Mon amour pour le Japon et Tôkyô

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13 mars 2010

Les chroniques de Player One, 20 ans de jeu vidéo et de manga!



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Voici un ouvrage imposant de 300 pages, publié chez Pika Edition et écrit par Olivier Richard et Alain Kahn; de grosses pointures dans leurs domaines respectifs si on lit leur parcours ci-dessous. Il s'agit ni plus ni moins que de donner un historique le plus complet possible sur les décennies 1990 et 2000 qui ont vu les jeux vidéos et les mangas envahir tous les médias populaire (presse écrite, BD, télé, cinéma, internet...) et s'imposer comme une partie intégrante de notre culture. Il y a onze chapitres, cinq sur les mangas, six sur les jeux vidéos, de vingt à trente pages chacun.

Je ne vous cache pas que j'ai vite parcouru la partie sur les jeux vidéos puisqu'à l'époque je ne lisais pas
ou très très peu cette presse. Pour moi c'est le premier chapitre, "Teenage Lobotomy - De Cyborg 009 à Akira (1966-1990)" qui est le plus excitant car on y apprend beaucoup de choses sur les années 60, 70, 80, pas forcément connues du grand public sur les tout débuts de l'animation japonaise en France. Par exemple, la série Cyborg 009 fut diffusée au cinéma en 1966-1967, lors de la première partie de programme, en épisodes de trois minutes à suivre!  En mai 1968 c'est carrément les deux films qui sont projetés, condensés en un seul film... et je ne parle pas des infos sur les festivals qu'on découvre!

On attaque ensuite les années 1990 et 2000 qui constituent la majeure partie de l'ouvrage mais impossible de résumer ces parties tellement ces deux décennies furent riches et diversifiées!


Les gros points forts de cet ouvrage :
- les multiples témoignages de ceux qui ont littéralement créé le marché du manga et de l'animation japonaise en France sur ces vingt dernières années. Que ce soit les fans de la première heure comme Yvan-West Laurence, Cédric Littardi, Dominique Véret, Jean-Pierre Dionnet, Christopher Gans mais aussi les professionnels de la bande dessinée européenne tels que Jacques Glénat, Guy Delcourt... Chacun raconte son histoire, comment il est venu aux mangas, ses anecdotes sur la difficulté de lutter contre les préjugés vis à vis du Japon, l'hostilité des gens en place voyant les produits japonais comme des envahisseurs leur prenant des parts de marché, le parcours du combattant pour acquérir les droits auprès des japonais... Ces témoignages sont passionnants, longs et sans langue de bois!

- la multitude de dates que ce soit pour les éditions de mangas, les sorties de films au cinéma, la création des labels vidéos; c'est toute une époque qui revit au fil de ces pages et c'est inestimable pour ceux qui l'ont vécue!


Les points faibles :
- les années 80 traitées un peu trop rapidement à mon goût alors que les animés diffusés à la télé ont ouvert la voie au manga
- pas d'interview des animateurs et
responsables des programmes télés comme Dorothée alors qu'ils étaient en première ligne dans ce combat
- très très peu d'illustrations sur les mangas, seulement quelques couvertures de revues mais rien de franchement excitant!

- Internet un peu trop passé sous silence


En résumé ce livre EST INDISPENSABLE pour tous ceux qui s'intéressent à l'introduction de la culture populaire japonaise en France, son épanouissement difficile dans les années 90 puis son explosion, dans tous les sens du terme, dans les années 2000!


La quatrième de couverture
"20 ans de jeu vidéo et de manga!
Il y a 20 ans naissait Player One, le premier magazine européen dédié aux consoles de jeux vidéo. A cette époque héroïque, les jeux vidéo étaient considérés comme - au mieux - des jouets douteux ou - au pire - des outils dangereux pour décérébrer les enfants. En ces années obscures, les bandes dessinées et les dessins animés japonais étaient méprisés, voire ignorés de tous. Tous ? Non. La rédaction de MSE, le jeune éditeur qui publiait le magazine Amstrad CPC, avait pressenti que le jeu vidéo deviendrait un jour un divertissement universel.

Cette coalition de "nerds" et de "geeks" avait aussi parié que les mangas et les animés seraient un jour reconnus à leur juste valeur, et que Miyazaki, Toriyama et Otomo deviendraient les héros de toute une génération. MSE lance Player One, en septembre 1990. Dès son premier numéro, le magazine intègre le jeu vidéo dans une vision panoramique de l'entertainment où se bousculent films, bandes dessinées, séries TV et mangas. Le succès est instantané. Les lecteurs se reconnaissent dans la rédaction du magazine. Ils viennent de rejoindre une équipe qui assistera à la naissance de nouvelles légendes, celles de Super Mario, Dragon Ball, Street Fighter II, Final Fantasy, Lara Croft, GTO, etc. En 1994, Player One prépublie le manga Ranma 1/2. L'année suivante, apparaît le mensuel Manga Player, qui propose des mangas inédits en France comme Ghost in The Shell. Il est suivi, en 1996, par les premiers livres de MSE, dont Magic Knight Rayearth et Card Captor Sakura du studio CLAMP.

Vingt ans après la naissance de Player One, le jeu vidéo pèse plus lourd que les industries du cinéma et de la musique réunies. Des millions d'enfants et d'adolescents ont renoué avec la lecture pour lire les milliers de mangas traduits chaque année. Les auteurs des Chroniques de Player One ont rencontré les principaux acteurs de ces vingt années passionnantes : professionnels du jeu vidéo (Nintendo, Sega, Sony, Cryo, Atari, Ubisoft...) et du manga (Glénat, Tonkam, Delcourt, Kana...) bien sûr, mais aussi toute une foule de journalistes spécialisés, de créatifs et de passionnés, connus ou pas, qui ont participé à l'avènement de cette culture contemporaine et universelle.  

Les auteurs
Olivier Richard : Né en 1965, il collabore aux magazines Rock & Folk, USA Comics, SVM Mac, L'Affiche et Player One où il écrira la rubrique entertainment (manga, cinéma, BD) pendant toute la durée de vie du magazine. Il collabore, par ailleurs, à Télévisator 2 sur France 2 et a été directeur des programmes des chaînes MCM pendant plus de douze ans. Il a également dirigé les programmes d'Europe 2 TV puis de Virgin 17. Il passe son temps libre à lire de vieux grimoires d'alchimie, à la recherche d'un moyen pour ressusciter les Ramones, son groupe préféré.

Alain Kahn : Né en 1948, il découvre le Japon en 1967 et en tombe amoureux. Il se lance ensuite dans l'importation de matériel informatique et distribue les premiers ordinateurs bon marché et ludiques produits par Amstrad. En 1987, il crée Média Système Edition (MSE) qui publiera les magazines Amstrad CPC, Player One, Nintendo Player, Manga Player, etc. Il fonde Pika Edition, en 2000, qui devient rapidement un des trois leaders du manga en France. Il rêve d'épouser les filles du studio CLAMP."


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07 mars 2010

Short Program, le chef d'œuvre de Mitsuru Adachi?



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L'édition 2010 : deux tomes de réédition et deux tomes d'inédits

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La première édition de 1999 avec ses superbes couvertures (présentes néanmoins en illustrations internes en 2010)


Short Program, sous-titré "
Recueil d'histoires courtes sur l'amour et ses complications" est-il le chef d'œuvre de Mitsuru Adachi? Pour moi c'est oui sans hésitation tellement l'art du récit et la délicatesse du trait du mangaka s'expriment pleinement dans ces histoires injustement moins connues que Touch, H2 et Hi atari ryoko!

Ces livres me fascinent depuis dix ans, comme s'ils renfermaient la quintessence de l'art des mangas, de la sensibilité japonaise, de la subtilité des premiers émois amoureux mais aussi du temps qui passe, de la nostalgie d'un monde perdu ou près duquel nous sommes passés à côté... Combien de fois un brillant mangaka a t-il été bridé dans son travail par son éditeur, par son public qui lui demandent de poursuivre jusqu'à la nausée le même manga à succès? Que ce soit Tsukasa Hôjô, Rumiko Takahashi ou justement Adachi, beaucoup de dessinateurs stars ont du créer des volumes d'histoires courtes pour montrer qu'ils pouvaient faire autre chose que leur série vedette et même y exprimer d'autres facettes de leur immense talent; dommage que ces bijoux ne soient pas plus connus par le grand public!

Oui, ces histoires sont fascinantes pour moi car j'y retrouve, à un certain niveau, la sensibilité, la retenue et l'acceptation des choses que l'on rencontre dans les films de Ozu, la complexité des intrigues amoureuses des meilleurs films de Shunji Iwai comme Hana and Alice, Love letter, la mélancolie qui baigne All about Lily Chou-Chou... une certaine douceur japonaise mais aussi des relations humaines compliquées et, plus que tout, la difficulté de communiquer!

Je suis ému quand je lis ces histoires; grâce au talent d'Adachi je replonge immédiatement dans mon adolescence et je me dis que peut-être, si j'avais fait ce pas, si j'avais compris ce regard... mais bon, tout cela fait partie du passé, il reste des souvenirs, des regrets et un magnifique album appelé Short Program qui fait que jamais je n'oublierai la chaleur de cette époque!

Quand vous lirez ces recueils, soyez attentifs à chaque case, à chaque dialogue car il y a énormément de non dits, de sous-entendus, beaucoup de messages s'expriment uniquement par des regards, par des cases silencieuses... et si on est un tant soit peu distrait lors de la lecture, on risque de ne pas comprendre la chute de l'histoire ou même de se méprendre sur les relations entre les personnages. Ce sont des mangas d'exception qui réclament une grande attention voir implication de votre part pour que ces histoires entrent en résonance avec votre propre histoire :-)

Tonkam a publié ces mangas pour la première fois
en 1999, en trois tomes de 190 pages, puis a entrepris en 2010 leur réédition en deux tomes de 290 pages pour un total de vingt-deux histoires. C'est un ensemble de courts récits écrits entre 1985 et 1995. Je vais reprendre ci-dessous la quatrième de couverture de l'édition 2010 pour vous les présenter brièvement.
Tome 1 : "
Le bonheur simple d'une rencontre quotidienne aussi fugace qu'agréable, le hasard qui réunit deux âmes que rien ne prédisposait à se croiser un jour... L'amour peut prendre bien des chemins pour s'insinuer dans le cœur des hommes et rendre chaque idylle unique. Mais le moment le plus intense n'est-il pas celui qui précède la conclusion, quand le temps suspend son vol et que planent encore le mystère et le doute?"  

