au moyen de la méthode dite «des dix meilleurs». Les lecteurs, appâtés par de somptueux cadeaux, sont invités à envoyer des cartes postales à la rédaction et à voter  pour les séries qui recueillent leurs suffrages. Mille cartes sont régulièrement tirées au sort; elles constituent un «échantillon représentatif» qui permet de se faire une opinion précise de l'impact des diverses séries publiées. Si pendant un temps un auteur, aussi célèbre soit-il, n'obtient plus la faveur du public, il sera impitoyablement éliminé et la publication de sa série ne sera pas poursuivie. Les qualités intrinsèques de l'œuvre ne sont pas prises en compte par la rédaction : seul importe le verdict du public. Le succès de JUMP tient certainement pour une part à cette forme de «dictature populaire». (Les résultats du sondage ne sont jamais publiés comme tels; mais l'ordre d'apparition des séries varie selon les préférences du public, les BD les moins populaires se trouvant reléguées dans les dernières pages... avant d'être éventuellement supprimées.)

Inutile de dire que ce système est peu apprécié des auteurs. Mais c'est le rythme de parution qui est pour eux un véritable cauchemar. Pensez: ils doivent livrer 16 planches par semaine ! Autant dire qu'il leur faut dessiner sans manger ni dormir. Seuls les dessinateurs jouissant d'une excellente santé peuvent espérer «boucler» leur série. Bien entendu, ils ont tous recours à des assistants (deux à quatre assistants en moyenne). Mais ceux-ci doivent être rémunérés, et il est pratiquement impossible à un jeune auteur (payé 5.000 yens la page) de consentir cet effort financier. Il ne peut y arriver tant qu'il n'a pas d'œuvres publiées en volumes qui lui rapportent des droits d'auteurs. Dans l'attente de ce moment, il ne cesse de s'appauvrir au fur et à mesure qu'il produit.

Il existe aussi des revues mensuelles et bimensuelles, qui ne soumettent pas leurs collaborateurs au même rythme de travail. Mais on ne peut espérer devenir célèbre si l'on ne publie pas dans une revue hebdomadaire. Alors, les dessinateurs japonais ont-ils choisi ce métier par masochisme? Pas nécessairement. Sur la liste des plus gros contribuables parmi les professions libérales, six personnes sur dix sont des auteurs de bande dessinée. Preuve qu'il est possible de devenir très riche grâce aux droits d'auteurs. Le talent n'est même pas une condition indispensable: il faut avant tout avoir la santé.

Avec tout cela, il n'est pas sûr que l'on ait compris pourquoi .JUMP tire à 4.000.000 d'exemplaires, quand SHONEN MAGAZINE et SHONEN SUNDAY ne dépassent pas 1.900.000. (Une revue pour garçons est considérée comme performante à partir de 500.000 exemplaires; une revue pour adolescents, jeunes filles ou adultes, à partir de 200 ou 300.000 exemplaires.) La synergie qui s'est développée entre JUMP et la télévision fournit une explication supplémentaire. En effet, sur les seize séries publiées dans JUMP, six sont également diffusées sous forme de dessins animés (contre deux seulement pour SHONEN SUNDAY). Je développerai, dans un prochain article, ce thème important que constituent les relations entre la bande dessinée et les dessins animés télévisés.

Un autre facteur mérite encore d'être noté. Une étude de marché réalisée lors de la création de JUMP avait révélé que les mots préférés des enfants japonais étaient «amitié», «effort» et «victoire». Toutes les bandes dessinées de JUMP, qu'elles soient d'aventures, de science-fiction ou d'humour, exaltent invariablement ces trois notions. C'est ainsi que, dans une série sportive qui compta longtemps parmi les préférées des jeunes lecteurs, le héros, un joueur de football, participa à d'innombrables rencontres sans jamais perdre un seul match ! Une évolution se dessine cependant depuis le début des années 80, car on a observé que le mot «effort» était supplanté par celui de «gentillesse».

