Mon amour pour le Japon et Tôkyô

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25 octobre 2016

Animeland : index des 99 premiers numéros



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Animeland est LA revue sur l'animation japonaise en France et sur le manga, LA référence depuis plus de 25 ans et la publication du numéro 1 en avril 1991.

En octobre 2016 il y a eu 212 numéros de publiés! Comment faire pour se retrouver dans ces milliers de pages? A ma connaissance aucun index pour les 200 premiers numéros n'existe car je les ai tous chez moi et le dernier index remonte à avril 2004 avec le numéro 100. J'ai donc scanné cet index pour vous aider à vous y retrouver mais uniquement parmi les 99 premiers numéros.

Si les responsables d'Animeland souhaitent que je retire ces pages de mon article, scannées et mises en ligne sans leur accord, merci de me contacter via le formulaire de Canalblog et je le ferai dans les plus brefs délais.


Index des 99 premiers numéros d'Animeland (source Animeland 100).
Revue Animeland Index Revue Animeland100 200404 01

Revue Animeland Index Revue Animeland100 200404 02

Revue Animeland Index Revue Animeland100 200404 03

Revue Animeland Index Revue Animeland100 200404 04

Revue Animeland Index Revue Animeland100 200404 05

Revue Animeland Index Revue Animeland100 200404 06



Le dernier index fait par numéro et non pas par thème, celui du numéro 15, paru en 1994.
Revue Animeland Index Revue Animeland15 199409

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26 septembre 2015

"Spécial Japon - L'empire du soleil des sens" - Revue Photo numéro 225 de juin 1986



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Le numéro 255 de la revue Photo de juin 1986 était dédié au Japon avec un méga dossier de plus de cent pages. Il était sous-titré "Spécial Japon - L'empire du soleil des sens" et j'ai scanné les reportages les plus intéressants de ce numéro. Comme vous le verrez, peu de texte mais beaucoup de photos. En 1986 le Japon était encore pour les français un pays mystérieux, à l'autre bout du monde et plusieurs reportages de ce numéro de Photo font surtout dans le sensationnel et le spectaculaire.

Canalblog Revue Photo 1986 01

Canalblog Revue Photo 1986 02
"PHOTO N° 225 JUIN 1986 18 F
Notre couverture : Garo Aida. Recherche personnelle. 1985. Boîtier 4,5 x 6. Objectif 150 mm. Temps de pose : 1/60 s à f : 11. Film  Ektachrome 100 Iso. Flash électronique.

Page 4 Photo News
Nouvelles, expositions, images...

Page 44 Spécial Japon
Fascinant, déconcertant, irritant : le Japon tel que nous l'avons vu en avril 86.

Page 46 "A Day In the Life".
Pendant 24 h, cent photographes ont sillonné l'île, pour découvrir les visages multiples du Japon d'aujourd'hui.

Page 56 Yoshihiro Tatsuki
... ou l'extrême perversité.

Page 68 Stalin
Un groupe de rock soulève les passions d'un photographe : l'attrait de l'extrême violence.

Page 74 Kazuhiro Kobayashi
Un Japonais regarde l'Occident.

Page 78 Hiromi Tsuchida
Nié mais incontournable, enfoui mais toujours présent, l'éternel souvenir : Hiroshima.

Page 84 Noriaki Yokosuka
L'une des stars de la photographie de mode nippone : l'extrême sophistication.

Page 92 Tom Jacobi
Sous le regard d'un Allemand, des Japonais jouent à la guerre... l'extrême dérision.

Page 98 Kazumi Kurigami
L'un des meilleurs photographes de publicité : l'extrême créativité.

Page 106 Kishin Shinoyama
Le « Shinorama » : l'homme et la femme à l'heure de Tsukuba...

Page 114 Akira Ishigaki
Étonnant, délirant... l'extrême érotisme."