Tome 2 : "Ce second volume de Short Program vous promet autant de mystère que de romance. A travers les ombres chinoises, la fragilité de l'adolescence et sa touchante maladresse s'expriment délicatement. C'est sans surprise qu'on découvrira également un peu de base-ball, l'occasion d'approcher les coulisses d'un sport où tout n'est pas toujours facile. Au final, ce nouveau tome prouve une fois de plus la maîtrise de son auteur au travers d'histoires où pas un mot de trop n'est prononcé, ni même une case de trop dessinée... Du grand art!
"

Les histoires entre les deux éditions sont identiques mais l'édition de 2010 a un papier de bien meilleure qualité et une impression plus fine, avec des noirs plus profonds et des blancs plus intenses. En outre certains débuts d'histoires en couleurs étaient en N&B en 1999 alors que dans la nouvelle édition elles sont bien en couleurs! Bref, un rachat indispensable pour ceux qui avaient eu le bonheur de découvrir ces histoires courtes en 1999.
Au fait, le prix de la première édition était de 55 francs le tome soit 165 francs (25€) l'intégrale, celle de la réédition est de 30€ pour un contenu de meilleure qualité au niveau impression alors que dix années se sont écoulées. Merci Tonkam de ne pas avoir abusé sur les prix pour cette merveille :-)


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En haut l'édition de 1999, en bas celle de 2010. Difficile de voir vraiment les différences à partir d'un scan et une compression JPEG mais croyez-moi, cette réédition vaut l'achat, ne serait-ce que pour la profondeur des noirs qui rend plus justice au travail d'Adachi!


Regardez les extraits ci-dessous, ce sont des moments clés de l'histoire et il n'y a quasiment aucun dialogue. Mitsuru Adachi nous amène calmement et lentement vers le dénouement de son histoire, tout semblait simple au départ puis, par touches successives, on se rend compte que la réalité ou le passé sont bien plus complexes qu'on ne le pensait de prime abord et puis ... et puis un élément arrive qui éclaire tout sous un nouveau jour mais c'est souvent une lumière triste, comme celle d'un jour d'automne qui s'achève!

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"Sur le chemin du retour", dans le tome 2, est peut-être l'histoire qui m'a le plus touché. Elle est divisée en deux parties, dans la première, un enfant est projeté dans le futur alors que dans la deuxième il fait un plongeon dans le passé de plusieurs décennies, en 1959. C'est cette deuxième partie qui est la plus émouvante, l'enfant est d'abord désorienté puis se fait des amis de son âge mais c'est surtout les décors du village qui montrent les sentiments d'Adachi, la nostalgie des lieux de son enfance, les regrets de son furusato disparu. Il met en opposition le futur et la ville d'un côté dans la première histoire avec le passé et le illage dans l'autre et on voit bien où bascule son cœur... je me laisse happer par les paysages, j'admire ses tableaux... achetez le manga pour en savoir plus :-)

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Sur le chemin du retour

Nous terminons en beauté avec l'art du paysage urbain, le point qui m'aura toujours le plus surpris chez Adachi car rendre poétique une rue, un quartier n'est pas donné à tout le monde!

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14 février 2010

Taitei no ken, manga de portraits de femmes et de guerriers



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Taitei no Ken, L'épée de l'Empereur, est un manga dessiné par Dohe, scénarisé par Baku Yumemakura et publié par Glénat.

Nous sommes en 1638, époque de bruit et de fureur où des familles puissantes s'entretuent par ninjas et samouraïs interposés. L'histoire commence banalement avec un homme de main, un colosse, nommé
Genkuro Yorozu, qui délivre une jeune fille des mains de ses ravisseurs. Il voit ensuite une lumière aveuglante, apparue dans le ciel, s'écraser dans la proche montagne. A ma grande surprise il ne s'agit pas d'un météore mais d'un vaisseau spatial! D'autres personnes ont vu cette lumière, se sont approchées du cratère et cela ne sera pas sans conséquence pour elles puisque ce sera le début de longues aventures, pleines de rencontres étonnantes, de sang et de meurtres.

Le scénario de ce manga a une trame assez classique, si on excepte la soucoupe volante. Néanmoins, pour le moment, cette partie SF est peu présente dans le manga; on aurait pu d'ailleurs la remplacer par une météorite ou un objet envoyé par les dieux, ça m'aurait moins surpris car je n'ai jamais apprécié les anachronismes, ça crée une drôle d'impression, ça nuit à l'immersion dans le manga mais c'est un avis très personnel. On a ensuite des combats sanglants, des rivalités entre de puissants guerriers, on devine des machinations en arrière-plan, des enjeux politiques impliquant des familles nobles capables de renverser le pouvoir en cours... bref un manga classique mais parfaitement maîtrisé.

Ce manga m'a tapé dans l'œil pour plusieurs raisons :
- la qualité du dessin et le style réaliste (à la façon d'un Vagabond de Takehiko Inoue)
- la beauté des personnages féminins (voir ci-dessous)
- le charisme immédiat des personnages, que ce soit
Genkuro Yorozu, Botan ou bien Himeyasha la femme aux longs cheveux; ils accrochent rapidement l'œil, impossible de les confondre avec d'autres personnages (et pourtant j'adore Adachi dont tous les persos se ressemblent)
- les décors détaillés, que ce soient les ruelles, les auberges, ça contribue à créer une vraie atmosphère et j'y suis sensible; un critique de la peinture a dit "Ce sont les détails qui font les chefs-d'œuvre" et j'acquiesce entièrement
- une façon bien particulière de présenter les rencontres entre personnages. L
es protagonistes regardent systématiquement le lecteur plutôt que leur interlocuteur et je trouve cela surprenant cette façon de nous inclure presque de force dans l'histoire.

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Le héros de l'histoire, un géant appelé Genkuro Yorozu, possesseur d'une épée encore plus démesurée que lui! On dirait un peu Son Goku, il a un air naïf et sincère, une envie folle de s'amuser, de parcourir le monde...

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La belle princesse Mai, poursuivie par plusieurs ninjas aux pouvoirs extraordinaires. J'adore ces dessins, quelle maîtrise dans le trait, dans l'art du portrait

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Botan, un guerrier converti au christianisme et capable de lévitation...

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Canalblog Manga Taitei No Ken017Des ninjas redoutables, aux pouvoirs mortels et inhabituels!

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De superbes décors pour ce manga, avec un soin du détail qui fait plaisir; on dirait du Mitsuru Adachi version Edo :-)

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Les face à faces, dont je parlais plus haut, sont très nombreux

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C'est en partie pour ces superbes portraits de femmes que j'ai acheté ce manga

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Attention tout de même, ce manga est violent, les combats sont sanglant avec moult décapitations et assassinats en gros plan!

Posté par David Yukio à 11:22 - Mangas et dessins animés - Permalien [#]

23 janvier 2010

Encyclopédie Alpha du cinéma 1974 - 1978 : présentation du cinéma d'animation japonais



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En est-il parmi vous qui se souviennent de "L'Encyclopédie Alpha du cinéma", sortie en France au milieu des années 70? Cette encyclopédie de 11 tomes, format A4, couvrait 80 ans du cinéma mondial, tous genres confondus. Chaque volume faisait à peu prés 280 pages sous une couverture noire rigide, assez imposante pour l'enfant que j'étais alors. Je l'ai gardée durant trois décennies et dernièrement, en reparcourant le tome 9, je suis tombé sur les articles ci-dessous traitant du cinéma d'animation japonais. L'édition que j'ai date de 1978 (la première de 1974); on est entre 13 et 17 ans avant le premier numéro d'Animeland! Comme quoi, parmi les professionnels du cinéma de cette époque, l'animation japonaise n'avait pas aussi mauvaise presse que cela mais il est vrai qu'on est juste avant la déferlante Goldorak, qui sera tant décriée par la suite dans les médias.


Voici les pages tirées du chapitre "Le cinéma d'animation".

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"L'école japonaise

Le thème de Tumulte au royaume des cieux fut repris en 1960 par deux scénaristes japonais, Yasuji Mori et Akira Daïkubara, et leur travail fut réalisé en dessins animés par Taiji Yabushita et Osamu Tezuka sous le titre Sai Yu-ki (Alakazam le Grand). Ce long métrage est remarquable, mais sa confrontation avec le film chinois est assez étonnante, non pas à cause de l'histoire fabuleuse qui reste sensiblement la même, mais pour la réalisation graphique. Dans la produc­tion japonaise, occidentalisée, on ignore pratiquement l'art oriental exploité dans le film de Wan Lai-ming. Il est incontestable que le coloriage des dessins animés de la nouvelle Chine a atteint une qualité artistique exceptionnelle, s'appuyant sur une tradition plusieurs fois millénaire. Au Japon, Yoji Kuri, par exemple, se livre à des essais surréalistes et d'avant-garde, appau­vrissant volontairement son inspiration pour utiliser des méthodes de plus en plus spectaculaires, perfec­tionnant sa technique et s'éloignant de plus en plus de l'univers figuratif et artistique du Japon moderne.

Alakazam le Grand fut le troisième dessin animé de long métrage réalisé au Japon. Les deux premiers films étaient dus à l'un des créateurs les plus prolifiques du Japon, Taiji Yabushita. C'étaient l'Enfant et le ser­pent blanc (Hakuja Den, 1958) et le Petit Samouraï (Shonen sarutobi sasuke, 1959), qui témoignaient de la vigueur d'une production nationale en pleine expan­sion."


"Légende de l'illustration : Fantaisie et magie, deux facteurs dominants dans l'argumentation des des­sins animés japonais. Ci-dessus : le personnage principal du film le Petit Samouraï (1959), deuxiè­me long métrage de Taiji Yabushita.
"

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"
Page précédente : trois photogrammes du film les Mille et Une Nuits (1969), d'Osamu Tezuka, pour la Mushi Produc­tions."

"Légende de l'illustration : Ci-dessous : deux extraits du film Le petit prince et le dragon à huit têtes (Wampaku ogi no orochitaiji), d'Yugo Serikawa."


