Mon amour pour le Japon et Tôkyô

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19 septembre 2011

Maki Kusumoto et ses mangas très esthétiques



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Maki Kusumoto est une mangaka née en 1967. Elle a dessiné en 1994-1995 un chef d'oeuvre du nom de "K no souretsu -The funeral procession of K-" chez Shueisha. Ce manga m'a séduit par son esthétisme, ses grands décors blancs, l'athmosphère de sérénité qui se dégage de ces pages; bref, une divine surprise :-)

En 2009 son manga Dolis a été publié en France mais pour un prix scandaleux de 18€ les 120 pages! Rien ne justifie un tel prix sinon peut-être l'envie de créer une élite dans le public des mangas basée sur l'argent...


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Posté par David Yukio à 19:23 - Mangas et dessins animés - Permalien [#]

14 août 2011

Google et mon blog



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Notes liées dans mon blog : Liste articles poésie, photos, arts, expositions, illustrateurs et autres



L'objet de cet article très narcisique est juste de montrer le classement de mon blog sur Google :-)
Cela fait six ans et près de 200 articles que je le tiens et j'en suis très fier!


Tout a commencé le 05 Mai 2005 avec l'immense concert donné par le groupe japonais Ra:In avec Pata de X Japan à Paris. J'ai ressenti tellement de joie, de plaisir ce jour là que j'ai voulu les communiquer au reste du monde. QUoi de mieux pour cela qu'un blog? Puis, de fil en aiguille, ce blog est devenu celui de ma passion pour le Japon.

Au début il était hébergé Hautetfort mais le 14 Juillet 2005 je passe chez canalblog, fatigué que mes photos soient redimensionnées sans que je puisse rien faire. De façon ironique j'ai aujourd'hui le même problème avec canablog qui agit de façon tout aussi arbitraire et stupide. J'ai alors dû créer un nouveau blog, payant celui-là (medeeenfurie.com), où j'ai dieu merci beaucoup beaucoup plus de liberté.


Loin de moi l'arrogance de vouloir être un des meilleurs ou des plus connus blogs sur le Japon mais sur certains mots clés, et non des moindre, je suis sur la première page et, parfois, en premier!!!!! Dans d'autres cas je ne suis battu que par Wikipédia FR et US!

Les copiés écrans correspondent à des recherches ayant eu lieu en août 2011, sur www.google.fr sans choisir la langue française ni paramétrer une date. On peut donc en déduire que ça reflète bien mon positionnement sur le web francophone selon Google!

Setsuko hara : je suis 4ème!
Canalblog Google recherche Setsuko Hara

Chishu Ryu: je suis 3ème!
Canalblog Google recherche Chishu Ryu

Tokyo by night: je suis premier!!!!

Canalblog Google recherche Tokyo by night

Mairie Tôkyô: je suis 5ème!

Canalblog Google recherche Mairie Tôkyô

Shibuya 109: je suis 2ème, juste derrière le site officiel de l'immeuble!

Canalblog Google recherche Shibuya 109

Yamanote: je suis 4ème!

Canalblog Google recherche Yamanote

Rockers Harajuku: je suis premier!

Canalblog Google recherche Rockers Harajuku

Loose socks: je suis 8ème!

Canalblog Google recherche Loose Socks

Hiro-hito: je suis 5ème!
Canalblog Google recherche Hiro-Hito

Livres sur le japon: je suis 9ème!

Canalblog Google recherche Livres sur le Japon

Momoe Yamaguchi: je suis 3ème!

Canalblog Google recherche Momoe Yamaguchi

Buto: je suis 2ème!
Canalblog Google recherche Buto

Premier manga: je suis 2ème!

Canalblog Google recherche Premier Manga

Jeanne et serge: je suis 8ème!
Canalblog Google recherche Jeanne et Serge

Le cri qui tue: je suis premier, devant même Wikipédia!

Canalblog Google recherche Le Cri Qui Tue


Posté par David Yukio à 10:51 - Autres - Permalien [#]

07 août 2011

Cobra : le générique massacré du film



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"Cobra le film" est le long métrage de la série japonaise bien connue de Buichi Terasawa Cobra. Ce film de 1982 a précédé la série du même nom mais je vous le conseille très fortement car même si ce film est sorti il y a 30 ans, l'animation est autrement plus soignée que pour la série vu les moyens mis à disposition des films à cette époque.


En 2001 la société Manga Vidéo a eu l'excellente idée de sortir en DVD ce film. Mais on déchantera vite puisque dès le début c'est un choc, le superbe générique est massacré par d'immonde rectangles noirs recouvrant un quart à un tiers de l'écran. C'est en effet la version anglaise et non pas japonaise qui a été utilisée pour ce DVD et les noms japonais en kanjis ont été purement et simplement recouverts par des monolithes noirs qui ne fascinent personne.

La seule belle surprise de cette version est la musique composée par Yello et notamment le tube onirique "Drive driven" qui colle étonnament bien aux scènes de l'anime.


Ca commençait on ne peut mieux avec une débauche de couleurs et une ambiance psychédélique étonnante

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et puis c'est le drame des inserts sur fond noirCanalblog Anime Cobra Film05

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Si c'est pas malheureux de voir ça...
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On a plus d'un tiers de l'écran qui est recouvert!!!!!!!
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Pour ceux qui n'ont pas peur, voici le générique en entier avec, précisons le, la très belle chanson "Drive driven".
http://www.youtube.com/watch?v=6sJdWUwLd9k


Posté par David Yukio à 17:04 - Mangas et dessins animés - Permalien [#]

09 juillet 2011

Naruto, le blockbuster manga le plus glauque qui soit?



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Oui je sais, le titre est provocateur, parler de glauque alors que Naruto est LE grand succès manga des années 2000, l'un des plus grands blockbuster avec des dizaines de millions de volumes vendus, mais quelle mouche me pique? Le public se passionne pour cette belle histoire d'amitié entre Naruto, Sasuke et Sakura, pour l'épopée d'un gamin pestiféré qui devient un héros, triomphant de tous les dangers, devenant de plus en plus fort. Le problème est que si le grand public prenait le temps de lire ce manga, il serait sacrément horrifié de découvrir des scènes dignes de Saw ou L'exorciste.

C'est en effet un manga très dérangeant et morbide où se retrouvent des personnages incroyablement malsains. Les rapports entre les personnes y sont très violents mais, curieusement, personne ne semble s'en émouvoir ou même le remarquer si on s'en tient aux articles de la presse. Pour beaucoup de monde, on s'arrête à une vision très superficielle du manga, à savoir le petit ninja qui devient de plus en plus fort, qui veut sauver son ami Sasuke, qui veut devenir Hokage, tout ça dans la joie et la bonne humeur.

En réalité Naruto c'est l'enfer sur Terre!

Loin de moi l'idée de vouloir donner une mauvaise image de ce manga que je suis depuis des années mais il est infiniment plus profond et complexe qu'une lecture rapide ne le laisserait supposer.


Les vies brisées par les familles

Je commencerai par les rapports familiaux dans Naruto, qui sont à l'image du monde en guerre dans lequel vivent les personnages : durs, dangereux voir pervers! Je ne dis pas qu'il n'y a pas d'exemples de rapports familiaux normaux dans ce manga, où les parents aiment vraiment leurs enfants, mais cela est le comportement attendu alors que certains, et non des moindres, ont agi de façon inacceptable envers leurs enfants.