Ainsi les auteurs de bandes dessinées, dont j'ai montré qu'ils étaient traités comme des marchandises, sont de plus contraints d'épouser les fluctuations de la mode. La production de bandes dessinées est entièrement déterminée par le seul critère de l'efficacité commerciale. Toutes les BD sont conçues en vue d'une consommation de masse. Dans ces conditions, on peut considérer comme un miracle le fait que des auteurs de talent soient cependant révélés, et que des œuvres intéressantes voient le jour malgré tout.

M. K.

ET LES ALBUMS?
Il existe diverses manières de rassembler les bandes dessinées en volumes. Traditionnellement, les bandes dessinées pour enfants (garçons ou filles) sont éditées au format «livre de poche» (103 x 182 mm), comptent 100 à 180 pages et se vendent 360 yens. Les BD pour adolescents, en revanche, bénéficient d'un format légèrement supérieur (128 x 182 mm), comptent environ 220 pages et se vendent 480 yens. Enfin, il existe un format spécial (148 x 210 mm) pour les séries considérées, par les revues, comme étant de second choix. Paradoxalement, celles-là coûtent entre 800 et 1000 yens. Ainsi, la couverture d'un volume ne renseigne pas seulement sur l'auteur et sur le public visé, mais aussi sur la cote de cette série.

Les statistiques communiquées par le Research Institute for Publications pour 1985 font état de 3.275 titres édités dans l'année, représentant un tirage global de 378.250.000 exemplaires. Le tirage moyen par titre a tendance à augmenter depuis quelques années. En fait, les auteurs à succès se vendent de plus en plus, et les autres ont de plus en plus de mal à se faire éditer."


Posté par David Yukio à 17:11 - Livres, revues... - Permalien [#]

17 avril 2011

Otacool, recueils de photos de chambres d'otakus et de cosplayeurs



Notes liées dans mon blog : Liste articles mangas et dessins-animés


Otacool (Worldwide otaku rooms) et Otacool 2 (worldwide cosplayers) sont deux recueils de photos de Danny Choo. Ce gars est un otaku bien connu de la communauté internationale, résidant à Tôkyô depuis des années et tenant le site web http://www.dannychoo.com/.

Il a publié en 2009 le premier livre Otacool (contraction de Otaku + Cool) composé de plusieurs centaines de photos de chambres des otakus du monde entier. Tous les types de collection y sont représentés, que ce soit les figurines, les mecchas, les animés... C'est impressionnant de voir comment certaines personnes peuvent vivre à fond leur passion et à quel point celle-ci peut dévorer votre espace vital.

En 2010 il a remis ça mais cette fois avec des photos de cosplayeurs et cosplayeuses, toujours venant de tous les pays.

Chaque livre fait 130 pages et, pour chaque personne, on précise son âge, sa nationalité, quels sont les thèmes de sa collection et son ancienneté.

Canalblog Livres Otacool01 01

Canalblog Livres Otacool01 02

Canalblog Livres Otacool01 03

Canalblog Livres Otacool01 04
Danny Choo himself!

Canalblog Livres Otacool01 05

Canalblog Livres Otacool01 06
Un fan de Star wars

Canalblog Livres Otacool01 07

Canalblog Livres Otacool01 08

Canalblog Livres Otacool01 09

Canalblog Livres Otacool01 10

Canalblog Livres Otacool01 11

Canalblog Livres Otacool01 12


Le deuxième livre, dédié au cosplay!

Canalblog Livres Otacool02 01

Canalblog Livres Otacool02 02

Canalblog Livres Otacool02 03

Canalblog Livres Otacool02 04

Canalblog Livres Otacool02 05

Canalblog Livres Otacool02 06

Canalblog Livres Otacool02 07

Canalblog Livres Otacool02 08

Posté par David Yukio à 12:37 - Livres, revues... - Permalien [#]

06 décembre 2009

Les kanjis dans la tête d'Yves Maniette



Notes liées dans mon blog : Liste articles poésie, photos, arts, expositions, illustrateurs et autres


Canalblog Livres Kanjis Maniette01

Canalblog Livres Kanjis Maniette02


Voici un article sur la méthode de japonais "Les kanjis dans la tête" de Yves Maniette. Le site de cet auteur est http://maniette.fr/ avec, à cette adresse, http://maniette.fr/echantillons/kdlt.pdf, un extrait conséquent de sa méthode pour que vous puissiez vous faire une idée par vous même. Pour info, il s'agit d'une version française et augmentée de "Remembering the Kanji" de James Heisig.