"Avant la Seconde Guerre mondiale, il existait déjà, à l'état embryonnaire, une production japonaise de dessins animés, sous la direction du pionnier Zemiro Yamanato qui, en 1947, va tenter la première organi­sation d'équipes de production. Quelques réalisateurs japonais n'oublient pas que le vrai pionnier du genre fut Noburo Ofuji, qui, en 1924, réalisa le Petit Banc sous le cerisier en fleur. Il avait notamment perfection­né les différentes techniques des «ombres chinoises» utilisées par Lotte Reiniger. Pour illustrer ses courtes histoires tirées de thèmes sociologiques traditionnels, légendaires et folkloriques, il confectionnait des personnages avec du «chiyogami», sorte de papier cello­phane aux couleurs variées qu'il appliquait sur un fond de décor en verre polychrome éclairé par en dessous. Avec ce procédé, il réalisa deux versions de la Baleine, la première en 1927, l'autre en 1951. En 1955, il tour­ne le Vaisseau fantôme, sur un scénario original dont il était l'auteur : l'équipage d'un brigantin attaque un navire de croisière dont l'équipage était sans armes. Il servait en effet à permettre au prince et à la princesse de faire un agréable voyage en compagnie de joyeux lurons. Les pirates tuent, saccagent et incendient le navire et ses occupants. Mais lorsqu'ils s'éloignent, leur forfait accompli, le ciel se couvre de nuages ora­geux et tonne de colère. Ils reviennent dans les eaux de leurs crimes, à la recherche de nouvelles proies, mais la mer s'agite et de ses profondeurs un bateau surgit : celui qu'ils avaient coulé. Dès lors le vaisseau fantôme sera le cauchemar des pirates, qui choisiront de périr plutôt que de subir éternellement ce tourment surhu­main.

Dans ce film, Noburo Ofuji évoque avec ses très originaux «chiyogami» le monde mystérieux du Japon antique, dont les légendes sont dominées par des éléments mystérieux et surnaturels. Ainsi il met à nu l'âme japonaise sensible aux sortilèges et aux sym­boles magiques.

En 1965, peu avant sa mort, il réalisa un film ambi­tieux, utilisant toujours le procédé des «ombres chi­noises»: la Vie de Bouddha (Shaka no Shogai). Son cinéma d'animation est fort différent de la production moyenne de la société Toei, l'une des cinq grandes maisons de production japonaises possédant un important secteur d'animation, et pour qui travail­laient différents réalisateurs, à l'échelle industrielle. Parmi eux, Taiji Yabushita, qui, on l'a dit, était l'équi­valent japonais de Walt Disney. En effet, il a donné au Japon un dessin animé produit sur le mode industriel et s'est approprié certaines caractéristiques de l'œuvre de Disney, en particulier des personnages d'animaux anthropomorphes.

Ses débuts avaient pourtant été assez prometteurs. Nous avons déjà cité l'Enfant et le serpent blanc (1958), transposition d'une ancienne légende chinoise"

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"Légende de l'illustration : Deux réalisations de Taiji Yabushita. Ci-dessous, à gauche: Anju to zushio-maru (1963}. A droite: un des petits personnages de Simbad le marin (Shinbad no boken)."


"où le bien et le mal s'affrontent dans un univers ultra­-terrestre. La magie, qui est au-dessus de tout, permet sans doute les effets les plus surprenants et les plus inattendus, mais elle n'est jamais une fin en soi: elle recrée artificiellement le monde réel, symbolisé et fascinant. Evidemment, les influences occidentales gâchent légèrement cette magie. Les personnages humains sont soumis à des événements auxquels parti­cipent des animaux qui semblent jaillis de la faune disneyenne, un ourson et un renard qui sont les amis des deux amoureux de la fable: le jeune Hsu Hsien et la belle Pai Ning, réincarnation du Serpent blanc. Une fouine intervient qui est au service du mal... Par la façon dont ils sont traités graphiquement, ces person­nages ressemblent moins à ceux de la belle légende qu'à des héros des bandes dessinées américaines.

Il en est de même du film du même auteur, le Petit Samouraï (1959), où la magie et les sortilèges devien­nent les armes d'un enfant, élève d'un vieux sorcier, et qui mettra en déroute les forces du mal en prenant la tête d'une armée d'animaux.

Dans Alakazam le Grand, on l'a vu, les éléments magiques et surnaturels prédominent également, dans les affrontements entre le Ciel et l'Enfer. Le Roi des Singes défie les dieux, ce qui entraîne des luttes ter­rifiantes. Certes, le fait que ce sont des artistes orien­taux qui traitent ces sujets leur confère un certain charme exotique. Disney lui-même a frôlé le fantas­tique d'Alakazam le Grand, dans l'amour entre le singe et sa compagne, avec des films comme Blanche-Neige et les Sept Nains.

L'abondance de la production japonaise de dessins animés dans ce style (spectacles merveilleux, dessins soignés et exceptionnels) fait une sérieuse concurrence aux studios de Burbank (Disney), mais cette concurrence serait plus valable si les auteurs restaient fidèles aux anciens mythes orientaux. Hélas! les pro­ductions japonaises ont cédé aux appels de la sirène occidentale. Perfectionnés techniquement et spectaculairement, les films demeurent absolument imperson­nels. C'est le cas de certains films de Taiji Yabushita, comme Simbad le marin (Shinbad no boken), tiré des Mille et Une Nuits, ou de Yugo Serikawa, comme le Petit Prince et le dragon à huit têtes (Wanpaku ogi no orochitaiji).

Daizaku Shirakawa se montrera, en 1964, aussi habile et aussi fort que Walt Disney, avec son film Des chiens sur Mars (Wanwan Chushingura), mais cette œuvre aurait fort bien pu sortir des studios de Burbank, dont les productions les plus remarquable entre 1955 et 1960, furent précisément la Belle et le clochard (Lady and the tramp) et les 101 Dalmatiens (Hundred and one dalmatians), dont les personnage étaient des chiens. Ainsi les films japonais, malgré leur humour, leur technique et leurs qualités, perdent toute couleur nationale en imitant et en concurrençant Walt Disney.

En dehors de la Toei, d'autres maisons de production"
 

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"
Légende de l'illustration : Ci-contre : scène d'Alakazam le grand (Sai Yu-Ki), film réalisé en 1960 par Taiji Yabushita et Osamu Tezuka. En bas : photogramme du film Des chiens sur Mars (Wanwan Chushingura), de Daizaku Shirakawa, qui laisse percer les formes et le style de Walt Disney."



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"Légende de l'illustration :
Ci-contre : les personnages principaux de L'Ile au trésor (Dobutsu takarajima, 1971), de Hiroshi Ikeda, adapté librement du roman de R. L. Stevenson. Ci-dessous : le Chat botté (Nagagutsu o haita necko, 1969), de Kimio Yabucki, d'après le conte de Perrault."


"possèdent une branche active d'animation : la Eiga, la Nihon Doga, la Mushi (cette dernière fondée par le dessinateur Osamu Tezuka, qui produira, sous la direction d'Eiichi Yamamoto, le film Une histoire dans un coin (Aru Machikado no Monogatari, 1962), film au contenu purement réaliste inspiré par la réalité quotidienne et qui se termine par le bombardement d'une ville).

Parmi les nombreux artistes qui se livrent à ce genre de production, les genres et les styles sont très diversifiés. Certains, comme Kimio Yabuki, traitent les contes traditionnels européens (Andersen, Perrault avec les Contes d'Andersen (Andersen Monogatari) ou le Chat botté; d'autres, vers des thèmes d'aventures compliqués et dramatiques d'origine inconnue ou trop connue, comme Maseo Kuroda qui métamorphosa l'œuvre de J. Swift «les Voyages de Gulliver» en un récit de science-fiction : Gulliver, gladiateur de l'espace (Garibah no Uchu Ryoko) et comme Yugo Sei wa qui, en 1966 et en 1967, réalisa le début d'une série : Cyborg 009 (Saibogu 009, kaiju senso), sorte de «space-opera» peuplé de héros humains et de robots s'affrontant avec un certain Fantôme noir. La magie mêle les éléments fantastiques suggérés par la technologie moderne et les mythes antiques, avec la peur et l'angoisse de l'ère nucléaire. On sait que de nombreux cinéastes japonais, dans tous les domaines de leur création, ont tourné des films qui ne sont pas sans relation avec les tragédies atomiques d'Hiroshima et Nagasaki.

Il faut faire une place à part à un cinéaste tout à fait original, Yoji Kuri (né en 1928), qui travaille dans un tout autre registre. C'est un spécialiste de l'autodestruction, à quoi, selon lui, l'humanité est irrémédiablement condamnée. C'est le thème de son premier film, ultracourt, qu'il réalisa avec ses collaborateurs son propre studio de Tokyo, Kuri jikken manga kobe ? film assez terrifiant, empreint d'un pessimisme sarcastique. Pendant dix ans, Yoji Kuri va créer des œuvres tout empreintes de ce pessimisme, comme le Bouton ou Au fou!, vouées à cette cérémonie inconsciente de la destruction. Son graphisme est simple et compliqué à la fois, et ses récits sont violents, érotiques, parfois insoutenables. Ses héros grotesques voltigent d'une société matriarcale où l'on honore le buste d'énormes femmes aux formes opulentes et débordantes aux sociétés où l'on provoque par erreur un massacre atomique. L'assassinat y est pratiqué d'une manière absurde, individuellement ou collectivement. Le plus ironique des suicides est celui où un individu se supprime en respirant le gaz exhalé par son propre corps. Ailleurs, ce sont des morceaux d'êtres humains qui voltigent dans un espace sinistre: bras, jambes, troncs, pieds, organes sexuels (de préférence féminins), représentant un résumé obsessionnel du souvenir"

Canalblog Cinema Alpha07
"Légende de l'illustration : Ci-dessus : Heidi (1975), d'Isao Takahata, tiré du roman de Johana Spyri, dont il existe de nombreuses adaptations aussi bien pour le cinéma que pour la télévision. Ci-contre : scène dramatique de Cyborg 009 (Saibogu 009, 1966), d'Yugo Serikawa."


"
de la bombe atomique et de la frénésie érotique raffinée qui caractérise les sociétés orientales tournées en ridicule. Dans un de ces films, un canon moderne, inventé dans un but pacifique, se transforme en sym­bole phallique lorsqu'on l'excite avec des photos repré­sentant des jeunes filles aux formes généreuses et sim­plement vêtues de leur nudité candide.