Naruto
Rien ne sera épargné à notre héros, à croire qu'un destin sadique a décidé de s'acharner sur lui. Tout commence quand son père scelle en lui le renard à neuf queues qui venait d'attaquer Konoha; c'était selon lui le seul moyen de sauver le village. Ses parents sont ensuite immédiatement assassinés, alors qu'il vient juste de naître. Il sera après ça ostracisé par son village, considéré par tous comme un pestiféré, laissé seul sans ami, durant toute son enfance... une vie de chien qu'on ne souhaite à personne. Certes, à l'adolescence il va devenir le héros du village en battant Pain et Nagato mais cela en valait-il la peine?
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La bête qui est en lui et qui effraie tant le village

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Gaara

Gaara est le personnage de l’extrême, celui sur qui tous les malheurs de la Terre se sont abattus et qui pourtant arrivera à échapper à sa condition de monstre.

Lui aussi est le résultat d'une manipulation de ses parents. Son père l'a fait posséder encore embryon par le démon du sable pour renforcer la puissance de son village. Sa naissance a provoqué la mort de sa mère puis il s'est fait haïr de son père qui voyait en lui une arme instable et donc dangereuse. Ce père a alors essayé de le tuer mais en vain car le démon en lui protégeait son réceptacle. Lui aussi aura connu la solitude, la haine des enfants de son âge, les accidents mortels quand il tuera des gamins en ne contrôlant pas son pouvoir... il voudra même se suicider alors qu'il n'est qu'un gamin. Gaara aura eu un destin digne des pires tragédies grecques.

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Canalblog Manga Naruto T13 File0002Gaara mêle même sa mère à ses désirs de meurtre



La folie des clans
Au dessus de la famille se situe le clan. On peut le voir comme une famille élargie mais là non plus aucun espoir n'est à attendre. Les clans peuvent se sacrifier pour leurs membres, les protéger mais aussi les considérer comme de la chair à canon sacrifiable. Certains n'hésitent pas à tuer leurs propres membres pour des raisons politiques, de chasse aux sorcières... quand ils ne créent pas eux même des monstres à partir de leurs enfants comme Gaara pour augmenter leur pouvoir.

Canalblog Manga Naruto T12 File0001Lui, il a perdu son père, tué par d'autres membres du même clan, pour des raisons politiques

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Le clan des Uchiwa

Que dire sur Sasuke? Il a vu son père, sa mère, son clan massacrés par son frère aîné qu'il aimait plus que tout! Comment mener une vie normale après ça? Le pire est que ce massacre a eu lieu sur ordre des dirigeants de Konoha quand ils apprirent que le clan Uchiwa fomentait un coup d'état. Itachi, désirant plus que tout la paix, a accepté de tuer ses parents et son clan pour éviter une nouvelle guerre. Sasuke a grandi avec cette haine pour son frère puisque Konoha ne lui a jamais révélé la vérité et il a dû grandir avec ce mensonge; tous les jours il a été rongé par ce sentiment au point de devenir inhumain et de basculer du côté obscur de la force. Quand Madara lui expliquera tout, le vrai rôle de Itachi, sa haine ira grandissante envers Konoha au lieu de disparaître.

Ajoutons à ce destin tragique une composante fondamentale du clan Uchiwa. Dans ce clan, le meilleur moyen d'améliorer ses capacités, d'acquérir de nouvelles techniques, consiste à se conduire comme le pire des malades mentaux, soit en tuant son meilleur ami, soit en prenant les yeux de son frère... Un clan violent ne reculant devant rien, qui ne peut que produire des monstres.

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La folie du clan Uchiwa s'exprimera pleinement dans la relation entre les deux frères, Sasuke et Itachi. Sasuke est en admiration devant son grand frère jusqu'au jour où il découvre sa famille assassinée par Itachi. Depuis ce jour il n'aura de cesse de devenir plus fort pour se venger et tuer son frère.

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Sasuke est finalement devenu un monstre froid, détruit par la folie du monde des ninjas, contaminé par leur violence et prêt à tuer ses anciens amis par pur caprice. Sasuke est devenu un assassin, une ordure, n'hésitant pas à vouloir tuer ceux qui l'ont suivi. Il s'est abandonné à la haine, s'est laissé corrompre par Orochimaru alors que Naruto au contraire a su maîtriser cette haine.

Étonnamment, qui est le plus aimé parmi les lecteurs? Qui a le plus de potentiel comme personnage, qui est le plus intéressant? Naruto ou Sasuke? C'est le vieux duel entre le héros et le bad guy, entre Son Goku/Vegeta, Olivier Aton/Mark Landers, Luke Skywalker/Han Solo... Sasuke ne serait-il pas le vrai héros de ce manga, le nouveau Dark Vador?
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Autre clan, autre folie, faire s'entretuer les enfants qui passent le diplôme de ninja pour que seuls survivent les plus forts.
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Les pervers, fous et égarés

L'univers de Naruto est celui d'un monde en guerre perpétuelle, de guerriers où beaucoup meurent, certains survivent mais d'autres s'y épanouissent sans retenue, y trouvant un terrain de jeux orgasmique!

Orochimaru
Orochimaru fait parti de ces êtres nés mauvais et jouissant du mal qu'ils développent autour d'eux. Il fut chassé de Konoha après avoir pratiqué des expériences humaines sur des membres de son village pour découvrir le sort d'immortalité. Il n'aura ensuite de cesse de vouloir détruire celui-ci. Très intelligent, imaginatif, c'est le génie du mal de la série, celui qui ira jusqu'à renoncer à son humanité et à devenir serpent. Vous noterez que le sexe est absent de Naruto, heureusement sinon on aurait certainement vu Orochimaru s’accoupler avec un serpent pour obtenir de nouveaux pouvoirs; pas de zoophilie dans Naruto pour l'instant!
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Orochimaru ne laissera même pas les morts reposer en paix, il excelle dans l'art de la nécromancie, la magie des morts, et rappellera les disparus pour se battre à ses côtés. Difficile de faire plus morbide!
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Hidan

Hidan est un autre exemple de psychopathe croisé au fil des histoires. Ce guerrier est un mystique, perdu dans son délire religieux, quasi immortel. Sa technique est étonnante puisqu'il paralyse son adversaire et le fait mourir lentement par des blessures qu'il s'inflige lui même et qui se répercutent dans le corps de son ennemi jusqu'à ce que mort s'ensuive; la mort pour son ennemi, l'orgasme pour Hidan... le masochisme mystique utilisé comme technique de combat. Reconnaissons à l'auteur de Naruto d'être particulièrement inventif.
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Kakuzu
kakuzu, autre membre de l'Akatsuki, tout aussi pervers que son compère Hidan. Sa technique consiste à tuer son adversaire, prendre son cœur encore frais et l'incorporer dans son corps pour profiter de ses techniques et prolonger sa vie. Son âme est aussi noire que les démons en lui.
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Deidara

Deidara de l'Akatsuki, lui aussi s'est égaré dans sa voie; il cherchait la forme ultime de l'art puis il est devenu meurtrier. Vaincu par Sasuke il se suicide pour briller une dernière fois, sa mégalomanie ne pouvant accepter qu'il existe un être plus fort que lui.
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Sasori

Sasori, autre membre de l'Akatsuki, tué par sa grand-mère qui manipulait les marionnettes des propres parents de Sasori. Un enfant tué par sa grand-mère qui l'a élevé c'est malsain, un enfant tué par une image de ses parents c'est encore plus malsain mais le plus délirant de tout cela c'est que Sasori aurait laissé volontairement une ouverture pour que sa grand-mère le tue... On en arrive dans ce combat à avoir un suicide, un infanticide et un enfant qui a voulu mourir de la main de ses parents! Certes Sasori n'a plus l'âge d'un enfant depuis longtemps mais sa marionnette ne vieillit pas et son visage est bien celui d'un enfant.