Canalblog Revue Photo 1986 03
"PACIFIC PRESS  
Dans un pays relativement fermé aux étrangers, un Américain, Bob Kirschem-baum, s'est installé et a créé l'agence photographique qui est devenue la plus importante du Japon : « Pacific Press ». Le marché de la publicité, y compris l'énorme marché du calendrier (qui mobilise des centaines d'entreprises publiant et distribuant chaque année des millions de calendriers) est de loin, le marché le plus lucratif. Bien que moins payé que les autres, celui de l'édition est assez vaste. Le marché des expositions de photographies artistiques est en plein essor, au niveau des galeries d'abord, mais aussi dans le cadre de grands magasins. Au Japon, la publicité et l'édition, sans oublier les créateurs impliqués, manifestent un intérêt grandissant pour les photographes étrangers. Pratiquement tous les grands photographes et la presque totalité des plus célèbres agences de presse européennes et américaines sont représentés sur ce marché, si peu compétitif mais tellement lucratif, par une petite demi-douzaine d'agences, toutes situées à Tokyo. La PPS, comme disent les Japonais, la Pacific Press Service est l'une d'elles. Alors que la plupart des autres agences se spécialisent, la PPS couvre tous les secteurs. Elle propose aux rédacteurs une inépuisable banque d'images et les services de ses photographes. Aujourd'hui trente-cinq personnes sont employées dans les bureaux de Tokyo et Osaka. La PPS a déjà organisé toute la mise en place et le déroulement de grandes expositions : Cartier-Bresson, André Kertész, Sarah Moon, Magnum Photos, Ansel Adams, et Robert Capa. En tout juste une semaine, en ce printemps 1986, la PPS a organisé à Tokyo une exposition consacrée à Edward Steichen, une autre sur Hiroshi Hamaya et enfin une exposition des photos publiées dans le livre « Un jour dans la vie du Japon»... Belle activité !"

Canalblog Revue Photo 1986 04
"Les cent photographes du projet lors de la photo souvenir réalisée par Neal Slavin. Depuis cinq ans, une fois par an, à date non fixe, la photographie mondiale connaît de curieuses migrations. Cent de ses meilleurs membres viennent de tous les coins de la terre, se retrouvent dans un pays précis, et le mitraillent en un jour, jusqu'à épuisement. L'aventure s'appelle «A day in the life of...» (un jour dans la vie de...). Elle a été imaginée par deux photographes américains, Rick Smolan (suite p. 132)"

Canalblog Revue Photo 1986 05
"8 HEURES, TOKYO.
Le marché aux légumes d'Akihabara. Photo : Neal Ulevich.

16 HEURES, OSAKA.
Punks japonais sur le pont du Dotombori. Il y a très peu de blondes naturelles au Japon... Photo : Roger Ressmeyer.

21 HEURES, SAPPORO.
Le Pachinko. Jeu (et obsession) national(e) japonais(e). 70 % des hommes et 30 % des femmes s'y adonnent régulièrement. 18 milliards de dollars passent chaque année dans ces machines. Photo : Raphaël Gaillarde."

Canalblog Revue Photo 1986 06

Canalblog Revue Photo 1986 07

Canalblog Revue Photo 1986 08
"22 HEURES, OSAKA.
Un hôtel « capsule ». Prix de la nuit : 120 F. Conçu à l'origine dans le quartier des plaisirs pour les gens ayant raté leur train, cette formule a été reprise dans tout le Japon. Attention ! Une seule personne par capsule! Photo : Roger Ressmeyer.

9 h 15, TOHNO.
(province d'Iwate). Un ingénieur agronome explique aux agriculteurs comment ramasser et emballer les laitues. Photo : Ian Llyod.

8 H 30.
Tous les matins le personnel de l'Asahikawa Coca-Cola fait des mouvements de gymnastique pendant dix minutes. Photo : Diego Goldberg."

Canalblog Revue Photo 1986 09
"11 HEURES, TOKYO.
L'hôpital Jujiin. Le meilleur du Japon pour la chirurgie esthétique. C'est ici, notamment, que mannequins, hôtesses et barmaids viennent se faire débrider les yeux. Une mode en vogue actuellement. Photo : Mark S. Wexler.