Si l'on jugeait la société japonaise à travers les seuls films de Yoji Kuri, on pourrait en déduire que le matriarcat américain n'est qu'un simple jeu d'enfant comparé à ce qui se passe dans les familles japonaises. Des femmes terrifiantes tyrannisent des petits hommes sans défense, aussi inoffensifs que des bébés-chiens et qui cherchent vainement à fuir cette torture. Pourtant, si on les regarde bien, on s'aperçoit que le cinéaste démontre tout le contraire: la condition de la femme japonaise est encore humiliante. Ses relations avec l'homme restent celle de l'esclave; en retournant cette réalité, Kuri fait justice, par la caricature, de cette situation incroyable.

Yoji Kuri n'est pas seulement cinéaste. Ses films sont ceux d'un homme politique, d'un sociologue et d'un pacifiste, mais lorsqu'il interprète à sa manière le monde actuel il ne peut se soustraire entièrement à certains conditionnements de la culture qu'il critique, parfois avec violence. Ainsi dans l'un de ses petits
"


Grande

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"Légende de l'illustration :
Deux échantillons de la personnalité de Yoji Kuri dans le domaine du cinéma d'animation. En haut : Au fou! (1966); ci-contre : The midnight parasites (1972)."


"
chefs-d'œuvre, Human zoo, qui montre l'emprisonne­ment d'un petit homme dans une cage par une femme cruelle, la répétition systématique de gestes et de situations, pendant les trois minutes de projection, aboutit à reproduire la mystique rythmique du Théâtre No traditionnel d'une façon moderne. Il en est de même dans son utilisation de la couleur volontairement clai­re, de la stylisation faussement naïve de ses dessins. Il cherche à choquer le public et il y réussit parfois. Son imagination graphique, ses trouvailles d'apparence improvisée, l'animation sans cesse renouvelée (la visualisation de la musique à l'aide d'un pianiste assis sur son propre clavier) en font un artiste exceptionnel, Une définition assez juste de l'univers de Yoji Kuri fut donnée par David Robinson dans «The Financial Times» : «C'est un monde de libre association surréa­liste où n'importe quel objet peut à tout moment se transformer en quelque chose d'autre: une femme se transforme en sein, un sein se métamorphose en hom­me, un œuf devient oiseau qui vole et devient un chien qui, à son tour, se change en femme qui se métamor­phose en cuisse, avec une jarretelle ; c'est tout un rêve de membres amputés, de personnages qui se dilatent et disparaissent, d'œufs, d'oiseaux, de monstres, de chiots, tous prisonniers dans une boîte qui devient une pièce, etc. » "


Canalblog Cinema Alpha09
Mais cette complexité est plus apparente que réelle. Bien que Yoji Kuri le nie, ses films appartiennent au monde de l'absurde. Sa vision de la vie est désespérée, angoissée et se réfugie dans un humour surréaliste et parfois franchement grossier. Il semble dire que l'hu­manité est composée de gens incapables, ineptes, lubriques, qui ne sont pas utiles à eux-mêmes et qui ne méritent même pas la fin qui les attend.

Dans Poissons grillés, il brosse une allégorie de l'humanité représentée par un couple qui, chassé par une catastrophe, se réfugie sur une île déserte. L'hom­me et la femme décident de faire de ce lieu un nouveau paradis terrestre et d'y vivre en paix. Mais le progrès scientifique — celui qui est fondé sur la destruction — apparaît de nouveau et crée une nouvelle fois une vie artificielle, qui est à l'origine de l'Apocalypse. Le couple sans défense survivra à cette nouvelle catas­trophe et repartira à la vaine recherche d'un havre de paix. Les perspectives sont pessimistes.

Décidément existentialiste, Kuri semble tremper ses pinceaux dans l'encre où Ionesco puise des sujets ; mais sa forme polémique est souriante et bouffonne: elle est parfois claire et souvent déconcertante. Il a tourné des films d'animation avec des personnages humains un peu comme McLaren dans son célèbre film la Chaise: c'est une variation sur le même thème, la solitude, accompagné du dégoût de l'homme devant un objet inanimé qui prend brusquement vie et lui rend l'existence impossible.

Au Japon, le dessin animé est connu sous le nom de «manga». Ceux créés par Yoji Kuri, qui passent sou­vent sur les écrans de la télévision, sont précédés par un « carton » qui ressemble à celui des Frères en tricot du cinéma d'animation tchécoslovaque: trois petits hommes nantis d'une abondante chevelure et coiffés d'un petit chapeau.




Voici une deuxième partie intéressante, tirée du chapitre "Cinéma asiatique" de ce même volume.

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"Légende de l'illustration : En haut : Andersen Monogatari (1968), de Kimio Yabuki. En bas : la Princesse Sirène, de Tomoharu Katsumata. Les deux films constituent des réalisations de la compagnie japonaise Toei et s'inspirent des contes de Hans Christian Andersen."


"Traditions et renouveau orientaux
Japon

Rien n'a beaucoup changé au Japon, où la compa­gnie Toei demeure pratiquement la seule qui réalise régulièrement des dessins animés de long métrage à la chaîne, sur le lointain modèle de Walt Disney, tou­jours lui: l'un des plus récents, la Princesse Sirène (Ningyo Hime), s'inspire d'un conte de Hans Christian Andersen, et n'est en somme qu'une séquelle du précé­dent, les Contes d'Andersen (Andersen Monogatari), réalisé par Kimio Yabuki en 1968 pour la même Toei. Ces films sont destinés principalement aux familles et aux enfants, et empruntent à l'«exotisme européen» un style édulcoré avec une certaine habileté technique. Quelquefois, la compagnie rivale Toho s'aventure bien à produire un long métrage animé, comme Attaku nanba wan (1970), mais elle ne parvient pas à concurrencer sérieusement la Toei, trop bien installée sur le marché.

En revanche, on peut signaler les efforts constants d'une compagnie indépendante, Mushi Productions, qui produit des longs métrages depuis le début des années soixante, et dont les derniers résultats ont été remarqués en Occident, surtout parce qu'ils s'adres­sent à un public adulte en distillant une certaine dose d'érotisme: les Mille et Une Nuits (1969) et Cleopatra (1970), tous deux dirigés par Osamu Tezuka, en empruntant à nouveau leurs thèmes à des traditions culturelles «exotiques» pour le public japonais, étaient des sortes de brouillons talentueux; mais le véritable chef-d'œuvre de Mushi Productions est Belladonna (1974), une adaptation de «la Sorcière» que Jules Michèlet publia en 1862. Sous la direction magistrale d'Eiichi Yamamoto et de Kuni Fukai, Belladonna est devenu un flamboyant poème érotique, à l'invention plastique constante, et au charme envoûtant. Jeanne. la paysanne qui devient malgré elle une sorcière, est aussi un symbole de libération, et les meilleures séquences, qui sont autant de références à des artistes européens du domaine fantastique (Bosch, Beardsley, Callot. Chagall, etc.) la montrent en proie au démon du mal, Aku, dans un délire esthétique assez fascinant. Toutes proportions gardées, Belladonna est au Japon ce que Yellow submarine a été à l'Angleterre des années soixante. Malheureusement, malgré des mois de travail et le résultat artistique, le film ne fit pas une carrière commerciale exceptionnelle, et la compagnie Mushi fit faillite peu après; ce qui n'empêcha pas ses maîtres d'œuvre (Eiichi Yamamoto et Osamu Tezuka) de récidiver en 1974 avec un autre conte européen, Jack and the beanstalk, déjà traité en 1938 par l'ani­mateur Wagoro Arai.

Parallèlement, des artistes indépendants continuent de réaliser d'ingénieux courts métrages, et le plus"


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"Légende de l'illustration : Une reproduction complète des monstrueuses poupées animées d'Eiji Tsuburoya que l'on retrouve dans les films d'horreur japonais et dont le principal réalisateur est Inoshiro Honda."


"connu est toujours l'insolite Yoji Kuri (avec sa société, la Kuri Jikken Manga Kobo), qui a lui aussi exploré à sa manière l'art fantastique européen, avec les Parasi­tes de minuit (1972), une satire du monde moderne vu à travers Jérôme Bosch, et Parodie de Breughel (1975), où il utilise une toile de Breughel pour animer des saynètes farfelues. Si le ton est toujours loufoque, il semble pourtant que Kuri ait des difficultés à renou­veler son graphisme et son inspiration. Il faut donc regarder du côté des nouveaux animateurs au style frais et personnel: Haï Fukushima (Le Grand Tour, 1972); Taku Furukawa et son très curieux Phenakis-tiscope (1975); Kihachiro Kawamoto, remarqué à Annecy pour son film de marionnettes raffiné s'inspi­rant du style japonais médiéval, la Diablesse (Oni, 1972) et pour Une vie de poète (1974), d'après une nouvelle de Kobo Abe; Sadao Tsukioka, le plus spon­tané avec Furukawa (Spotlight, 1971, ou le «show» d'un gentil dragon); Tatsuo Shimamura et ses recher­ches plastiques (Fantastic city et Transparent man), Uno Akisa et son graphisme fantastique (Fête blan­che), et tant d'autres.

Par ailleurs, n'oublions pas l'immense consomma­tion de dessins animés faite par les nombreuses chaînes de télévision japonaises, où passent et repassent des séries très populaires, souvent adaptées de bandes dessinées connaissant un égal succès. En 1975, on a pu y voir par exemple le Chien des Flandres, un vagabond de génie et Ako-Chan la secrète.

Enfin, on a tendance à négliger le rôle très important de l'animation « bis » dans laquelle se sont spécialisés les Japonais pour les films fantastiques: des séquences entières de « films de monstres » de la compagnie Toho sont réalisées par des maîtres des effets spéciaux à l'aide de maquettes et en animant des
« monstres » en réduction, qui ne sont autre que des marionnettes perfectionnées. Le maître des effets spéciaux était Eiji Tsuburaya, véritable créateur du fameux avatar de King-Kong, Godzilla (1954), et il n'a cessé depuis lors de lui donner une progéniture : Mechagodzilla, Motbra, Varan, etc. Depuis sa mort récente, son proche collaborateur Teruyoshi Nakano a repris les monstres à son compte et continu la série tout en dirigeant les effets spéciaux des « fil catastrophes » nippons, comme la Submersion du Japon (1974) ou les Prophéties de Nostradamus (1975). Malheureusement, cette animation industrielle n'est pas toujours soignée et manque de poésie."