On pourrait écrire tout un article sur ce combat mais sa complexité et sa symbolique ne cessent de me surprendre; qu'à voulu faire l'auteur, quels comptes veut-il régler avec la famille, quelles sont ses obsessions? Reconnaissons lui un grand talent, celui d'avoir rendu haletant et passionnant l'assassinat d'un enfant par ses parents. Un vrai régal pour psychanalystes!
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Danzô
Danzô n'est peut-être pas aussi fou que les membres de l'Akatsuki mais il l'est suffisamment pour avoir tué plusieurs membres du clan Uchiwa et insérer leurs pupilles surpuissantes dans son bras droit pour augmenter ses pouvoirs. A noter qu'il est normalement du côté des bons même si ses méthodes s'apparentent à celles de l'Akatsuki.
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Madara Uchiwa
Vieux, très vieux puisqu'il était déjà là à la naissance de Konoha, son esprit a eu le temps de se pervertir pendant des décennies au point qu'il veut contrôler la Terre entière et tous ses habitants. Manipulateur, mégalomane, Madara Uchiwa n'est pas fou, il n'a même pas cette excuse, non, c'est un monstre froid, insensible, inhumain, qui se rêve semblable à un dictateur d'un état totalitaire!
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Gaara

Il ne faut pas oublier qu'avant d'être débarrassé de son démon et de devenir Kage, Gaara était un être instable, sanguinaire, capable de tuer sans hésitation et ce alors qu'il était encore enfant.
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Nagato

Lui aussi a vécu tragédie sur tragédie; l'assassinat de ses parents lors d'une énième guerre de clans, la famine, l'errance, la trahison, la mort d'un ami... Il croyait tellement en la bonté de l'homme, à la paix qui pourrait revenir sur terre comme le lui avait confié Jiraya qu'il bascula dans la folie suite au meurtre de son ami d'enfance. Il créera pour se venger Pain (douleur en anglais), pour que le monde entier souffre encore et encore et encore. Aucune douleur n'est assez terrible et il rasera même tout le village de Konoha avec ses habitants avant de changer d'avis, grâce à Naruto, et de les ressusciter.
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La solitude

Le Japon est un pays où les groupes sont omniprésents, que ce soit la famille, la société, le quartier... en être exclu est une punition terrible; ce manga montre bien à quel point cette exclusion peut avoir comme conséquences traumatisantes.


Dans Naruto la Solitude, la vraie, a été pleinement vécue par plusieurs personnages et les a marqué à tout jamais. Elle est à l'origine de bien des drames. Certains étaient seuls, exclus par leur communauté, d'autres ont vécu intérieurement cette solitude comme Itachi qui a trahi deux fois ceux avec qui il vivait : sa famille puis l'Akatsuki car à chaque fois il était l'ennemi de ceux parmi lesquels il mangeait et dormait.

Sasuke est donc seul depuis la disparition de son clan, même s'il a des amis, mais au fond de son cœur il est rongé par la haine et le désir de revanche sur son frère.

Naruto aussi a connu la solitude, il a été mis à l'écart par les villageois puisqu'il renferme le démon renard en lui qui a ravagé le village de Konoha il y a plusieurs années de cela et cause de nombreuses morts.


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Gaara aussi a été seul durant son enfance; sa mère est morte en couches, son père ne le voit que comme une arme, les autres enfants le craignent avec raison...
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Les monstres

Les transformations en monstres sont courantes dans ce manga, que ce soit Naruto, Gaara, Sasuke, Orochimaru... chacun se sera abandonné à un moment ou à un autre au mal tapi en lui et celui-ci se matérialise sous forme de démon. Mais ne nous y trompons pas, ces horreurs sont plus le reflet du monde des ninjas, des mauvais traitements tolérés par les clans, les horreurs perpétrées par les ninjas que simplement un problème d'une personne précise. Le monstre de Naruto est la face cachée de Konoha, qui a ordonné à un enfant de tuer ses parents (Itachi Uchiwa), qui a condamné à la solitude un autre enfant (Naruto). Idem pour Gaara, c'est l'âme noire de son village, les actes passés qu'on voudrait oublier.

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La technologie dans Naruto
Qu'est-ce que la technologie vient faire dans cet article? Hé bien c'est que comme le caractère malsain que je viens d'expliquer ci-dessus, à savoir que la technologie est présente dans le monde de Naruto, qu'on ne peut pas s'en passer mais elle aussi est très peu montrée, très discrète ou, si elle est clairement exposée, on ne s'appesantit pas dessus; limite si on ne veut pas la voir. L’extrême violence des rapports entre les personnages suit le même schéma, on la considère comme normale puisque le monde de Naruto est à feu et à sang, que les situations extrêmes exigent des actions extrêmes mais personne ne s'arrête vraiment pour dire que non, c'est anormal, il faut ouvrir les yeux et regarder en face le monde dans lequel on évolue.

Par technologie j'entends l'électricité, la télévision, la photographie, la radio... Le monde de Naruto a atteint un haut niveau technologique, qui n'a rien à envier au notre. Cet aspect du manga est si peu mis en avant que si vous demandez à n'importe quel lecteur à quelle époque se situe le manga, beaucoup vous répondront au moyen-âge japonais à cause des ninjas, dans un monde d'héroic-fantasy ou de dark-fantasy mais très peu diront dans une époque aussi avancée technologiquement que la notre.

Le paradoxe est que le monde des shinobis est basé sur des capacités surhumaines, que ce soit dans les aptitudes physiques, dans les techniques de combats s'apparentant à de la magie (notamment l'utilisation du sharingan) et donc les guerriers n'ont pas besoin de technologie, leur corps suffit à remplir leur tâche. Vous noterez que les armes à feu sont absentes, les voitures également. Pourtant l'histoire de Naruto se situe dans un monde semblable au notre mais seule une fraction de ce monde nous est dévoilée, celle des guerriers. Ces guerriers ne sont en réalité qu'une partie du village de Konoha, du village du sable, leur rôle est de défendre le reste de la population mais cette population, sans défense, on la voit rarement... 

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Konoha n'est pas un simple village mais une vraie ville, très étendue, aves ses immeubles, tours, rues... Y a t-il un métro, un tramway? Possible mais cela ne nous sera pas montré.

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Pain, surplombant sa ville qui a tout l'air d'une capitale

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L'électricité n'est pas absente du monde de Naruto

Canalblog Manga Naruto T1 File0003la photographie existe

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Les caméras existent aussi, ce qui requiert une science et une technologie avancées

Canalblog Manga Naruto T30 File0001Radios miniatures pour rester en contact; technologie discrète mais bien présente


Les autres mangas glauques publiés en France

Alors certes d'autres mangas publiés en France sont très violents, voir plus que Naruto, mais ils différent sur Naruto en un point : aucun ne conjugue comme lui une incroyable popularité doublée d'une extrême violence psychologique.