Pourquoi commencer seulement maintenant un article sur les méthodes de japonais alors que je tiens ce blog depuis presque 5 ans? Pour la simple et bonne raison que j'ai été bluffé par celle-ci, par la facilité avec laquelle elle permet de mémoriser des dizaines de kanjis, et, en plus, sans trop d'effort! En outre j'ai essayé beaucoup d'autres ouvrages comme "Kanjis et kanas", "Mémento des kanjis", "Assimil tome 3 spécial kanjis" et que c'est, de loin, celle qui est la plus performante! Donc je tiens à faire de la publicité à cet excellent livre :-)



La quatrième de couverture
"En refermant ce livre, vous saurez écrire les caractères japonais d'usage courant et en connaîtrez les significations. Il vous aura fallu pour les apprendre bien moins de temps que vous n'imagi­nez : en quelques semaines, si vous suivez la méthode exposée dans ces pages, l'ensemble du contenu de ce livre sera gravé en votre esprit. Peu à peu, en associant un sens et un objet à chacun des éléments graphiques de l'écriture japonaise, vous pourrez créer un monde surprenant dans lequel les kanjis s'animent et s'offrent à vous avec une étonnante vitalité. Une carac­téristique de cette méthode, employée depuis l'Antiquité mais bien comprise depuis quelques années seulement, est qu'elle fait appel à la mémoire associa­tive, ce qui permet d'apprendre cumulativement et sans risque de confusion. Beaucoup plus complet que l'ouvrage en langue anglaise dont il s'inspire et dont le succès n'est plus à démontrer, ce livre offre pour la première fois au public francophone de vrais outils pour assimiler directement le système graphi­que japonais. Cet ouvrage se veut ludique autant que sérieux. Il ouvre une porte sur un autre Japon, à la fois plus simple et mieux compris, sans le filtre des signes. Que vous soyez étudiant en japonais ou animé par votre curiosité, vous trouverez dans ce livre les clés pour apprendre une langue ou pour comprendre une culture dont l'influence grandit chaque jour."


Extrait de la préface du livre, de M. Richard Dubreuil, Agrégé de l’Université, Professeur de japonais à l’Institut d’études politiques de Paris, qui présente l'avantage de l'approche de ce livre sur celle des milieux scolaires classiques.
"La méthode de mémorisation des kanjis mise au point par James W. Heisig et par son adaptateur francophone Yves Maniette a deux grands avantages : elle est efficace et elle est amusante. Son étonnante efficacité, elle la doit à ce qu’elle respecte intégralement les mécanismes selon lesquels le cerveau mémorise. Contrairement à une conviction encore ancrée dans une large fraction des milieux enseignants, le cerveau confronté à une tâche de lecture ou de mémorisation ne fonctionne jamais globalement. D'où l'échec des "méthodes globales" d’apprentissage de la lecture. Un kanji n’est pas appréhendé comme une "icône" mais décomposée en sous éléments par l’hémisphère cérébral gauche. La méthode Heisig conjugue le traitement du kanji par le cerveau gauche (identification analytique de ses éléments constitutifs) et par le cerveau droit (libération de l’imagination créatrice invitée à relier, par un fil conducteur métaphorique ou associatif, les divers éléments identifiés à l'intérieur du kanji). La décomposition analytique permet l'identification précise du kanji (qui évite les confusions avec des kanjis ressemblants) et le travail en cerveau droit fait jaillir l’intuition de sens qui assure la mémorisation. C’est pourquoi le souvenir se fxe aisément et durablement chez l’ensemble des sujets, quelle que soit leur forme de gestion mentale (visuels ou auditifs, applicants ou explicants, opposants ou composants).



Extraits de la méthode, tirés du PDF référencé ci-dessus

Voici un exemple de trois kanjis liés à l'enfant
"Kanji N° 96 enfant 子
Ce kanji est le pictogramme d’un enfant japonais emballé par sa maman dans une sorte de cocon dorsal, à l’âge où il ne peut encore se mouvoir de lui-même. Le premier trait représente la petite tête, qui dépasse, en quête d’un peu d’air. Puis vient le petit corps, convenablement emballé dans le cocon, et le troisième trait montre les petits bras qui dépassent et s’accrochent au cou de la maman."