Outre l'intéret historique de cette encyclopédie, j'ai été tout particulièrement
intéressé par ce passage disant qu'au milieu des années 70 l'animation japonaise était déjà connue ET reconnue en occident, avant de sombrer pendant plus de 10 ans dans le plus grand mépris, de Goldorak jusqu'à Akira qui viendra bouleverser la donne: "En revanche, on peut signaler les efforts constants d'une compagnie indépendante, Mushi Productions, qui produit des longs métrages depuis le début des années soixante, et dont les derniers résultats ont été remarqués en Occident, surtout parce qu'ils s'adres­sent à un public adulte en distillant une certaine dose d'érotisme: les Mille et Une Nuits (1969) et Cleopatra (1970), tous deux dirigés par Osamu Tezuka, en empruntant à nouveau leurs thèmes à des traditions culturelles «exotiques» pour le public japonais, étaient des sortes de brouillons talentueux; mais le véritable chef-d'œuvre de Mushi Productions est Belladonna (1974), une adaptation de «la Sorcière» que Jules Michèlet publia en 1862."

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02 janvier 2010

La première rétrospective sur les mangas à Paris a eu lieu fin 1970!



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Vous croyez tout savoir sur l'histoire des mangas et animes en France, n'est-ce pas? Vous savez que l'arrivée de Goldorak en France date du 3 juillet 1978, que le premier numéro du Cri qui tue est de juin 1978 (http://japon.canalblog.com/archives/2009/01/29/12278073.html), qu'en octobre 1969 le magazine Budo Magazine Europe publiait déjà des mangas en VF (http://japon.canalblog.com/archives/2005/12/19/1128926.html) mais saviez-vous qu'à la fin de l'année 1970 il y avait eu une rétrospective sur les mangas, au cœur même de Paris, au drugstore Publicis de St Lazare, à la demande de l'ambassade du Japon?

C'est en lisant l'article consacré aux mangas dans le N°21 de la revue Phénix de 1972, par Claude Moliterni et Kosei Ono, que j'ai découvert la phrase suivante "En 1970, à la demande de l'ambassade du Japon, j'ai présenté une rétrospective de la B.D. japonaise" (http://japon.canalblog.com/archives/2009/04/04/13260437.html). Ce fait m'était totalement inconnu; j'ai alors essayé de trouver des infos sur cet évènement mais le web est complètement muet; j'ai envoyé un mail à l'ambassade du Japon mi 2009 mais le service culturel de l'ambassade ayant déménagé à deux reprises depuis 1970, ils n'ont plus d'archive de cette époque; en outre plus aucune personne de 1970 ne travaille encore à l'ambassade, il est donc impossible de récupérer des informations par ce canal. Ajoutez à cela que M. Moliterni est décédé début 2009 et l'horizon était bien sombre pour mes recherches.

Heureusement j'ai pu entrer en contact avec Cecil McKinley, la personne qui gère les archives de Claude Moliterni et j'ai eu de sa part confirmation qu'il y a bien eu à la fin de l'année 1970 une grande exposition sur les mangas, au drugstore Publicis de St Lazare, organisée par M. Moliterni. J'attends de sa part d'autres informations comme savoir quels mangas étaient exposés, à quelles dates, y avait-il des invités... mais pour le moment partageons ensemble cette redécouverte venant du plus profond des temps anciens du manga en France :-)



[EDIT 20/02/2012]
Sur le site ActuaBD http://www.actuabd.com/Angouleme-2012-Les-organisateurs#forum37145 j'ai appris que Kosei Ono n'avait pas participé à l'exposition. Elle semble donc être le fait uniquement de Claude Moliterni.

Canalblog Revue Expo 1970 Drugstore03

Canalblog Revue Expo 1970 Drugstore04


L'article de 1972, confirmant bien que l'exposition de 1970 a eu lieu alors que l'article de 1970 ci-dessous n'est pas très clair : l'évènement est à venir (a t-il bien eu lieu) ou bien s'est-il déjà déroulé? Là, on est sur qu'il a bien eu lieu! A noter que cet article fait d'ailleurs suite à cette exposition puisque, d'après ce que j'en comprends, M. Moliterni a fait son expo sans avoir les références des oeuvres exposées et il se rattrape avec ce dossier présentant la BD Japonaise avec de très nombreuses illustrations mais légendées cette fois!

Dans le numéro 15 de Phénix du 4ème trimestre 1970, on cite pour la première fois cet évènement.

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29 novembre 2009

Hideshi Hino, mangaka de l'horreur



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Editions française, japonaise et américaine de "Panorama of Hell"

Hideshi Hino est un mangaka né en 1946 qui s'est spécialisé dans les mangas horrifiques. Son œuvre la plus connue est "Panorama of Hell", publié en 2004 en France par IHMO sous le nom de "Panorama de l'Enfer" (voir mon post ci-dessous). Mais cet auteur prolifique a dessiné bien d'autres BD, surtout pour un public assez jeune, et c'est d'elles dont je vais parler ici. Je présenterai seulement le début de ces histoires, avec divers extraits, pour que vous puissiez vous faire une idée de son style et des scénarios qu'il affectionne. A noter qu'il a aussi réalisé deux chapitres de la série cinéma très controversée des Guinea pigs.

Dans cette histoire, une lycéenne est harcelée par un amoureux a l'air dérangé et qui se révèlera encore plus glauque que son aspect ne le laisse penser.

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Ici, un groupe d'adolescentes se rend à la campagne pour rencontrer, dans un luxueux manoir, le correspondant d'une des filles. Bien sur ça va vite, très vite, dégénérer, dans une ambiance digne de Barbe-bleue.

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Autre double page; une superbe maison, imposante, chargée d'une sourde menace, surtout qu'elle comporte une salle de torture!!!!!Canalblog Manga Hideshi Hino016

Canalblog Manga Hideshi Hino017Hino commence souvent ses histoires par une double page de paysage, sans présence humaine. Cela permet de placer le décor et de rapidement nous mettre dans l'ambiance.

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Canalblog Manga Hideshi Hino019L'exemple même de la brute tueur chez Hideshi Hino : un géant, cannibale, au physique aussi immonde que son âme torturée. Vous noterez aussi l'archétype de la femme fatale : une beauté glaciale, assez jeune, yeux étroits, lèvres noires, en kimono...


Dans ce manga une jeune fille est pourchassée par une armée de poupées tueuses.
La horde de ces entités démoniaques est souvent la même : des êtres avec peu de cheveux, des yeux globuleux et rougis, nus, des bouches immenses..
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Une autre histoire, sur le mode classique de Hino, à savoir l'irruption du surnaturel dans la vie banale d'une famille
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Canalblog Manga Hideshi Hino029Encore une double page, inquiétante, nous plongeant immédiatement dans l'atmosphère glauque du manga

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Canalblog Manga Hideshi Hino031Des tueurs laids, grotesques, dégénérés... des cauchemars qui se sont matérialisés dans notre monde par on ne sait quel maléfice, vous en croiserez plein dans les mangas de Hino


Canalblog Manga Hideshi Hino032Encore un thème récurrent chez ce mangaka : la dissolution des corps, leur liquéfaction et explosion sous forme de multiples jets de liquides


Autre histoire surnaturelle, dans un milieu lycéen, avec l'apparition d'une beauté fatale qui est en réalité la réincarnation d'une princesse suicidée il y a plusieurs siècles. Vous noterez que l'héroïne féminine est la même que celle de l'histoire ci-dessus.
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Canalblog Manga Hideshi Hino039Page classique chez Hino : une beauté démoniaque entourée du mal mais qui la domine et la contrôle


Une autre histoire, encore dans le milieu lycéen où, touche d'originalité, le style de Hino est beaucoup plus réaliste, notamment dans le visage squelettique de l'apparition.
D'habitude son style fait plus jeune, plus shonen que seinen.
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Canalblog Manga Hideshi Hino045Cette approche réaliste est rare chez Hino mais plus dérangeante car plus adulte; profitez-en!


Ce recueil d'histoires est particulièrement intéressant car il comporte une histoire qui est l'ébauche de son œuvre majeure, "Panorama of Hell"

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Canalblog Manga Hideshi Hino047Première histoire, sur l'après-guerre au Japon et l'occupation américaine. Le héros ressemble déjà furieusement à celui de "Panorama of Hell".

Dans celle-ci, c'est un médecin-vétérinaire fou qui est au centre de l'intrigue
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Le prototype de "Panorama of Hell", sous une forme bien plus enfantine, au trait mal assuré mais l'essentiel est là!
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Deux livres de Hino sont à ce jour disponibles en France, "Panorama de l'Enfer" et "Le serpent rouge". Ce dernier est moins complexe que le premier, moins ambitieux, l'histoire plus linéaire, les personnages moins charismatiques mais il contient quand même son lot d'atrocités et de visions horribles.
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Hell baby, édition US, avec une couverture traumatisante...


Pour ceux qui ont eu le courage de tout lire, voici les images d'un art book de ce mangaka appelé "The art of Hideshi Hino" chez Presspop Galery. Ce recueil au format A4 fait 95 pages, contient une cinquantaine d'illustrations pleine page et trois BD "Memories of the mermaid", "The red fruit" et "Snow flower". Les peintures sont très colorées mais, je vous préviens, assez horribles puisque beaucoup de personnages ressemblent à celui de Hell baby (voir ci-dessus) : c'est tout sauf kawaii!

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22 novembre 2009

Panorama of hell de Hideshi Hino



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Un panorama de l'enfer, tel est le voyage auquel nous convie Hideshi Hino à travers l'hallucinante histoire d'un peintre et de sa famille. Celui-ci utilise son sang comme peinture pour réaliser ses toiles! Il l'obtient soit en se coupant la chair soit en vomissant, après avoir ingurgité de l'acide hydro-chlorique. Son chef-d'œuvre s'appellera donc "Panorama de l'Enfer", mais avant de nous en dire plus il nous propose de visiter les alentours de sa maison.