9 H 15, CÔTE DE SANIN.
Mannequins de police en fibre de verre. Le Japon a le taux de criminalité le plus faible du monde industriel. Un vol pour 144 aux États-Unis. Photo : James Nachtwey.

14 H 57, TOKYO.
La bourse, quelques secondes avant la fermeture. Photo : Paul Chesley."

Canalblog Revue Photo 1986 11
"8 H 30.
«Pousseurs de passagers» de trains bondés. Le plus important de l'équipement : les gants blancs, portés en permanence. Photo : Andrew Slawicki.

14 H 30, TOKYO (DISNEYLAND).
La rencontre de l'Extrême-Orient et de la conquête de l'Ouest par trois générations de Japonais. Photo : Dilip Mehta.

23 H 15, KINKI.
Gourmets d'un sushi bar. Photo : Yoshiaki Nagashima."

Canalblog Revue Photo 1986 12

Canalblog Revue Photo 1986 13

Canalblog Revue Photo 1986 14
"Jusqu'à sa dissolution au début de cette année, le groupe rock "The Stalin" a été l'idole de tous les teenagers japonais. En quatre ans et neuf disques, il s'est imposé comme le seul rival possible face aux vedettes anglo-saxonnes. Akira Ishigaki (voir Photo n°198), fasciné par la personnalité du chanteur du groupe, Michiro Endo, l'a suivi depuis ses débuts. Il vient de lui consacrer un livre non publié en Occident, où le texte apparaît sous la forme de ce surprenant poème : "J'étais (suite page 70)"

Canalblog Revue Photo 1986 15

Canalblog Revue Photo 1986 16
"J'ETAIS AMOUREUX DU CORPS DE MICHIRO
(suite de la page 69) amoureux du corps de Michiro qui avait deux ans de plus que moi. Il portait un jean noir serré, sexy comme des pas de somnambule. La peau perlée de sueur. Il sent légèrement comme un petit garçon. Son regard est tiré vers la lointaine obscurité. Les muscles des fesses sont éclairés par la lumière des spots. Ils s'agitent pendant quelques secondes. Une seconde après, son corps saute en l'air en décrivant une courbe. Le fil électrique de son micro joue avec ce corps qui trace une belle courbe. Je regardais le corps d'un danseur qui a un langage tranchant comme un rasoir. Y avait-il eu auparavant un homme au corps aussi attirant? Voilà, il doit être le Nijinski d'aujourd'hui! Mais quelle tristesse! L'âme de son corps n'est jamais apparue dans la photo. Un jour son amour... Si cela continue ainsi, ça"

Canalblog Revue Photo 1986 17
"FAIRE UNE PHOTO C'EST SAISIR L'ETERNITE
fait mal au coeur. A ce moment-là, on me croit photographe homosexuel. Eh bien, je n'en suis un ni de très près, ni de très loin. Je tiens à remercier, "The Stalin", qui a fait preuve de gentillesse quand je l'ai dérangé sur la scène; M. Kato, un ami avec qui je bois; M. Mizuina qui m'a trouvé beaucoup de documents; M. Mugen Kanzaki, jeune vedette de la mode; M. Makoto Sekikawa rédacteur en chef de Takarajima, qui a compris mon amour et a réalisé ce recueil de photos qui font mal au coeur... Mais il n'y a pas que des remerciements : Kentaro, rendez-moi mes 5 000 yens; Michiro, rendez-moi mes 34 000 yens. Vos fans m'ont piétiné, m'ont poussé, ont craché sur moi, m'ont attaqué. Et vous, M. Sekikawa, rédacteur en chef qui avez mis un négatif original noir et blanc en cadeau à l'intérieur de chaque livre... je vous en veux ! Bye bye, The Stalin, avec rancune... »"

Canalblog Revue Photo 1986 18

 

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22 juin 2015

"La folie Goldorak" - Article dans Paris Match du 19 Janvier 1979



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Le 19 janvier 1979 Paris Match sort son numéro 1547 avec une couverture mythique consacrée à Goldorak. L'article "La folie Goldorak" faisait le point sur la tornade qui s'était abattue quelques mois auparavant sur la télévision et la société française.