"Kanji N° 97 cavité 孔
Ce caractère signifie cavité au sens large et est notamment utilisé pour écrire le mot "narines", ce que nous utiliserons pour former une image éloquente : votre petit enfant s’est fourré un corps étranger dans la "cavité nasale", et vous voilà tentant d’extirper la chose, en utilisant ce que vous avez sous la main : un hameçon."

"Kanji N° 98 achevé 了
Remontez de deux cases pour comprendre ce caractère : la seule différence concerne les bras, qui ont disparu car ils ont été emballés avec le reste, par une mère trop méticuleuse, le tout étant signe d’un travail particulièrement bien achevé."



Autre exemple d'une série de cinq kanjis
"Kanji N° 109 soirée 夕
De même que le mot soirée apporte une touche romantique au mot soir, le kanji soirée montre la lune que l’on regarde au soir, à moitié voilée par un nuage."

"Kanji N° 110 beaucoup 多
"Il y a bien des lunes..." : ainsi commencent bien des histoires pour enfants, avec cette façon imagée d’écrire "il était une fois". On voit donc ici deux lunes (trois nous auraient directement renvoyés au début des temps, ce qui est bien plus loin que nous le voulons), dont le dernier trait a disparu car elles sont partiellement cachées par les nuages du temps."

"Kanji N° 111 marée du soir 汐
Nous verrons dans le prochain chapitre le kanji "marée du matin" et l’élément gouttes d’eau, qui apparaît ici en avant-première (les trois premiers traits). Mais progressons de nous-même pour cette fois-ci, pour apprendre un kanji peu courant mais pourtant très simple. Jouant avec le mot-clé, on voit tout simplement trois gouttes d’eau avancer sur la plage au cours de la soirée."

"Kanji N° 112 extérieur 外
A gauche la soirée, à droite l’élément de baguette magique. Comme le sait tout magicien qui maîtrise son art, faire pirouetter sa baguette dans l’air du soir à l’extérieur la rend bien plus puissante que s’il officie simplement à l’intérieur. Donc soirée et baguette magique en viennent simplement à signifier extérieur."

"Kanji N° 113 nom 名
Le fait de se découvrir pour se saluer est censé remonter à l’époque des guerriers en armure, car il leur fallait relever leur casque pour se faire reconnaître. Une façon plus simple de se faire reconnaître le soir est de dire son nom, avec la bouche. C’est ainsi que la soirée associée à la bouche signifient le nom."

Alors, vous voyez que c'est pas si dur que ça! Des kanjis groupés par signe, des petites histoires et le tour est joué :-)


Ce qui distincte cette méthode des autres
- elle est basée sur la mémoire associative et pas seulement visuelle ou globale
- pas besoin de tracer X fois les kanjis pour les mémoriser mais seulement une fois
- pas d'apprentissage des multiples prononciations des kanjis
- pas d'étude de mots composés de plusieurs kanjis
- l'origine étymologique des kanjis n'est pas respectée

Les plus (selon moi, bien sur)
- la facilité avec laquelle on apprend rapidement des dizaines de kanjis! Cette méthode est vraiment étonnante sur ce point, on retient rapidement les kanjis et on ne les oublie pas, même plusieurs semaines après avoir étudié un chapitre

- les kanjis sont classés non plus par ordre de facilité ou de fréquence d'apparition dans les textes japonais ou même par niveau du JLPT mais par groupes basés sur un composant identique; par exemple on étudie dix ou vingt caractères basés sur l'idéogramme Arbre ou Feu. L'intérêt? On les retient plus facilement!