Canalblog Manga Panorama Of Hell004

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D'un côté une guillotine, exé­cutant des dizaines de condamnés. Leurs têtes sont entreposées dans un train puis les corps vont se consu­mer et se tordre sous les flammes du crématorium se trouvant à proxi­mité. Mais ils ne sont pas tous brûlés, une partie est enterrée dans le cimetière jouxtant la de­meure du peintre. C'est un immense champ de croix, s'étendant à perte de vue et dont chacune est sur­plombée d'une tête d'animal (porc, chien...), dévorée par les vers et les corbeaux. La nuit, les fantômes des guillotinés sortent de leurs tombes pour rechercher leurs têtes mais ils n'ont que celles des bêtes pour les satisfaire.
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Nous découvrons ensuite la famille de ce personnage. Il a une petite fille, Kyoko, dessinant des scènes de meurtres ou des animaux morts, recueillis dans la rivière et gardés dans sa cham­bre. Le garçon s'appelle Kyota et s'amuse à tuer toutes les bêtes passant dans son champ d'action. Mais leur grand plaisir est d'assis­ter, de leur chambre, au spec­tacle des exécutions et de chanter
un hymne à la guillotine pour exprimer leur joie de voir tant de sang versé. Sa femme tient la Taverne de l'Enfer et ses seuls clients sont les fantômes des guilloti­nés. Comment boire et manger sans tête direz-vous? Facile, armée d'un grand couteau de boucher, elle leur découpe une nouvelle bouche à la hau­teur du thorax et du cou.

Canalblog Manga Panorama Of Hell008

Canalblog Manga Panorama Of Hell018
Un extrait de la version japonaise

Vient ensuite l'his­toire de trois généra­tions de tatoués. Cela commence avec le grand-père, joueur in­vétéré, malchanceux, violent, alcoolique, avec comme tatouage un serpent sur le dos. Il se fera attaqué un soir par des joueurs avec lesquels il s'était querellé. Ruisse­lant de sang suite aux coups de sabres reçus, c'est de sa main qu'il mourra en se faisant Seppuku. Cela libérera les centaines de dés à jouer contenu dans son corps puis il finit comme il l'a si souvent rêvé, dans la neige, couvert de sang. Sa femme se fera tuer peu après par un pervers.

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Leurs deux enfants durent partir chacun de leur côté pour travailler, et ce malgré leur jeune âge. La fille mourra rapidement d'épuisement. Le garçon (le père du peintre), devenu adulte, se fera tatouer une chauve souris pourpre sur le dos. Il partit ensuite à l'aventure en Mandchourie, tenter sa chance. Il s'y maria mais la guerre éclata entre le Japon et la Chine et il fut obligé de rentrer dans son pays. Là, son fils le retrouva mort, dans une rivière, alors que tombait la neige; la chauve souris avait disparu. Le jeune frère du peintre eut également un destin tragique. Violent, bagarreur, alcoolique aussi, c'est un dragon qui orne son dos. Il fut découvert à moitié mort, le crâne défon­cé, le corps sous la neige, près de Hell River. On réussit à le sauver mais le lendemain il se transforma en un amas de chair dont seul le dragon indiquait qu'il s'agissait bien du frère du peintre.

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Leur mère devint folle lors du terrible voyage de retour de la Mandchourie vers le Japon. Le 6 Août 1945, le jour d'Hiroshima, un éclair venu de la bombe frappa la mère du peintre et permit à l'embryon de percevoir le monde exté­rieur, du moins d'après ses dires. Dans le ventre de celle-ci, il vit les horreurs de la guerre, toutes les atrocités commises et cela le marqua jusque dans sa chair. En 1946, lorsqu'il naquit, il avait l'air d'un démon et on conseilla même aux parents de le supprimer. On s'aper­çut qu'il n'était pas normal lorsqu'il lécha par terre le sang d'une personne s'étant tiré une balle dans la tête. Son père voulut le tuer, sa femme s'y opposa. C'est lors d'une tentative de lynchage des réfugiés japonais par des chinois que sa mère perdit la raison en voyant, suite à un jet de pierre, du sang couler de sa tête.

Enfant, le peintre était fréquemment battu, tant par son père, qui n'a jamais sup­porté son regard, que par sa mère, semblant trouver une excitation sexuelle à verser le sang de son fils. Pensant que c'était la bombe d'Hiroshima son vrai père, il sculpta un jour en argile un champignon atomique et l'arrosa du sang d'animaux sacrifiés. Par des prières il réussit à déclencher un incendie dans la maison d'un voyou l'ayant battu. Il se crut alors doté de pouvoirs et continua sur sa lancée, en créant des catastrophes toujours plus importantes. Mais, en quête d'absolu, son rêve est de peindre l'Enfer et pour cela il pense qu'il faut déclencher une autre guerre mondiale, en appuyant par la pensée sur le détonateur de toutes les armes nucléaires de la Terre. Sombrant ensuite dans la folie la plus totale, il tue ses enfants, sa femme et sa mère pour qu'ils ne voient pas cette vision de l'enfer sur Terre.

En réalité sa famille supposée n'a jamais existé. Il ne s'agissait que de mannequins de bois et son frère, quant à lui, n'était que le cadavre d'un porc. Sortant de chez lui, en proie à une folie homicide, il voit qu'il neige. Cela le perturbe encore plus et sa seule obsession n'est plus que de tous nous tuer, pour recou­vrir la Terre de sang.

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Après ce résumé, essayons d'analyser le manga; tentative dérisoire vu sa noirceur et sa richesse. Toute interprétation ne peut alors qu'être subjec­tive et ne contenir qu'une part de vérité. Voyons d'abord le peintre. Il vit enfermé chez lui, uti­lisant son sang pour réaliser ses tableaux. Il n'a jamais eu de femme, d'enfant, de frère si on en juge par le fait qu'il s'agit de mannequins et d'un cadavre de porc. Prisonnier de sa solitude, de ses délires (de vraies auto-intoxications), il tente de justifier cet état qu'il sait anormal par l'invention d'une malédic­tion semblant régner sur sa famille. Mais il est allé trop loin dans ses délires, il ne voit même pas qu'il vit avec des marionnettes qu'il a fabriquées. Il n'a pas su s'arrêter à temps et à sombré corps et âme dans son enfer intérieur. Ensuite il a glissé de la folie douce vers la folie homicide comme le montre l'évolution des visages de la première à la dernière page.

C'est cette vie intérieure qu'il veut immortaliser avec son chef d'œuvre "Panorama de l'Enfer", peint avec son sang. On voit dessus un corps éventré dont les entrailles ont un aspect de crânes. Même s'il s'agit de celui d'une femme (essaye-t-il de se cacher la vérité?) c'est de lui dont il s'agit. Il est rempli de mort et le seul moyen pour se débarrasser de ses démons lui semble être l'éventrement.

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Son grand-père a compris cela et il s'est fait Seppuku pour projeter hors de lui le démon du jeu qui le détruisait (symbolisé par les dés qu'il mangera ensuite, comme s'il ne pouvait se passer de cette véritable drogue). Mais le peintre a dépassé ce stade où en représentant ses problèmes, en en prenant conscience, on peut les combattre. En passant des journées à dessiner ses fantasmes il ne fait qu'aggraver son cas, démultiplier sa folie et son amour de la mort et du sang. Il s'abîme dans ses délires et vole au dessus de milliers de cadavres imaginaires et d'une mer de sang. Quelle sombre jouissance il doit éprouver en rêvant de telles choses pour continuer de la sorte. Une délectation morbide s'empare de lui, le consume, l'enivre, lui donne le vertige lorsqu'il repousse ainsi les limites de son enfer. Cela lui donne une telle énergie, une telle illusion de puissance qu'il est prêt à s'attaquer au reste du monde. Chacun prend feu comme il peut!

On peut même se poser la question de savoir s'il souhaite échapper à son sort. Peut-être ignore t-il qu'il n'est pas unique, mais assurément il sait qu'il est différent des autres. Et vu la façon dont il se repait de ses fan­tasmes on a l'impression qu'il s'y raccroche, comme s'il avait peur de devenir quelqu'un d'ordinaire, de banal, perdu dans la foule, dans la masse des anony­mes. Il n'a que cela pour se distinguer, crier qu'il existe, et il y tient. Il refuse de devenir comme les autres, il sent, il est persuadé qu'il mérite mieux que cela. Il rejette tout, seul contre tous, prêt à tuer l'humanité entière. Ce rôle lui plaît.

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Ce peintre est-il Hideshi Hino? Entre la peinture et le dessin il y a peu de différences. On se pose la question quand on sait qu'il a réalisé plus de treize ouvrages de ce genre. Pour passer autant de temps sur de tels sujets il faut des raisons profondes. Une thérapie, un exorcisme? Hideshi Hino veut-il se débarrasser de vieux démons qui l'empêchent de vivre, qui le détruisent et l'emmènent toujours plus loin vers le côté sombre, laissant loin derrière la lumière? Fais t-il comme Mishima avec son roman "Confessions d'un masque"? Sur la couverture du manga, le peintre s'arrache la peau et la chair du crâne, il tombe le masque, il veut se juger à nu. Quelles blessures à jamais refermées essaye t-il de guérir par cet exhibitionnisme? Ou bien n'y a-t-il aucun alibi, aucune justification, juste la défonce, le plaisir, enivrant, malsain et dangereux. A moins que tout ceci ne soit finalement qu'un mélange de rire obscène et d'un cri de haine, jeté à notre face et à celle de la société: "Voyez ce que vous m'avez fait, voyez ce que je suis à cause de vous",

En poussant plus loin cette interprétation, on peut se poser la question suivante: Le peintre n'est-il pas Hideshi Hino tel qu'il se rêve, tel qu'il voudrait être? Il est trop fou, le manga est trop noir, il y a trop de trouvailles, de sang, pour que ce ne soit pas une représentation extrême de désirs secrets, honteux. La neige et le sang sont étroitement liés dans ce manga. C'est dans la neige qu'on retrouvera le grand-père, le père et le jeune frère du peintre plus ou moins morts. Vu ce que l'on vient de dire, on peut considérer cela comme le choc de deux absolus. Celui du blanc, de la lumière et de la normali­té, représenté par la neige, et celui du noir, du mal, des ténèbres avec ce sang qui est au cœur de l'œuvre et de la vie du peintre.

C'est dans ces moments de morts violentes que ces deux absolus se rejoignent, se recouvrent, se mélangent, comme si la quête de l'absolu du côté noir n'était que le contre coup de la déception de ne pas l'avoir trouvé dans le monde normal. La neige est associée à la mort, comme si ce symbole de pureté était insoutenable pour celui emplit de ténèbres, ne supportant pas de voir la blancheur perdue et pourtant sans cesse recher­chée, rêvée, même en empruntant de sombres chemins. Le grand-père du peintre dit qu'il a toujours voulu mourir dans la neige, couvert de sang.