Canalblog Anime Goldorak Paris Match 01

Canalblog Anime Goldorak Paris Match 02

"Goldorak un robot né au Japon est devenu le messie des enfants français par Guy Lagorce.

Nous osons nous l'avouer ou nous le refoulons, mais peu importe, quel que soit notre âge, rien ne nous est plus cher que de rôder à la lisière de nos enfances.

Les guerres, les crise économiques planétaires, les bouleversements individuels de l'âme, la mort et la naissance d'êtres chers, tout ce qu'il faut se résoudre à appeler "sa vie", tous les évènements qui sont censés nous marquer ne parviennent pas toujours, en dépit de l'âge qui nous gagne, à nous rejeter "de l'autre côté de la colline", vers la maturité, vers la vieillesse, vers le définitif. Et puis un jour, pour une raison de futile apparence, vous vous retrouvez soudain arraché à votre illusion de jeunesse et donc, d'une certaine manière, "assassiné". Adultes, mes frères, notre tueur a nom Goldorak…

Jusqu'à l'arrivée de ce "formidable robot des temps nouveaux", les héros de nos fils étaient les mêmes que ceux qui nous enchantaient jadis : Batman, Zorro, Mandrake, Tarzan… Dans leurs émois face à ces hommes de chair, d'amour et de sang, nous retrouvions nos propres émois. Ces torrents d'aventure débouchaient sur des paysages connus, de larges plaines heureuses. La vie était là, simple et tranquille.

Staline, Churchill, De Gaulle et Mao pouvaient bien disparaître, rien ne tranchait le cordon ombilical, ce fil tendu entre les générations. Et puis, brutalement; le 3 juillet dernier, sur Antenne 2, pendant la période télévisée la plus creuse de l'année, éclatant de couleurs et de toutes les noblesses paré, surgit un robot géant nommé Goldorak. Dès le premier mois, tous les enfants et les adolescents de France reconnurent en lui leur nouveau Messie Protecteur. Dès le deuxième mois, tous les héros qui bercèrent les quatre générations précédentes tombèrent en poudre. Dès le troisième mois, le taux d'écoute de la chaîne rivale, à la même heure, tomba à 0 %. Dès le quatrième mois, les parents eurent l'impression d'être rayés de la carte sentimentale de leur progéniture. Dès le cinquième mois (faisant contre mauvaise fortune bon cœur) ils se ruèrent pour acheter la reproduction de Goldorak… Tant et si bien que 25 jours avant les fêtes de Noël, les magasins furent en rupture de stock. On s'inscrivait sur les listes d'attente et si l'on avait des relations, on le trouvait au marché noir. Inouï! Madame Coquelin, chargée de la vente des droits commerciaux d'Antenne 2 n'a jamais vu cela en quinze années de métier : dès le début du mois de décembre, 400 000 disques, 150 000 posters, des millions d'autocollants, un journal tiré à 300 000 exemplaires, des bonbons, des réglisses, des"


"M. Chiaki Imada, patron de la Toei Films : pour mieux exporter, il invente des personnages de type européen. La formidable transformation d'Actarus, de la forme humaine en une forme de Superman."

Canalblog Anime Goldorak Paris Match 03
Goldorak, le robot-héros armé d'un "futuropoing", lance-roquettes et d'une hache de l'an 2000.