- les petites histoires de M. Maniette qui font qu'on mémorise plus facilement un idéogramme tant elles sont claires! Ca n'a l'air de rien mais elles sont pertinentes, parfois percutantes, très imagées pour justement bien retenir le kanji; essayez de trouver plus de 2000 histoires, vous verrez que c'est loin d'être facile et extrèmement long. C'est d'ailleurs là qu'est la vraie force de cette méthode, sa différence avec les autres puisque les kanjis et leur sens sont connus de tous, sont identiques dans toutes les méthodes mais que c'est la façon des apprendre qui est innovante

- votre  motivation ne va jamais baisser; au contraire, vous aurez même envie d'apprendre de plus en plus puisque les résultats sont fulgurants. Le goût des kanjis va rapidement venir, vous ne les verrez même plus comme un mal nécessaire mais comme la principale richesse de cette belle langue et ça, croyez-moi, pour beaucoup ce sera une révolution! Je vous jure qu'en travaillant sérieusement, les 2000 kanjis ne vous feront plus peur, vous ne serez plus effrayé par le fameux "Mur des kanjis"!

- on ne "s'embarrasse" pas de la prononciation kun ou ON mais que du sens ce qui permet de travailler plus rapidement

Les moins (toujours selon moi)
- pas de prononciation dans cette méthode de travail : ni lecture kun (japonaise) ni lecture ON (chinoise) des kanjis; un autre livre est prévu mais pour quand? Il existe certes un index à la fin du livre sur ces prononciations mais l'auteur dit bien qu'il s'agit plus d'un complément qu'une partie intégrante de sa méthode, que ça doit servir à ceux qui connaissent la prononciation d'un kanji à le retrouver dans son ouvrage mais non pas d'un chapitre qui permettrait d'apprendre facilement celles-ci

- pas de présentation de mots composés de plusieurs kanjis, on n'apprend que les mots d'un seul kanji

- parfois les histoires permettant de mémoriser les kanjis sont spécifiques à cette méthode et ne correspondent pas à l'historique officiel du caractère; par exemple pour l'idéogramme Hameau (Rizière + terre) on nous dit qu'il peut aussi être mémorisé comme Ordinateur et que cela permet de mieux mémoriser d'autres kanjis à venir. L'idéogramme se prête bien à cette image mais si demain je discute avec une autre personne étudiant le japonais et que je lui parle du kanji Ordinateur, je ne sais pas si on va bien se comprendre puisque, à ma connaissance, il s'écrit konpiuta en katakana et qu'il n'a pas de kanji associé!


Conclusion
On apprends rapidement (vraiment rapidement) et facilement beaucoup de kanjis et vous allez être très motivé pour continuer à les étudier, ce qu'aucune autre méthode ne m'a donné.

Cette méthode s'adresse à qui? Deux approches : soit à de vrais débutants, suivant ou non des cours avec un vrai professeur et qui, en parallèle des cours, décident d'apprendre des idéogrammes en dehors du cursus officiel pour prendre de l'avance. Soit aux japonisants ayant déjà un certain niveau (le niveau 3 du JLPT par exemple) et qui ont du mal à mémoriser de nouveaux kanjis. Le point noir, selon moi, est l'absence de prononciation des idéogrammes puisque si on reconnait les kanjis on ne sait pas les prononcer; paradoxalement c'est aussi un plus car on n'a pas à s'encombrer l'esprit avec la prononciation mais seulement à mémoriser le sens. Mais bon, cela s'apprendra au fur et à mesure des cours, des livres lus...

Je recommande donc très chaudement cette méthode, ne serait-ce que pour découvrir une nouvelle façon d'apprendre et parce qu'elle me donne confiance dans cet objectif monstrueux : connaître la liste des 2000 kanjis officiels japonais!


Posté par David Yukio à 13:53 - Livres, revues... - Permalien [#]

04 avril 2009

La B.D. japonaise - revue Phénix de 1972 - premier article sur les mangas



Pour voir les images en pleine définition, faire avec la souris "Clic droit/ouvrir le lien dans un nouvel onglet".


Notes liées dans mon blog : Liste articles mangas et dessins-animés


Canalblog Revue Phénix21 001


L'article "La B.D. japonaise" est tirée du numéro 21 de "Phénix revue internationale de la bande dessinée" du deuxième semestre 1972 (6 ans avant l'arrivée de Goldorak en France). L
'article est de Claude Moliterni avec des illustrations fournies par Kosei Ono. D'après Wikipédia il s'agirait du premier article en français consacré aux mangas (source http://fr.wikipedia.org/wiki/Manga). Je continue ainsi à vous faire partager les premiers pas de la BD japonaise en France, après les articles Premier manga traduit en France? 1969 et Le Cri Qui Tue N°1 - revue de mangas en français de 1978.
 