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"PANORAMA 0F HELL", une perle noire luisant d'une sombre lumiè­re dans un écrin rouge sang. Pour lecteurs avertis.


Ceux qui veulent en savoir plus sur de tels désordres men­taux peuvent lire: "Un enfant malade de la mort (lecture de Mishima, relecture de la paranoia)" par Hélène Piralian dans la collection Emergence, ainsi que "Le cœur de l'homme" d'Erich Fromm dans la Petite Bibliothèque Payot.


Un grand merci aux Editions IHMO pour avoir traduit ce superbe manga en octobre 2004!

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L'édition japonaise

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L'édition américaine


Pour info, c'est un article très légèrement remanié que j'avais rédigé pour le numéro 09 du fanzine Animapa, il y a plus de 15 ans de cela, en septembre 1993!


Posté par David Yukio à 16:11 - Mangas et dessins animés - Permalien [#]

26 septembre 2009

Cutey Honey : la série des fauvistes!


   
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Canalblog Anime Cutey Honey000Le rose, LA couleur de "La guerrière de l'Amour"


Quelqu'un parmi vous a t-il déjà vu la première série de "Cutey Honey", celle de 1973-1974, arrivée dans le club Dorothée en 1988 sous le nom de Cherry Miel? 20 ans déjà... ceux de moins de trente ans n'ont pas connu les aventures de la guerrière de l'amour et de la transformiste la plus célèbre de l'animation nippone. Dans le cas contraire,  vous vous souvenez certainement des couleurs flashy et improbables de la série, très typées années 70 et délire
psychédélique sous acide. J'ai revu la série dernièrement et je tenais absolument à faire un post dessus pour vous faire profiter de ce délire visuel.

Pour rappel, Cutey Honey est une série de Go Nagai, le prolifique papa de Goldorak! Cutey est une sorte d'androïde biomécanique, créée par le professeur Kisaragi. Celui se fait assassiner par l'organisation criminelle Panther Claw et Cutey Honey se jure de le venger. Ses pouvoirs lui permettent notamment de se déguiser en un clin d'oeil en de multiples personnages ( chanteuse, vagabond, hôtesse de l'air...),  de manier avec dextérité une épée et d'utiliser un redoutable boomerang tranchant comme un sabre. Elle est aidée dans ses aventures par un journaliste-détective-agent secret ainsi que par un clone de Rigel en vieux ninja libidineux!

Dans cette série rien n'échappe à l'exubérance des coloristes : collines roses, ciel bleu, vert, jaune, immeubles et escaliers arc-en-ciel, costumes multicolores échappés d'un défilé de mode sous champignons hallucinogènes, vilains sortis tout droit d'un tableau des fauvistes... cette série est une orgie visuelle, un festival chromatique de tous les instants.


OUVREZ VOS YEUX, LE TOUR DEMARRE!


Tout d'abord les paysages : collines roses, ciel de toute les couleurs, arbres roses, bleus et violet, on nage en plein délire réaliste : les daltoniens ont pris le pouvoir!

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Canalblog Anime Cutey Honey008Les personnages

Canalblog Anime Cutey Honey025Cutey Honey, l'héroïne court vêtue

Canalblog Anime Cutey Honey013Alors là, le décor ne veut même plus rien dire, c'est Kandinsky qui est aux manettes!

Canalblog Anime Cutey Honey005Jolies couleurs pour cet ensemble; vous ne regrettez pas les années 70 et les pattes d'eph?

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Le journaliste qui va aider Cutey dans ses combats contre le Panther Claw. Violet, rose, jaune, bleu, lui aussi n'est pas épargné.

Canalblog Anime Cutey Honey018La directrice de l'institution qui élève Cutey et son assistante : deux lesbiennes qui en ont après la guerrière de l'amour.

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Intéressant  au plus haut point ce passage, pour les couleurs de ses personnages d'arrière plan bien sur : vous en avez déjà rencontrées des filles avec la peau bleue ou violette?

Canalblog Anime Cutey Honey024Rigel, en ninja lubrique et malchanceux.


Immeubles, décors, intérieurs...
Canalblog Anime Cutey Honey003L'institution religieuse de Cutey : tout est dit, la série semble être vue au travers de ces vitraux multicolores

Canalblog Anime Cutey Honey004Le laboratoire du professeur Kusaragi, avec ses teintes arc-en-ciel; idem pour l'escalier ci-dessous

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Canalblog Anime Cutey Honey015Un bien beau ballon dirigeable, qui doit se voir de très loin!

Les vilains : le Panther Claw! Je vous laisse admirer les couleurs, l'exubérance de leur choix... fascinant!

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Pour ceux qui veulent en savoir plus, je vous conseille l'article de Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Cutey_Honey. Cette série a eu une descendance nombreuse comme le précise le site Planète Jeunesse : http://www.planete-jeunesse.com/sources/series.php3?cle=38&sec=1
1994 Shin Cutey Honey (8 OAV diffusés sur Mangas)
1997 Cutey Honey F (série TV de 39 épisodes)
1998 Cutey Honey F (film)
2004 Re : Cutie Honey (3 OAV)
2004 Re : Cutie Honey (film live, avec de vrais acteurs donc)


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09 juin 2009

Les secrets de l'économie japonaise - manga de Shotaro Ishinomori



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Le manga "Les secrets de l'économie japonaise en bande dessinée" de Shotaro Ishinomori a été publié en 1986 au Japon, en 1988 aux USA et en 1989 en France chez Albin Michel.

Nb de pages : 313
Taille : 15 * 22.5cm
Noir et blanc

Même s'il s'agit bien d'un vrai manga et non pas d'un livre d'économie avec quelques illustrations, cet ouvrage est assez difficile d'accès et même aride pour qui ne s'intéresse pas aux sciences économiques. Je ne sais pas pourquoi ce livre a été traduit en France, à quel objectif ça répondait mais c'est tout sauf un ouvrage destiné au grand public.
Voici par exemple le sommaire :
1) Tensions commerciales
2) Pour contrer la hausse du yen
3) La structure industrielle
4) Le déficit budgétaire
5) Une révolution monétaire
6) Epilogue
C'est quand même autre chose que City Hunter ou Naruto!

Ses intérêts sont donc ailleurs :-)
Premièrement c'est un des premiers mangas publié en France puisqu'il date de 1989. A cette date le Club Dorothée n'existe que depuis deux ans, c'est dire si on en est à la préhistoire du manga en France.
Deuxièmement ça montre bien que les mangas ne se limitent pas aux histoires de chevaliers en armure, de supers guerriers de l'espace, de samouraïs mais qu'ils peuvent être bien plus ambitieux que cela en s'attaquant à des sujets pointus comme l'économie d'un pays.
Troisièmement, c'est un document important sur l'économie japonaise des années 80, comment elle fonctionne, comment elle se situe dans le monde, comment elle voit son économie par rapport à celle des US notamment...
Quatrièmement, c'est un recueil d'histoires très intéressantes, avec des personnages au caractère bien trempé, mêlés à des situations tendues, des bouleversements dans leur vie... Un grand humanisme se détache aussi de ce manga, Shotaro Ishinomori expliquant clairement sa vision des choses, son respect des valeurs ancestrales, de la famille, l'équilibre à trouver entre social et profits... (p
our rappel, c'est le créateur de Cyborg 009, classique parmi les classiques japonais).


Préface de Christian Sautter, présentant les différents chapitres du livre

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Premier chapitre : Tensions commerciales
Les personnages principaux sont des amis d'enfance. Tsugawa, présenté comme rusé, est le "méchant" de l'histoire, froid, dur, insensible, un ordinateur à la place du cœur, dévoué corps et âme à son entreprise et à son pays. Kudo, le tendre, essayant de conjuguer économie et humanisme, développement industriel et respect des valeurs traditionnelles... Les deux amis vont s'affronter en 1986 sur fond de guerres commerciales internationales, de complots politiques, de traitrises, jalousies, grêves dures, assassinats...

Les personnages principaux du manga

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Voici quelques pages de ce premier chapitre

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Une page présentant des données purement économiques, très sèches.


Ci-dessous une des dernières pages du manga (réalisé en 1983), avec cette prophétie "L'avenir de l'économie japonaise est prometteur. Il est même exceptionnellement brillant." C'est vrai que les années 80 ont vu le Japon dominer l'économie mondiale avec les USA mais cela s'est arrêté brutalement en 1990, année qui inaugura "La décennie perdue" et qui verra l'économie de ce pays entrer dans un marasme terrible dont aujourd'hui encore elle peine à sortir.

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04 avril 2009

La B.D. japonaise - revue Phénix de 1972 - premier article sur les mangas



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L'article "La B.D. japonaise" est tirée du numéro 21 de "Phénix revue internationale de la bande dessinée" du deuxième semestre 1972 (6 ans avant l'arrivée de Goldorak en France). L
'article est de Claude Moliterni avec des illustrations fournies par Kosei Ono. D'après Wikipédia il s'agirait du premier article en français consacré aux mangas (source http://fr.wikipedia.org/wiki/Manga). Je continue ainsi à vous faire partager les premiers pas de la BD japonaise en France, après les articles Premier manga traduit en France? 1969 et Le Cri Qui Tue N°1 - revue de mangas en français de 1978.
 

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Golgo thirteen par Takao Saito (Golgo 13)

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"Depuis fort longtemps, la bande dessinée japonaise fait parler d'elle mais, par un manque d'informations, on ne pouvait se faire une idée des publications de B.D. En 1970, à la demande de l'ambassade du Japon, j'ai présenté une rétrospective de la B.D. japonaise, mais sans aucune référence. Notre représentant à Tôkyô, Kosei Ono, nous a envoyé depuis toute une documentation et d'après cette documentation, j'ai essayé de faire le point sur la B.D. au Japon.

Au premier abord, on remarque la violence qui est présente dans la bande dessinée destinée aux tous jeunes comme dans celle destinée aux adultes. Ce n'est que coups de sabres, ventres ouverts, têtes coupées... On s'en donne à cœur joie, de quoi faire frémir la censure française pendant plusieurs nuits... Ensuite les visages des héros ne sont pas ceux que l'on pourrait s'attendre à voir, pas d'yeux bridés, mais d'énormes yeux ronds à l'occidentale.