Hokuto no Ken
Ce manga est tellement violent qu'il en devient caricatural et presque comique. Certes les assassinats d'innocents y sont monnaie courante mais ce sont des adultes qui meurent, les enfants sont très rarement touchés si ce n'est l'épisode où des centaines de gamins servaient d'esclave à Sozer pour construire sa pyramide. Quant aux salauds, ce sont des brutes épaisses, stupides et adultes qui se font tuer par Ken donc on va pas pleurer. Très très peu de violence psychologique dont je parle plus haut, Hokuto no Ken est un manga infiniment plus simple et manichéen que Naruto. Violent oui mais limite bon enfant et moral.

Dragonball
Naruto est dans la droite ligne de Dragonball où un gamin devient, à force d'entraînement, de persévérance, de plus en plus fort jusqu'à pouvoir défier le monde entier voir l'univers. Mais Dragonball est un manga drôle, plein d'humour où les combats sont très violents mais entre combattants sachant ce qui les attend et si l'un meurt ce n'est jamais sous la torture et il peut ressusciter avec les Dragonball. Même Végéta ou Freezer (responsable de millions de morts quand il a fait exploser la planète Végéta) serait incapable de faire les horreurs d'un Orochimaru ou Hidan.

MPD Psycho
Manga très très glauque, plus malsain que Naruto mais réservé à un public averti, peu connu du grand public justement donc non comparable.


Naruto, la version manga des Atrides?

Naruto restera pour moi un grand manga, très bien dessiné, avec des personnages forts et complexes, une imagination débridée, des combats passionnants mais aussi une énigme du fait de son incroyable popularité associée à une violence inimaginable.


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26 juin 2011

"Une révolution nommée Garo", rétrospective sur une revue mythique



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Canalblog Expo Garo Flyer02Flyer de l'exposition

Du 07 Juin 2011 au 09 Juillet 2011 se tient à l'Espace Japon, 12 rue de Nancy à Paris, une rétrospective sur la célèbre revue GARO, sur ses années les plus actives (1964-1974). Cette revue a révolutionné le monde du manga avec un ton adulte, irrévérencieux, avant-gardiste et une envie de rompre avec le monde enfantin d'Osamu Tezuka. 

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Canalblog Expo Garo Flyer04 02Présentation de l'exposition

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L'histoire de GARO


Canalblog Expo Garo01Le hall de l'espace Japon avec, des deux côtés, des exemplaires de la revue

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Canalblog Expo Garo06GARO a aussi publié en gros tome ses meilleures histoires


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Le numéro 1 de Garo

 

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Canalblog Expo Garo Couverture45

 

Canalblog Expo Garo Couverture52

 

Canalblog Expo Garo Couverture107

Vous trouverez ci-dessous quelques extraits des numéros présentésCanalblog Expo Garo Extrait01

 

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Canalblog Expo Garo Extrait04

 

Canalblog Expo Garo Extrait05

 

Canalblog Expo Garo Extrait06

 

Canalblog Expo Garo Extrait07

 

Canalblog Expo Garo Extrait08Extrait de Kamui den (la vie de Kamui), le grand succès de Garo

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12 juin 2011

Les Cahiers de la Bande Dessinée N°64 (Juillet-Août 1985) "A l'école d'Akira"



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Dans "Les cahiers de la Bande Dessinée" numéro 64 de Juillet-Août 1985,
Thierry SMOLDEREN a publié ce qui est le premier article sur Akira dans la presse française. On devine sans peine le choc qu'a été pour lui cette vision en lisant cet article bien trop court. Ce manga a été publié au Japon à partir de décembre 1982 et il a fallu attendre mars 1990 pour une traduction française.

Canalblog Revue Cahiers BD 64 01

Canalblog Revue Cahiers BD 64 02
"A L'ECOLE D'AKIRA


On l'appelle «le Moebius japonais» et Jean Giraud le considère comme un des meilleurs dessinateurs du moment. N'en déduisez pas trop vite qu'Otomo Katsuhiro est un suiveur (parmi tant d'autres) du vieux Moeb. Katsuhiro n'a pas piqué une miette du style de Moebius, mais il est peut-être le seul dessinateur à pouvoir le concurrencer sur le plan du traitement de l'espace, du mouvement et des matières.

Le premier tome d'Akira (une histoire de mutant dans un univers post-atomique) est un gros bottin de 350 pages qui n'a pas encore été édité en français. L'édition japonaise n'en est pas moins hallucinante d'intérêt: on saisit sans peine le fond du scénario (qui est accessible au premier occidental venu), mais cela dit, rien de ce que fait Katsuhiro dans ce livre ne ressemble à ce qu'on peut trouver ici.

En feuilletant son bouquin (de droite à gauche, comme il se doit), vous entrerez dans un univers purement cinétique: éclats de phares dans les yeux, bouillonnements de bitume, dérapages et course-poursuites en motos, explosions télékinésiques, plongeons à travers les vitres, etc. Comme Giraud, mais à sa manière propre, Katsuhiro a trouvé mille et une formules graphiques pour saisir l'action, et suggérer en même temps l'impression d'instantané photographique et de mouvement cinématographique...

Cinq pages d'Akira valent tous les films de Spielberg-Lucas (et quelques autres).


Je ne sais pas si la petite geisha du stand japonais d'Angoulême est la seule personne à vendre ses œuvres en Occident, mais la question vaut la peine d'être creusée. Il y a dans Akira un répertoire complet de techniques narratives complètement inédites que tout apprenti-dessinateur devrait méditer. Je comprend le soulagement de Moebius lorsqu'il a découvert l'œuvre de Katsuhiro: il n'est plus seul sur la planète à mériter d'être copié.

Thierry SMOLDEREN"

Posté par David Yukio à 17:30 - Livres, revues... - Permalien [#]

29 mai 2011

Les Cahiers de la Bande Dessinée N°74 (Mars-Avril 1987) "Entretien avec Keiji Nakazawa"



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Dans "Les cahiers de la Bande Dessinée" numéro 74 de Mars-Avril 1987, a été publiée une interview de
Keiji Nakazawa, celui qui écrivit "Gen d'Hiroshima", publié quatre ans auparavant chez Les Humanoïdes Associés.


Canalblog Revue Cahiers BD 74 01

Canalblog Revue Cahiers BD 74 02
Autobiographies (2)

Les pages qui suivent contiennent quelques contributions supplémentaires sur les bandes dessinées autobiographiques, thème que nous avions déjà largement développé dans notre précédent numéro. On lira tout d'abord ci-dessous une brève interview de Keiji Nakazawa, l'auteur de Gen d'Hiroshima, dont nous avions évoqué l'œuvre et la carrière.


Entretien avec Keiji Nakazawa


Comment êtes vous entré dans ce métier?

J'ai d'abord été un lecteur assidu de bandes dessinées. J'avais hérité de mon père, qui était peintre, un goût pour le dessin. Je me suis mis très tôt à copier les BD que j'aimais, et dès l'école primaire j'ai décidé d'en faire mon métier. J'ai suivi une formation pour apprendre à réaliser des panneaux publicitaires. C'est une discipline qui touche à la fois au dessin, à la couleur et au graphisme... A 22 ans, je me suis installé à Tokyo, et au bout de six mois je commençais à publier dans le mensuel SHONEN GAHO, best seller de l'époque. Par la suite, j'ai collaboré à divers magazines, tout en travaillant comme assistant pour un autre dessinateur, Kazumine.



Vous faisiez de la bande dessinée depuis plusieurs années lorsque vous avez entrepris de dessiner Gen d'Hiroshima. Qu'est-ce qui vous a décidé à raconter cet épisode dramatique que vous aviez vécu ?