Canalblog Anime Goldorak Paris Match 04
"Pas de sang mais de la ferraille noircie.
A côté du dessin animé, un grand nombre de jouets et de gadgets frappés du sigle Goldorak."

chaises longues, des masques, des pots de moutarde, des puzzles, des vêtements… tout ce qui était frappé Goldorak s'arrachait. Quant au jouet représentant le "Dieu"… une folie. La société Mattei qui le fabrique est débordée… Dans certains grands magasins, on embaucha des standardistes uniquement destinées à répondre : "Pour Goldorak il faut attendre". Même succès en Espagne, en Italie, en Belgique et au Canada où une équipe professionnelle de football choisit pour nom Goldorak.

Dans les réunions R.p.r., on crie Gol-do-rak - Chi-rac!... Une folie, vous dis-je, un ouragan, un typhon. C'est cela : un typhon, puisque ce nouveau Dieu est né en 1976 au Japon chez Toei-Animation qui fit travailler 600 personnes pour donner naissance, sans grand succès de vente au départ, à ce qu'ils appelèrent "Ufo Robot".

Au début, les graves (et cartésiens) acheteurs ne sont pas emballés par le trait simpliste et par le fait que ce dessin animé soit réalisé à l'économie : 6 à 7 images / secondes alors que les Walt Disney défilent à raison de 20 images / secondes. Pourtant, en février dernier, comme ça, au flair, M. Jacques Canestrier, distributeur de films, prend les droits pour les pays francophones et invente (compromis entre Mandrake et Goldfinger, seul clin d'œil au passé) le nom de Goldorak. Antenne 2 achète le feuilleton sans trop y croire en raison de son prix modique, 10 000 F la minute contre 40 000 F pour un dessin aimé français… La suite, vous la connaissez…

Mais peut-être - ce qui est votre droit le plus strict - n'êtes-vous pas des parents ou grands-parents de la tribu pourtant innombrable des "jeunes téléspectateurs", qui, chaque lundi et jeudi, sortent de l'école "comme des fusées" pour être, à 17h55, prêts à trembler, à admirer, pétrifiés, l'œil écarquillé, le grand Goldorak? Alors, en deux mots, voici : les gentils Terriens sont (sauvagement) agressés par des extra-terrestres lesquels sont (extrêmement) laids, couards et traîtres. C'est très mal parti, lorsque surgit face aux monstres une immense, généreuse et cornue ferraille nommée Goldorak, qui va, frôlant cent fois la "destruction", venir à bout des infâmes. "Bien simple!" dites-vous en faisant la moue. Oh que non ! lisez bien : j'ai écrit "destruction" et non point "mort". Tout est là. Vous, adulte, n'y comprenez rien. Actarus, subtil extra-terrestre, mais de très humaine forme, s'introduit dans sa soucoupe volante d'où il éjecte et manipule Goldorak-le-Bon qui assimile un vocabulaire de rêves interplanétaire : fulguropoing, rétrolaser, hastérohache, planètogyre, rétrospace… Et le ciel s'embrase de lueurs.

"Violence !" Violence, dites-vous ? Non, justement! car en dépit de tant de bruit et de fureur, et à la différence du moindre "western" et du moindre "policier", jamais, au grand jamais, le sang ne coule dans "Goldorak".

Oui, les héros-robots sont chargés de toutes les passions vieilles comme l'humanité mais de leurs affrontements ne reste jamais sur le carreau, noircie et tordue, que de la ferraille… Pas de sang. Ils sont les vecteurs de nos vieilles passions et non point des martyrs. Peace and Love! Et si guerre il doit y avoir que la fassent de nobles robots… Ecoutez, parents, cette leçon… Ecoutez-la bien, elle sonne l'heure des temps futurs. Je disais plus haut que Goldorak était né au Japon. En vérité, il est né aux frontières d'une autre vie. Une autre vie que pressentent nos enfants et à laquelle - comme le temps passe - ni vous ni moi n'auront un jour accès. Trop tard, camarades, trop tard…

Guy Lagorce, enquête Clémentine Gustin."