Canalblog Revue Phénix21 002
Golgo thirteen par Takao Saito (Golgo 13)

Canalblog Revue Phénix21 003

Canalblog Revue Phénix21 004
"Depuis fort longtemps, la bande dessinée japonaise fait parler d'elle mais, par un manque d'informations, on ne pouvait se faire une idée des publications de B.D. En 1970, à la demande de l'ambassade du Japon, j'ai présenté une rétrospective de la B.D. japonaise, mais sans aucune référence. Notre représentant à Tôkyô, Kosei Ono, nous a envoyé depuis toute une documentation et d'après cette documentation, j'ai essayé de faire le point sur la B.D. au Japon.

Au premier abord, on remarque la violence qui est présente dans la bande dessinée destinée aux tous jeunes comme dans celle destinée aux adultes. Ce n'est que coups de sabres, ventres ouverts, têtes coupées... On s'en donne à cœur joie, de quoi faire frémir la censure française pendant plusieurs nuits... Ensuite les visages des héros ne sont pas ceux que l'on pourrait s'attendre à voir, pas d'yeux bridés, mais d'énormes yeux ronds à l'occidentale.

Mais la grande innovation de la B.D. japonaise, c'est la mise en page et les quelques exemples qui vont suivre vont être une éclatante démonstration. Ces cartoonists ont compris ce qu'était la bande dessinée, ils ont découvert tout de suite qu'elle avait un langage... Influencés par les comic-books US, ces dessinateurs ont utilisé la science du découpage d'une manière fantastique donnant ainsi un rythme à leurs séries... Tout est visuel... Quant à l'utilisation du noir et blanc, elle est prodigieuse...

Voici une petite histoire de la B.D. japonaise en attendant celle que nous a promise Kosei Ono. 

«Golgo Thirteen», de Takao Saito. Cette bande dessinée est publiée dans «Big Comics». C'est une histoire d'espionnage où l'aventure et l'action ont une grande place. C'est une série pour adulte noir et blanc.

Les aventure de Sabu et lchi est peut-être l'une des plus intéressantes. Ce sont deux jeunes gens, sortes de détectives qui opèrent essentiellement au Japon. Cette bande dessinée est réalisée par Shotaro Ishimori. Sabu est un jeune détective et son compagnon lchi est aveugle, mais maître dans l'art de manier l'épée. Cette équipe évolue sans cesse dans des situations bizarres où le crime est toujours présent. Sabu a pour but de surveiller la ville de Edo. Shotaro Ishimori montre dans cette série la vie quotidienne au Moyen Age. Tous les détails sont exacts et scrupuleusement dessinés. «The casebook of Sabu et lchi» est destinée aux adultes, et publiée dans «Big Comics».

La nouvelle vague dans la bande dessinée japonaise existe aussi avec une série «John and Yoko», dessinée par Kazuo Vemura. L'auteur, tout en traitant des problèmes actuels de la jeunesse, emploie admirablement la technique narrative. C'est le Manga Action qui édite «John and Yoko».

«Black Salesman». C'est une bande dessinée comique où l'humour noir est prédominant. Fujio Fujiko est un des seuls dessinateurs japonais à produire un comics de ce genre. «Hitler Madness of the century». Série pour adultes publiée dans «Manga Sunday» et dessinée par Shigeru Mizuki. C'est la version en bande dessinée de la vie d'Hitler. Cette série est lue principalement par les étudiants des universités. On peut remarquer que la documentation a été très sèrieuse pour la réalisation de cette bande dessinée.

L'avant-garde dans la bande dessinée japonaise est représentée par Maki Sasa Sasaki avec «To the moon» dans l'hebdomadaire «Ashahi Journal». Cela n'a aucun sens, ce n'est qu'une juxtaposition d'images. Très apprécié par le public estudiantin.