Fondamentalement, la BD est pour moi une chose amusante. Dans mes récits, j'ai abordé des thèmes historiques, j'ai fait de la science-fiction, j'ai parlé du base-bail, etc. Jamais je n'aurais envisagé a priori de dessiner une chose aussi horrible que l'explosion d'une bombe atomique. C'est la mort de ma mère, en 1966, (après quatre années de souffrances terribles) qui m'y a décidé. Mais j'ai dû faire un gros effort pour surmonter mon dégoût et dessiner cette histoire. Certaines personnes — surtout à l'étranger — ne me connaissent que comme «le dessinateur de Gen d'Hiroshima». Cela me chagrine de porter cette étiquette, car j'ai fait beaucoup d'autres choses et je voudrais être jugé sur l'ensemble de mon œuvre. Heureusement, mes BD comiques paraissent actuellement dans une collection cartonnée chez l'éditeur Chobunsha. Cinq volumes ont été publiés en 1986, sept autres devraient suivre en 1987.


Gen d'Hiroshima nous intéresse ici sous l'aspect autobiographique. Pardonnez-nous d'évoquer des souvenirs pénibles mais. .. qu'est ce qui a changé en vous à la mort de votre mère ?

J'étais très loin de tout ça, à l'époque. Je vivais à Tokyo dans le milieu de la BD, et soudain j'ai reçu ce télégramme m'annonçant la mort de ma mère. Je suis retourné immédiatement à Hiroshima. Ma mère a été incinérée. J'ai été extrêmement choqué parce que ses os avaient disparu. La coutume est, comme vous le savez, de retirer les os des cendres pour les conserver dans une urne. Or, les os des personnes atteintes par la radioactivité se consument complètement, il n'en reste rien. Je me suis mis très en colère contre cette bombe qui m'avait enlevé jusqu'aux os de ma mère. J'ai alors dessiné Gen d'Hiroshima pour nous venger, elle et moi.


Vous-même, n 'avez-vous pas été exposé aux radiations ?

Si, et aujourd'hui j'ai la «maladie atomique». Ma santé est mauvaise et mon état ne pourra que s'aggraver. J'essaie d'accepter cela avec une relative sérénité.


Dans quelles circonstances Gen d'Hiroshima a-t-il été traduit en français?

C'est un Français, un certain Monsieur Gilles, qui m'a proposé de négocier la publication de Gen en France. Il avait déjà participé bénévolement à l'édition anglaise. J'ai été très déçu du résultat, parce que le seul volume s'arrête juste après l'expérimentation de la bombe atomique. On ne voit rien des effets sur la population d'Hiroshima. Cela me désespère car j'estime que mon œuvre a été dénaturée. (NDLR: Nakazawa ne paraît pas savoir que c'est l'arrêt de la collection «autodafé» qui a empêché Les Humanoïdes Associés de nous donner le second volume prévu.)


Il y a eu aussi une adaptation en dessin animé...

Oui. Elle a été vue par plus de trois millions de Japonais, présentée aux Pays-Bas et en URSS, et des négociations sont en cours pour que le film soit projeté en Amérique et en France. Je tiens essentiellement à ce que le film soit montré aux Américains. J'en ai moi-même écrit le scénario et il contient tout ce que je souhaitais dire.

(Propos recueillis par Masahiro Kanoh; traduit du japonais par Masuyuki et Fabienne Mizoguchi.)"

Posté par David Yukio à 11:05 - Livres, revues... - Permalien [#]

28 mai 2011

Les Cahiers de la Bande Dessinée N°73 (Janvier-Février 1987) "Si Hiroshima m'était conté"



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Dans "Les cahiers de la Bande Dessinée" numéro 73 de Janvier-Février 1987, Thierry GROENSTEEN consacra un article au fameux manga de Keiji Nakazawa "Gen d'Hiroshima", publié quatre ans auparavant chez Les Humanoïdes Associés.


Canalblog Revue Cahiers BD 73 01

 

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La décision de témoigner...

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L’une des nombreuses séquences étonnamment violentes...



"SI HIROSHIMA M'ETAIT CONTE

Quantitativement au moins, aucune bande dessinée autobiographique ne fait le poids face à la saga familiale dessinée par Keiji Nakazawa sous le titre Barefoot Gen (Gen aux pieds nus). Gigantesque entreprise que ce feuilleton relatant par le menu la vie d'une famille japonaise à Hiroshima, avant, pendant et après l'explosion de la bombe atomique ! L'indéniable intérêt de ce témoignage historique circonstancié et à peine romancé a valu à son auteur une notoriété bien compréhensible, quoique sans commune mesure avec ses qualités artistiques.

Nakazawa a 6 ans lors du bombardement américain de 1945 qui coûte la vie à son père, à sa sœur et à son frère cadet. Dessinateur professionnel depuis 1963, il consacre dès 1968 un premier récit à ce terrible événement dont le souvenir n'a pas cessé de le hanter: c'est Kuroi Ame ni Utareté (Sous la pluie noire). En 1970, il en livre une nouvelle version sous le titre Aru Hi Totsuzen Ni (Soudain un jour...). A ces deux premiers récits purement didactiques (genre «Histoires de l'Oncle Paul») succède en 1972 une première relation autobiographique du drame, sous le titre Ore Wa Mita (Je l'ai vu). Keiji Nakazawa y tient son propre rôle; en 46 pages, nous le voyons passer de l'âge de 5 ans à celui de 21 ans où, à peine marié, il voit disparaître sa mère finalement terrassée par les tardifs effets de la radioactivité. Si l'on en croit l'intéressé, c'est cette ultime perte, la plus cruelle de toutes, qui aurait décidé le jeune dessinateur à lutter, avec les moyens à sa disposition, contre l'utilisation d'armes nucléaires en perpétuant le souvenir des victimes.

L'hebdomadaire SHUKAN SHONEN JAMPU entame en 1973 la publication de Barefoot Gen, qui se poursuivra sans interruption jusqu'à totaliser 1100 pages. A travers le tragique destin de la famille Nakazawa (rebaptisée Nakaoka), c'est toute une période de l'histoire du Japon, avec ses luttes intestines, ses difficultés économiques, etc., qui se trouve retracée. L'œuvre remporte d'emblée un succès considérable. Elle sera partiellement publiée aux Etats-Unis par la firme Educomics (avec un sous-titre analogue à celui que Spiegelman donnera plus tard à Maus: «A survivor's true story»). En France, Les Humanoïdes Associés nous ont donné une excellente édition des 200 premières pages dans l'éphémère collection «Autodafé» (Gen d'Hiroshima, 1983). Dans son pays d'origine enfin, l'œuvre a connu des adaptations sous forme de films, d'opéra et de dessin animé. Après une interruption de quelques années, l'auteur lui a donné une suite, accompagnant ses personnages jusque dans les années 50.

Ces diverses formes de reconnaissance ont fait de Nakazawa un ambassadeur de la paix (il consacre une large partie de son temps à donner des conférences sur l'holocauste perpétré à Hiroshima) doublé d'un ambassadeur de la BD japonaise. On sait combien les «manga» s'exportent difficilement; quoique ne comptant pas parmi les artistes les plus appréciés des spécialistes, Nakazawa a su franchir les obstacles de la traduction grâce à la portée universelle de son témoignage. Pour nous, lecteurs occidentaux, Barefoot Gen constitue en effet un double document: outre son intérêt historique, cette bande est l'un des rares échantillons que nous puissions consulter de cette bande dessinée si éloignée de la nôtre par certains aspects: sa longueur, ses personnages grimaçants (à la limite de l'hystérie), l'extrême violence de nombreuses séquences, l'utilisation massive de symboles et de références appartenant à un autre horizon culturel sont une perpétuelle source d'étonnement.