Mais la grande innovation de la B.D. japonaise, c'est la mise en page et les quelques exemples qui vont suivre vont être une éclatante démonstration. Ces cartoonists ont compris ce qu'était la bande dessinée, ils ont découvert tout de suite qu'elle avait un langage... Influencés par les comic-books US, ces dessinateurs ont utilisé la science du découpage d'une manière fantastique donnant ainsi un rythme à leurs séries... Tout est visuel... Quant à l'utilisation du noir et blanc, elle est prodigieuse...

Voici une petite histoire de la B.D. japonaise en attendant celle que nous a promise Kosei Ono. 

«Golgo Thirteen», de Takao Saito. Cette bande dessinée est publiée dans «Big Comics». C'est une histoire d'espionnage où l'aventure et l'action ont une grande place. C'est une série pour adulte noir et blanc.

Les aventure de Sabu et lchi est peut-être l'une des plus intéressantes. Ce sont deux jeunes gens, sortes de détectives qui opèrent essentiellement au Japon. Cette bande dessinée est réalisée par Shotaro Ishimori. Sabu est un jeune détective et son compagnon lchi est aveugle, mais maître dans l'art de manier l'épée. Cette équipe évolue sans cesse dans des situations bizarres où le crime est toujours présent. Sabu a pour but de surveiller la ville de Edo. Shotaro Ishimori montre dans cette série la vie quotidienne au Moyen Age. Tous les détails sont exacts et scrupuleusement dessinés. «The casebook of Sabu et lchi» est destinée aux adultes, et publiée dans «Big Comics».

La nouvelle vague dans la bande dessinée japonaise existe aussi avec une série «John and Yoko», dessinée par Kazuo Vemura. L'auteur, tout en traitant des problèmes actuels de la jeunesse, emploie admirablement la technique narrative. C'est le Manga Action qui édite «John and Yoko».

«Black Salesman». C'est une bande dessinée comique où l'humour noir est prédominant. Fujio Fujiko est un des seuls dessinateurs japonais à produire un comics de ce genre. «Hitler Madness of the century». Série pour adultes publiée dans «Manga Sunday» et dessinée par Shigeru Mizuki. C'est la version en bande dessinée de la vie d'Hitler. Cette série est lue principalement par les étudiants des universités. On peut remarquer que la documentation a été très sèrieuse pour la réalisation de cette bande dessinée.

L'avant-garde dans la bande dessinée japonaise est représentée par Maki Sasa Sasaki avec «To the moon» dans l'hebdomadaire «Ashahi Journal». Cela n'a aucun sens, ce n'est qu'une juxtaposition d'images. Très apprécié par le public estudiantin.

Dans cette même nouvelle vague des comics, il faut signaler le dessinateur Mori Masaki qui travaille pour l'hebdomadaire «Shonen Magazine». Masaki est un de ces dessinateurs qui s'est posé les problèmes de la technique narrative. Il y excelle. Sa bande dessinée est destinée aux jeunes, mais elle reflète aussi les problèmes que peuvent se poser les adolescents.
On trouve aussi avec Ryuzan Aki le délire à la Don Martin. Il collabore au «Manga Sunday». Il manie avec beaucoup d'intelligence la férocité et l'humour noir. C'est une des séries les plus populaires au Japon.

Le délinquant juvénile, devenu boxeur, un thème bien connu, mais Tetsuya Chiba sait renouveler le genre avec «Joe aiming at Tomorrow», bande dessinée qui paraît dans «Shonen Magazine». Tous les poncifs sont présents : pleurs, sang, dureté, dynamisme. Le gag à l'état pur, avec Fujio Akatsuka, dans cette série très populaire au Japon « Genius Bakabon». Aucune intention intellectuelle. L'auteur cherche à faire rire et il y arrive en poussant les situations au maximum.

Les judokas, il en existe partout, on peut rappeler la série brésilienne «Le Judoka», «Le Docteur Justice», «Le Judoka», le héros des romans policiers, etc. Eh bien le Japon ne pouvait pas laisser tout le monde s'emparer d'un tel sujet... Manga Action a fait appel à Barron Yoshimoto pour dessiner «Jukyo Den»... C'est l'histoire d'une jeune judoka, très romantique à souhait. La mise en page est recherchèe, mais sans imagination de la part de l'auteur. Les jeunes Japonais sont très amateurs de cette série.

On peut encore citer différentes séries «Todoroki Sensei», de Kaoru Akiyoshi, une bande dessinée quotidienne qui paraît dans l'édition du matin du «Yomiuri Shimbun». C'est la vie humoristique de Mr. Todoroki et de sa famille. Une autre bande dessinée quotidienne, «Fuji Santaro», de Sampei Sato, paraît dans l'édition du soir du «Asahi Shimbun», c'est aussi une série identique à celle de Koaru Akiyo.

Les comic-strips ont aussi une dessinatrice, elle s'appelle Machiko Hasegawa. Elle dessine «Sazae-san» dans «Asahi Shimbun». C'est la vie d'une famille; on peut considérer ce strip comme la version japonaise de Blondie. «Sazae-san» est très aimée des lecteurs.

Pratiquement tous les journaux ont des bandes dessinées, le «Tokyo Shimbun», édition du matin, publie une série «Kurari-san», de Kenji Hagwara, on trouve aussi une série où l'influence de Schulz est évidente : «Little Gentlemen», de Kunihiko Tsukuda.

Osamu Tezuka publie dans le «Sankei Shimbun» une série de science-fiction, «Blue Triton», série sans prétention sur le plan de la S.F. qui, d'après les sondages, semble intéresser les jeunes lecteurs.
Documentation : Kosei Ono."

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Maki Sasaki "To the moon"
Perso je comprends pas trop l'intérêt de cette page

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Fujio Alatsuka "Genius bakabon"

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Shotaro Ishimori "The case book of Sabu and Ishi"
Superbe planche, notamment pour sa très haute case de droite

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Shigeru Mizuki "Hitler, madness of the century"

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Kazuo Vemuta "John and Yoko"

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Mori Masaki
Très violent mais une force extraordinaire dans cette planche avec sa mise en page passionnante : l'accident en fond et des cases ajoutées dessus; fantastique!

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Fujio Fujiko "Black Salesman"
Drôle, hystérique mais gore aussi. Deuxième extrait de manga sur le golf montrant que les japonais sont, comment dire, dangereux avec un club entre les mains

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Testsya Chiba "Joe aiming at to morrow" (j'ai respecté la légende de 1972 malgré les erreurs sur le nom et le mot anglais tomorrow)
Ashita no Joe, l'un des mangas préférés des japonais

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Barron Yoshimoto "Jukyo-Den"

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Kenji Hagiwara "Kuraki-San"
Sampei Sato "Fuji Santoro"

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Kaoru Akiyoshi "Todoroki sensei"

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Kunihiko Tsukuda "Little Gentlemen"
Kenji Hagiwara "Kurari-San"
Personnellement je n'aurai pas mis trois pages sur ces strips de quatre cases. Ce n'est pas du tout représentatif des mangas selon moi et donne un aspect auteurisant à la BD japonaise et hermétique aux peuples hors de l'archipel. Un seul strip aurait été suffisant.


Remarques
Vous noterez comme moi les points suivants qui me semblent très importants :
"
Depuis fort longtemps, la bande dessinée japonaise fait parler d'elle" : on est en 1972, j'aurai bien voulu en savoir plus à ce propos, qui en parlait, à quelle date, où, en se basant sur quel manga, on en disait quoi... dommage que nous n'ayons pas plus d'infos.

"
En 1970, à la demande de l'ambassade du Japon, j'ai présenté une rétrospective de la B.D. japonaise" : ce fait m'était totalement inconnu; j'essaierais de trouver des infos là-dessus mais pour le moment le web est muet.

"
Au premier abord, on remarque la violence qui est présente dans la bande dessinée destinée aux tous jeunes comme dans celle destinée aux adultes. Ce n'est que coups de sabres, ventres ouverts, têtes coupées... On s'en donne à cœur joie, de quoi faire frémir la censure française pendant plusieurs nuits..." : comme quoi la violence dans les mangas est la première chose qui saute aux yeux et aux tripes. Il est certain que pour un amateur de la BD franco-belge, habitué à Tintin, certains mangas ont dû paraitre choquants de prime abord car les "délires" d'un Hokuto no Ken ne datent pas des années 80. On aura aussi le même souci avec les dessins-animés : Goldorak, Ken, Dragonball... ont subi les foudres des biens pensants. Aujourd'hui cette critique s'est bien tassée car les mangas ont été assimilés dans notre culture par une bonne partie de la population et représentent un enjeu financier énorme, ce qui fait taire beaucoup de monde. Néanmoins je comprends le rejet et la stupeur qu'on a en voyant la  page ci-dessus de l'accident de voiture, qui peut être jugé trop réaliste.

"Mais la grande innovation de la B.D. japonaise, c'est la mise en page" : ça fait plaisir de lire qu'en 1972 un grand spécialiste de la BD, Claude Moliterni, ayant beaucoup œuvré pour sa reconnaissance comme art à part entière, a pu voir cette force incroyable des mangas, à savoir une mise en page très dynamique, avec énormément de mouvement, d'énergie, une vitalité fantastique...

"Ensuite les visages des héros ne sont pas ceux que l'on pourrait s'attendre à voir, pas d'yeux bridés, mais d'énormes yeux ronds à l'occidentale" : là encore une remarque qui reviendra de façon récurrente 15, 20 ans après. Pour rappel les grands yeux ronds permettent d'exprimer plus fortement les émotions puisqu'ils offrent plus de place dans le visage pour y dessiner l'amour, la colère, la peur, la mélancolie... c'est par les yeux qu'on peut facilement rendre les émotions du personnages. Autre raison, un phénomène appelé la Néoténie et qui est la persistance de caractères enfantins chez l'adulte. Ce phénomène rends immédiatement sympathique un personnage ayant des grands yeux, un petit nez, un grand front puisque ça nous rappelle les bébés et qu'on s'attendrit facilement devant leur frimousse. Résultat, ces personnages sont attachants pour le public! Disney l'a bien compris car il a modifié ses premiers croquis de Mickey pour arriver à son design actuel.


Posté par David Yukio à 14:47 - Livres, revues... - Permalien [#]