Dans cette même nouvelle vague des comics, il faut signaler le dessinateur Mori Masaki qui travaille pour l'hebdomadaire «Shonen Magazine». Masaki est un de ces dessinateurs qui s'est posé les problèmes de la technique narrative. Il y excelle. Sa bande dessinée est destinée aux jeunes, mais elle reflète aussi les problèmes que peuvent se poser les adolescents.
On trouve aussi avec Ryuzan Aki le délire à la Don Martin. Il collabore au «Manga Sunday». Il manie avec beaucoup d'intelligence la férocité et l'humour noir. C'est une des séries les plus populaires au Japon.

Le délinquant juvénile, devenu boxeur, un thème bien connu, mais Tetsuya Chiba sait renouveler le genre avec «Joe aiming at Tomorrow», bande dessinée qui paraît dans «Shonen Magazine». Tous les poncifs sont présents : pleurs, sang, dureté, dynamisme. Le gag à l'état pur, avec Fujio Akatsuka, dans cette série très populaire au Japon « Genius Bakabon». Aucune intention intellectuelle. L'auteur cherche à faire rire et il y arrive en poussant les situations au maximum.

Les judokas, il en existe partout, on peut rappeler la série brésilienne «Le Judoka», «Le Docteur Justice», «Le Judoka», le héros des romans policiers, etc. Eh bien le Japon ne pouvait pas laisser tout le monde s'emparer d'un tel sujet... Manga Action a fait appel à Barron Yoshimoto pour dessiner «Jukyo Den»... C'est l'histoire d'une jeune judoka, très romantique à souhait. La mise en page est recherchèe, mais sans imagination de la part de l'auteur. Les jeunes Japonais sont très amateurs de cette série.

On peut encore citer différentes séries «Todoroki Sensei», de Kaoru Akiyoshi, une bande dessinée quotidienne qui paraît dans l'édition du matin du «Yomiuri Shimbun». C'est la vie humoristique de Mr. Todoroki et de sa famille. Une autre bande dessinée quotidienne, «Fuji Santaro», de Sampei Sato, paraît dans l'édition du soir du «Asahi Shimbun», c'est aussi une série identique à celle de Koaru Akiyo.

Les comic-strips ont aussi une dessinatrice, elle s'appelle Machiko Hasegawa. Elle dessine «Sazae-san» dans «Asahi Shimbun». C'est la vie d'une famille; on peut considérer ce strip comme la version japonaise de Blondie. «Sazae-san» est très aimée des lecteurs.

Pratiquement tous les journaux ont des bandes dessinées, le «Tokyo Shimbun», édition du matin, publie une série «Kurari-san», de Kenji Hagwara, on trouve aussi une série où l'influence de Schulz est évidente : «Little Gentlemen», de Kunihiko Tsukuda.

Osamu Tezuka publie dans le «Sankei Shimbun» une série de science-fiction, «Blue Triton», série sans prétention sur le plan de la S.F. qui, d'après les sondages, semble intéresser les jeunes lecteurs.
Documentation : Kosei Ono."

Canalblog Revue Phénix21 005
Maki Sasaki "To the moon"
Perso je comprends pas trop l'intérêt de cette page

Canalblog Revue Phénix21 006
Fujio Alatsuka "Genius bakabon"

Canalblog Revue Phénix21 007
Shotaro Ishimori "The case book of Sabu and Ishi"
Superbe planche, notamment pour sa très haute case de droite

Canalblog Revue Phénix21 008
Shigeru Mizuki "Hitler, madness of the century"

Canalblog Revue Phénix21 009
Kazuo Vemuta "John and Yoko"

Canalblog Revue Phénix21 010
Canalblog Revue Phénix21 011
Mori Masaki
Très violent mais une force extraordinaire dans cette planche avec sa mise en page passionnante : l'accident en fond et des cases ajoutées dessus; fantastique!