Il n'entre pas dans mes intentions de commenter l'œuvre même, dont je n'ai d'ailleurs pu lire que des extraits. Pour ce qui regarde l'autobiographie, je noterai simplement que Nakazawa n'a jamais été animé par un véritable projet autobiographique. Son inten­tion n'était pas de se peindre avec les siens, mais bien de militer contre l'emploi des armes nucléaires. Les versions successives de son travail montrent que l'autobiographie s'est progressivement imposée à lui comme une forme idéale, le plus sûr moyen d'émouvoir et de convaincre.

T.G"

Posté par David Yukio à 13:08 - Livres, revues... - Permalien [#]

15 mai 2011

Les Cahiers de la Bande Dessinée N°72 (Novembre-Décembre 1986) "Au commencement était Tezuka"



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Dans "Les cahiers de la Bande Dessinée" numéro 72 de Novembre-Décembre 1986,
Masahiro KANOH a publié la suite de son dossier commencé dans le N°71 consacré au marché de la bande dessinée au Japon. Dans ce numéro il va parler du père fondateur du manga, Osamu Tezuka puis de deux étoiles montantes, Katsuhiro Otomo et Hayao Miyazaki.

Canalblog Revue Cahiers BD 72 01

 

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Osamu Tezuka, père de la BD japonaise moderne, dont l'œuvre a fait l'objet d'une réédition intégrale en 300 volumes, achevée en 1984
Extrait de La Nouvelle Ile au trésor

Tetsuwan Atom, plus connu sous le nom d'Astroboy

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A gauche sur la photo: Kastuhiro Otomo, l'auteur de Akira
Extrait de Akira


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Hayao Miyazaki; à gauche, couverture d'un magazine d'information sur le dessin animé

Le super-robot Macross; à droite, publicité pour le film de Miyazaki Laputa


"BD japonaise par Masahiro KANOH   
AU COMMENCEMENT ETAIT TEZUKA

En bande dessinée comme dans les autres domaines culturels, le Japon d'aujourd'hui ne perpétue pas les traditions d'avant-guerre. Dans sa forme actuelle, la BD japonaise est née après 1945, dans la période troublée de la défaite. Son origine remonte très précisément à la parution de la première longue histoire de Osamu Tezuka, La Nouvelle Ile au trésor (Shin takara Shima), dont l'impact fut prodigieux. Quand on interroge les grands maîtres de la BD actuelle, 95% disent avoir été influencés et profondément marqués par La Nouvelle Ile au trésor et par Les Mondes perdus, qui fut publié aussitôt après.


Avant Tezuka, la BD japonaise offrait peu de différences avec le style des Tintin. Tezuka doit être considéré comme l'initiateur d'un nouveau style, que l'on peut qualifier de «cinématographique». Partant du découpage traditionnel (succession de plans moyens cadrant les personnages au centre de l'image), Tezuka y introduisit du mouvement - comme chez Walt Disney pour qui il professait la plus grande admiration - en usant de plans éloignés, de gros plans, de contrechamps, de plongées, etc. Cette technique privilégiant l'impact visuel a parfois été reprise et systématisée au détriment du récit. On peut en effet reprocher à maintes BD japonaises d'abuser d'images hypertrophiées qui, occupant une page entière, demeurent très pauvres en information.

Tezuka est également le premier à avoir érigé ses héros en véritables idoles comparables aux stars hollywoodiennes, et à leur faire tenir des rôles différents dans plusieurs histoires consécutives. Là encore, ce système a été perverti par certains «suiveurs» qui se contentent désormais de répéter à l'infini le visage, cadré en gros plan, du héros ou de l'héroïne.

Dans la carrière d'Osamu Tezuka, la période la plus féconde s'étend de la fin des années 40 jusqu'au milieu des années 60, ce qui correspond à l'époque où les bandes dessinées paraissaient exclusivement en volumes et dans les magazines mensuels. L'apparition des revues hebdomadaires à grand tirage (cf. LES CAHIERS n°71) va favoriser l'éclosion d'une nouvelle génération d'auteurs. Tezuka n'en est pas moins resté jusqu'à ce jour l'un des dessinateurs favoris du public.

Parmi ses concurrents les plus «sérieux», on citera notamment Takao Saito et Yoshihiro Tatsumi, que l'on associe généralement parce que tous deux qualifient leur production de «Gekiga» (théâtre en images). Quoiqu'ils cherchent à se démarquer du style «hollywoodisneyen» de Tezuka, ils en ont manifestement subi l'influence, comme d'ailleurs tous leurs confrères. C'est surtout au niveau des thèmes, qui privilégient les anti-héros et les récits «hard boiled» très manichéens où le Bien et le Mal s'affrontent avec violence, que les partisans du Gekiga ont fait ressortir leur originalité et gagné à la bande dessinée de nouvelles catégories de lecteurs, notamment parmi les jeunes fréquentant le lycée ou l'université. Aujourd'hui, les dessinateurs de BD sont à 99% des disciples de Tezuka, que ce soit en ligne directe ou par le truchement du mouvement Gekiga.

Le premier dessinateur japonais à s'être imposé sans rien devoir à Tezuka est Katsuhiro Otomo (cf. LES CAHIERS n°64, p. 52). Lorsqu'il fit ses débuts en 1973 avec l'adaptation d'une nouvelle de Prosper Mérimée, personne encore ne s'avisa qu'il allait révolutionner le monde de la BD nipponne. Seul un petit noyau de lecteurs passionnés furent attentifs aux histoires courtes qu'Otomo fit paraître au cours des années suivantes. C'est la publication en feuilleton de la série Akira, en 1982 dans le bimensuel des Ed. Kodansha YOUNG MAGAZINE, qui lui valut son premier grand succès. Tout le monde s'accorde désormais à trouver qu'Otomo est génial, mais personne ne sait trop comment qualifier un talent si résolument original. Une chose est sûre: Katsuhiro Otomo a réinventé la bande dessinée à son propre usage. On pourrait presque dire qu'il a défini une nouvelle sémiologie visuelle sans aucun rapport, fût-ce de contradiction ou de dépassement, avec les conventions mises au point par Tezuka. Aussi ce «nouveau Dieu» de la BD japonaise est-il à son tour en train de faire école. Les artistes qui s'appliquent à l'imiter sont légion, et tous ne témoignent pas d'un grand respect pour leur idole.


De la planche à l'écran

En décidant de devenir «le Disney japonais» et en s'intéressant très tôt à la création de dessins animés, Osamu Tezuka n'a pas seulement imposé un style graphique, il a aussi favorisé le rapprochement de la bande dessinée avec le dessin animé, modelant les contours d'un marché qui continue aujourd'hui de reposer sur cette interdépendance. L'échange des talents est une réalité et s'effectue dans les deux sens: la majorité des dessins animés de télévision sont conçus à partir de bandes dessinées, mais la plupart des bons animateurs de télévision (qui sont nombreux à avoir débuté dans la société de production fondée par Tezuka) s'adonnent également à la BD.

En septembre dernier, 57 dessins animés furent diffusés sur 6 des 7 chaînes de télévision du district de Tokyo. Chiffre encore considérable mais qui révèle une diminution sensible par rapport aux mois correspondants des années précédentes. Quelques longs métrages d'animation sortent également chaque année dans les salles de cinéma, et les animations réalisées en vidéo sont au nombre de quelques dizaines. Mais le fait est que de nombreuses sociétés de production connaissent actuellement des difficultés, et que plusieurs, qui travaillent principalement en sous-traitance pour les marchés étrangers, ont déjà fait faillite.

Cependant, ce ne sont ni les producteurs de dessins animés ni les éditeurs de bandes dessinées qui détiennent les véritables clés du marché. Le pouvoir repose entre les mains des fabricants de jouets. Ce sont eux les «sponsors» qui décident de la mise en chantier d'un programme, dès l'instant où un personnage leur paraît susceptible d'être rentabilisé sur le marché du jouet. BD et dessins animés ne remplissent plus alors qu'une fonction publicitaire; on attend d'eux qu'ils renforcent l'impact commercial du personnage incarné en trois dimensions dans les magasins. Ce système est préjudiciable à la qualité des bandes dessinées. Aucun éditeur n'ose miser sur une œuvre originale, dès l'instant où il doute que celle-ci intéressera les fabricants de jouets. Sans sponsor, pas de dessin animé, aucun espoir d'atteindre des tirages élevés. Les économistes parlent de synergie. En fait, nous avons là un bel exemple de serpent qui se mord la queue.

Les temps ont bien changé depuis le milieu des années 60, quand la société de dessin animé fondée par Tezuka lançait Astro-boy, «classique» entre toutes les séries télévisées. Non seulement la technique d'animation s'est appauvrie (pour gagner du temps, on ne dessine plus que 8 images par seconde au lieu de 24), mais le marché s'est fragilisé. Ainsi, Goldorak a-t-il fait quelques millionnaires en France au début des années 80, mais il n'a pas rapporté un sou aux Japonais. D'une certaine façon, on peut dire que le développement effréné du merchandising est en train de tuer le dessin animé. Des Maîtres du temps à Gundam, de Macross à Transformer, on a chaque fois commencé par concevoir un super jouet (genre robot à transformations), et l'on a ensuite entamé la production industrielle, à très grande échelle, de séries télévisées sans aucune ambition autre que commerciale.

Une exception notable: Hayao Miyazaki, le nouveau «wonder boy» du cinéma d'animation. Certains lecteurs des CAHIERS auront peut-être vu son film Nausicà, qui fut projeté à Paris en 1985 à l'occasion du Festival international du Film fantastique. Miyazaki a réalisé depuis Laputa qui est encore plus fantastique. Steven Spielberg et Moebius (qui est venu travailler un mois à Tokyo en août 85) ont déjà témoigné de leur vif intérêt pour les œuvres de Miyazaki.

Si Tezuka est bien le père de ces deux formes jumelles que sont au Japon la bande dessinée et le dessin animé, il a donc trouvé - en dépit de la production massive que suscite l'ère télévisuelle - deux successeurs dignes de lui. L'avenir nous dira si les exemples éminents de Katsuhiro Otomo et Hayao Miyazaki suffiront à perpétuer une voie de création authentique.


M. K. (Traduit du japonais par Masuyuki et Fabienne MIZOGUCHI)"


Posté par David Yukio à 19:13 - Livres, revues... - Permalien [#]

08 mai 2011

Les Cahiers de la Bande Dessinée N°71 (Septembre-Octobre 1986) "Le Japon, ce continent inconnu"



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Dans "Les cahiers de la Bande Dessinée" numéro 71 de Septembre-Octobre 1986 a été publié une des premières présentations sérieuses
en France du marché des mangas au Japon. Cet article a été rédigé par un japonais, Masahiro KANOH, avec le souci de nous faire découvrir ce monde encore inconnu chez nous! Pour rappel on est fin 1986, Récré A2 existe encore, Cobra est arrivé en France il y a un an et demi et le Club Dorothée n'est même pas encore à l'état de projet, c'est dire si on est dans la préhistoire française sur les mangas et animés!

Canalblog Revue Cahiers BD 71 01

 

Canalblog Revue Cahiers BD 71 02
Couverture de SHUKAN SHONAN JUMP

Extrait du 6ème volume pour filles : California Story par A. Yoshida

Canalblog Revue Cahiers BD 71 03
Couverture du SHUKAN SHONEN SUNDAY
Ashita Tenkini Nare, par T. Chiba, dans SHUKAN SHONEN MAGAZINE

Canalblog Revue Cahiers BD 71 04
Ci-dessus: extrait de Tsumi to Batsu, une série de «second choix» par M. Hisauchi; ci-contre: une planche de Nijuttemonogatari, par S. Koué (dessin) et K Koike (texte).


"Le Japon, ce continent inconnu par Masahiro KANOH


La réalité de la bande dessi­née japonaise demeure lar­gement méconnue en Eu­rope, en dépit de quelques initia­tives sporadiques, comme la revue LE CRI QUI TUE ou les adapta­tions françaises d'albums de Y. Tatsumi (Hiroshima, aux éd. Ar­tefact) et K. Nakasawa (Gen de Hiroshima, aux Humanoïdes As­sociés). Ce ne sera pas trop de trois ou quatre articles dans cette rubrique pour donner un aperçu représentatif de la production d'un pays qui, à l'échelle de la bande dessinée, compte pour un continent.

La vérité m'oblige à dire que la BD européenne n'est pas beau­coup mieux servie par l'édition ja­ponaise. Vers la fin des années 70, HEAVY METAL a fait son appa­rition chez les libraires des grands centres urbains spécialisés dans les publications étrangères. Les al­bums de Tintin ont été introduits peu avant la mort d'Hergé. L'édi­tion japonaise de la revue améri­caine STARLOG fit mieux connaître la production de Moebius et de Druillet. Cette année enfin, la société d'édition Kodansha traduisit dans un même élan L'Incal noir, Les Maîtres du temps, Les Passagers du vent et Ranxerox. Cette publication à faible tirage n'a toutefois pas dû toucher plus de 10.000 personnes. Mais c'est tout ce que l'on peut signaler à ce jour concernant la promotion de la BD européenne au Japon.

Il n'est assurément pas aisé de faire connaître la bande dessinée d'un pays donné dans un autre pays dont la culture est radicale­ment différente. Ainsi, la bande dessinée japonaise présente un certain nombre de particularités. Pour m'en tenir aux caractéristi­ques matérielles, je signalerai que les revues de BD japonaises s'ou­vrent par la droite (ce qui corres­pond à la dernière page chez vous est ici la première), sont mal imprimées (papier poreux, non blan­chi, et typographie inesthétique), paraissent chaque semaine et ne tirent jamais à moins de 100.000 exemplaires, seuil en dessous du­quel la publication cesse d'être rentable.

Voici un aperçu global de la situation des revues, qui fera mieux percevoir les incidences de ces données culturelles et économi­ques. Il se trouve que ce sont les trois mêmes revues qui se parta­gent le leadership du marché de­puis plus d'un quart de siècle: SHUKAN SHONEN MAGA­ZINE, SHUKAN SHONEN SUNDAY et SHUKAN SHO­NEN JUMP, respectivement édi­tées par les maisons Kodansha, Shogakkan et Shueisha. L'exemple de la revue SHUKAN SHONEN JUMP - que j'abrége­rai en JUMP - me paraît présenter un intérêt particulier.