Canalblog Revue Phénix21 012
Fujio Fujiko "Black Salesman"
Drôle, hystérique mais gore aussi. Deuxième extrait de manga sur le golf montrant que les japonais sont, comment dire, dangereux avec un club entre les mains

Canalblog Revue Phénix21 013
Testsya Chiba "Joe aiming at to morrow" (j'ai respecté la légende de 1972 malgré les erreurs sur le nom et le mot anglais tomorrow)
Ashita no Joe, l'un des mangas préférés des japonais

Canalblog Revue Phénix21 014
Barron Yoshimoto "Jukyo-Den"

Canalblog Revue Phénix21 015
Kenji Hagiwara "Kuraki-San"
Sampei Sato "Fuji Santoro"

Canalblog Revue Phénix21 016
Kaoru Akiyoshi "Todoroki sensei"

Canalblog Revue Phénix21 017
Kunihiko Tsukuda "Little Gentlemen"
Kenji Hagiwara "Kurari-San"
Personnellement je n'aurai pas mis trois pages sur ces strips de quatre cases. Ce n'est pas du tout représentatif des mangas selon moi et donne un aspect auteurisant à la BD japonaise et hermétique aux peuples hors de l'archipel. Un seul strip aurait été suffisant.


Remarques
Vous noterez comme moi les points suivants qui me semblent très importants :
"
Depuis fort longtemps, la bande dessinée japonaise fait parler d'elle" : on est en 1972, j'aurai bien voulu en savoir plus à ce propos, qui en parlait, à quelle date, où, en se basant sur quel manga, on en disait quoi... dommage que nous n'ayons pas plus d'infos.

"
En 1970, à la demande de l'ambassade du Japon, j'ai présenté une rétrospective de la B.D. japonaise" : ce fait m'était totalement inconnu; j'essaierais de trouver des infos là-dessus mais pour le moment le web est muet.

"
Au premier abord, on remarque la violence qui est présente dans la bande dessinée destinée aux tous jeunes comme dans celle destinée aux adultes. Ce n'est que coups de sabres, ventres ouverts, têtes coupées... On s'en donne à cœur joie, de quoi faire frémir la censure française pendant plusieurs nuits..." : comme quoi la violence dans les mangas est la première chose qui saute aux yeux et aux tripes. Il est certain que pour un amateur de la BD franco-belge, habitué à Tintin, certains mangas ont dû paraitre choquants de prime abord car les "délires" d'un Hokuto no Ken ne datent pas des années 80. On aura aussi le même souci avec les dessins-animés : Goldorak, Ken, Dragonball... ont subi les foudres des biens pensants. Aujourd'hui cette critique s'est bien tassée car les mangas ont été assimilés dans notre culture par une bonne partie de la population et représentent un enjeu financier énorme, ce qui fait taire beaucoup de monde. Néanmoins je comprends le rejet et la stupeur qu'on a en voyant la  page ci-dessus de l'accident de voiture, qui peut être jugé trop réaliste.

"Mais la grande innovation de la B.D. japonaise, c'est la mise en page" : ça fait plaisir de lire qu'en 1972 un grand spécialiste de la BD, Claude Moliterni, ayant beaucoup œuvré pour sa reconnaissance comme art à part entière, a pu voir cette force incroyable des mangas, à savoir une mise en page très dynamique, avec énormément de mouvement, d'énergie, une vitalité fantastique...

"Ensuite les visages des héros ne sont pas ceux que l'on pourrait s'attendre à voir, pas d'yeux bridés, mais d'énormes yeux ronds à l'occidentale" : là encore une remarque qui reviendra de façon récurrente 15, 20 ans après. Pour rappel les grands yeux ronds permettent d'exprimer plus fortement les émotions puisqu'ils offrent plus de place dans le visage pour y dessiner l'amour, la colère, la peur, la mélancolie... c'est par les yeux qu'on peut facilement rendre les émotions du personnages. Autre raison, un phénomène appelé la Néoténie et qui est la persistance de caractères enfantins chez l'adulte. Ce phénomène rends immédiatement sympathique un personnage ayant des grands yeux, un petit nez, un grand front puisque ça nous rappelle les bébés et qu'on s'attendrit facilement devant leur frimousse. Résultat, ces personnages sont attachants pour le public! Disney l'a bien compris car il a modifié ses premiers croquis de Mickey pour arriver à son design actuel.


Posté par David Yukio à 14:47 - Livres, revues... - Permalien [#]