Tirée à 105.000 exemplaires lors de son lancement en 1968, cette revue a atteint, et ceci pour la pre­mière fois dans l'histoire de l'édi­tion japonaise, le tirage considé­rable de 4 millions d'exemplaires! JUMP fait figure de monstre aux yeux des professionnels de l'édi­tion, qui s'étaient déjà longue­ment extasiés lorsque le SHO­NEN MAGAZINE et le SHO­NEN SUNDAY, tous deux fondés en 1959, avaient dépassé le million d'exemplaires au cours des années 60.

Ces trois grandes revues, en si­tuation de rivalité, possèdent cha­cune leurs propres auteurs. Cha­que fois qu'un éditeur veut lancer une nouvelle revue, il doit commencer par recruter de jeunes auteurs qui ne sont pas déjà sous contrat. Cette contrainte est, du point de vue de l'éditeur, un han­dicap, mais elle assure le recrute­ment et la formation de nouveaux dessinateurs. Les trois grandes re­vues que j'ai citées sont toutes les trois conçues pour un public de ly­céens. Dans la réalité pourtant, leur clientèle s'étend depuis les enfants de l'école primaire jus­qu'aux salariés approchant la quarantaine.

En principe, le marché de la bande dessinée au Japon est scin­dé en quatre catégories: il y a la BD pour garçons, la BD pour filles, la BD pour adolescents et la BD pour adultes. Cataloguée «revue pour garçons», JUMP ne se soucie guère, toutefois, de ces classifications. Les revues de BD adoptent en général le format B5 (260x182 mm), comptent 340 pages et sont vendues 180 yens, ce qui est très bon marché (un kilo de riz ordinaire vaut 500 yens). Dans chaque numéro de JUMP, quelque 16 «feuilletons» dessinés sont publiés, à raison d'un épisode par numéro. Un référendum permanent est pratiqué auprès des lecteurs, dont les goûts sont sondés au moyen de la méthode dite «des dix meilleurs». Les lecteurs, appâtés par de somptueux cadeaux, sont invités à envoyer des cartes postales à la rédaction et à voter  pour les séries qui recueillent leurs suffrages. Mille cartes sont régulièrement tirées au sort; elles constituent un «échantillon représentatif» qui permet de se faire une opinion précise de l'impact des diverses séries publiées. Si pendant un temps un auteur, aussi célèbre soit-il, n'obtient plus la faveur du public, il sera impitoyablement éliminé et la publication de sa série ne sera pas poursuivie. Les qualités intrinsèques de l'œuvre ne sont pas prises en compte par la rédaction : seul importe le verdict du public. Le succès de JUMP tient certainement pour une part à cette forme de «dictature populaire». (Les résultats du sondage ne sont jamais publiés comme tels; mais l'ordre d'apparition des séries varie selon les préférences du public, les BD les moins populaires se trouvant reléguées dans les dernières pages... avant d'être éventuellement supprimées.)

Inutile de dire que ce système est peu apprécié des auteurs. Mais c'est le rythme de parution qui est pour eux un véritable cauchemar. Pensez: ils doivent livrer 16 planches par semaine ! Autant dire qu'il leur faut dessiner sans manger ni dormir. Seuls les dessinateurs jouissant d'une excellente santé peuvent espérer «boucler» leur série. Bien entendu, ils ont tous recours à des assistants (deux à quatre assistants en moyenne). Mais ceux-ci doivent être rémunérés, et il est pratiquement impossible à un jeune auteur (payé 5.000 yens la page) de consentir cet effort financier. Il ne peut y arriver tant qu'il n'a pas d'œuvres publiées en volumes qui lui rapportent des droits d'auteurs. Dans l'attente de ce moment, il ne cesse de s'appauvrir au fur et à mesure qu'il produit.

Il existe aussi des revues mensuelles et bimensuelles, qui ne soumettent pas leurs collaborateurs au même rythme de travail. Mais on ne peut espérer devenir célèbre si l'on ne publie pas dans une revue hebdomadaire. Alors, les dessinateurs japonais ont-ils choisi ce métier par masochisme? Pas nécessairement. Sur la liste des plus gros contribuables parmi les professions libérales, six personnes sur dix sont des auteurs de bande dessinée. Preuve qu'il est possible de devenir très riche grâce aux droits d'auteurs. Le talent n'est même pas une condition indispensable: il faut avant tout avoir la santé.

Avec tout cela, il n'est pas sûr que l'on ait compris pourquoi .JUMP tire à 4.000.000 d'exemplaires, quand SHONEN MAGAZINE et SHONEN SUNDAY ne dépassent pas 1.900.000. (Une revue pour garçons est considérée comme performante à partir de 500.000 exemplaires; une revue pour adolescents, jeunes filles ou adultes, à partir de 200 ou 300.000 exemplaires.) La synergie qui s'est développée entre JUMP et la télévision fournit une explication supplémentaire. En effet, sur les seize séries publiées dans JUMP, six sont également diffusées sous forme de dessins animés (contre deux seulement pour SHONEN SUNDAY). Je développerai, dans un prochain article, ce thème important que constituent les relations entre la bande dessinée et les dessins animés télévisés.

Un autre facteur mérite encore d'être noté. Une étude de marché réalisée lors de la création de JUMP avait révélé que les mots préférés des enfants japonais étaient «amitié», «effort» et «victoire». Toutes les bandes dessinées de JUMP, qu'elles soient d'aventures, de science-fiction ou d'humour, exaltent invariablement ces trois notions. C'est ainsi que, dans une série sportive qui compta longtemps parmi les préférées des jeunes lecteurs, le héros, un joueur de football, participa à d'innombrables rencontres sans jamais perdre un seul match ! Une évolution se dessine cependant depuis le début des années 80, car on a observé que le mot «effort» était supplanté par celui de «gentillesse».

Ainsi les auteurs de bandes dessinées, dont j'ai montré qu'ils étaient traités comme des marchandises, sont de plus contraints d'épouser les fluctuations de la mode. La production de bandes dessinées est entièrement déterminée par le seul critère de l'efficacité commerciale. Toutes les BD sont conçues en vue d'une consommation de masse. Dans ces conditions, on peut considérer comme un miracle le fait que des auteurs de talent soient cependant révélés, et que des œuvres intéressantes voient le jour malgré tout.

M. K.

ET LES ALBUMS?
Il existe diverses manières de rassembler les bandes dessinées en volumes. Traditionnellement, les bandes dessinées pour enfants (garçons ou filles) sont éditées au format «livre de poche» (103 x 182 mm), comptent 100 à 180 pages et se vendent 360 yens. Les BD pour adolescents, en revanche, bénéficient d'un format légèrement supérieur (128 x 182 mm), comptent environ 220 pages et se vendent 480 yens. Enfin, il existe un format spécial (148 x 210 mm) pour les séries considérées, par les revues, comme étant de second choix. Paradoxalement, celles-là coûtent entre 800 et 1000 yens. Ainsi, la couverture d'un volume ne renseigne pas seulement sur l'auteur et sur le public visé, mais aussi sur la cote de cette série.

Les statistiques communiquées par le Research Institute for Publications pour 1985 font état de 3.275 titres édités dans l'année, représentant un tirage global de 378.250.000 exemplaires. Le tirage moyen par titre a tendance à augmenter depuis quelques années. En fait, les auteurs à succès se vendent de plus en plus, et les autres ont de plus en plus de mal à se faire éditer."


Posté par David Yukio à 17:11 - Livres, revues... - Permalien [#]