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07 septembre 2014

Article sur "Budo Magazine Europe" dans Tsunami 22 1996


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Fin 2005 j'avais été très fier de faire un article richement illustré sur le premier manga traduit en France (à voir ici "Premier manga traduit en France? 1969"). Dernièrement j'ai été contacté par Christian Marmonnier, un journaliste qui avait écrit en septembre 1996 dans Tsunami 22, la revue de la librairie Tonkam, un article sur la revue "Budo Magazine Europe" qui publiait ce fameux manga. A ma grande surprise cette info n'avais jamais été reprise; en tout cas j'ai Internet depuis 1999 et je n'ai jamais vu une seule référence à cet article qui est passionnant.

Voici cet article dans son intégralité.

Canalblog Revue Tsunami 22 Budo Magazine01
Tsunami 22 de septembre 1996.

Canalblog Revue Tsunami 22 Budo Magazine02

"BUDO PÈRE DE LA PRESSE MANGA?

Les plus anciens d'entre vous se souviennent peut-être de la première revue consacrée aux mangas japonais qui fut éditée à la fin des années 70 par Atoss Takemoto : "Le cri qui tue", honorable revue de bandes dessinées exotiques. Et bien sachez, "jeunes gens", qu'elle ne fut pas la première à traduire des auteurs nippons dans notre bon pays. Bien avant, il y eut "Budo" et ce fut beau ! Voici donc en quelques lignes, des fragments de la vie de ce magazine d'arts martiaux, pionnier oublié de la publication de mangas...

RACINES.

Les origines de "Budo" remontent à 1951. A cette date, Henry Plée propose une "traduction officielle hors du Japon des revues japonaises du Kodokan de Tokyo" qui s'appelait "Judo Kodokan" Abordant donc le judo seul dans les années 50, cette publication adopte par la suite plusieurs formats et de nombreuses formes en évoquant d'autres arts martiaux : aïki, karaté, etc. Et, à la fin des années 60, deux titres coexistent, "Judo Kodokan" et "Budo Magazine Europe" qui fusionnent en 1970 pour devenir ''Budo". Formule unique en son genre dans le monde des revues d'arts martiaux (à l'époque, il n'y en avait guère !) qui va débuter en janvier 70 et se terminer en décembre 73 (trois années sous l'impulsion de Roland Habersetzer). Le titre est alors acheté par "France Judo" qui tentera un temps de le commercialiser...

Les budô, pour ceux qui ne le sauraient pas, sont, "comme toute sagesse, une application de l'énergie fondamentale de l'univers. Cette énergie est une et sans limite. Y participer, même à un degré infinitésimal, permet de comprendre que cette énergie est aussi une alchimie, qu'elle transforme et transmue tout ce qu'elle touche. Il est bien connu que les occidentaux ont toujours besoin de comprendre, de raisonner et d'analyser avec un esprit critique. Qualités qui deviennent vite des empêchements irréductibles quand on s'y limite. Comment un homme toujours agité en esprit peut-il entendre le silence ? Quoi apprendre si l'on imagine qu'une discipline quelconque est en soi la finalité de toute chose ? Si l'on oppose le corps et l'esprit, la technique au spirituel, si l'on croit pouvoir conserver pour soi tout ce qui vous est donné, si une idée reçue est un mur devant l'horizon ?" (extrait de "Les arts martiaux ou l'esprit des budô" Michel Random, Fernand Nathan. 1977). La voie de l'harmonie ou de la réconciliation (traduction littérale de "budô") est celle choisie par le magazine du même nom qui, au fil du temps, parle donc de tous les arts martiaux au rythme des différents hoquets et des diverses frictions de l'histoire.

AUTHENTIQUE

"Le monde Budo est en pleine mutation, selon l'éditorial de janvier 70, les rivalités entre les grands et les petits, entre les techniques et les styles, sont passées du plan national au plan international. Mais les européens y ont mis leur grain de sel, à moins que ce ne soit le grain de sable qui rendra le chef-d'oeuvre inutilisable en quelques générations..." Réceptacle d'humeur et aussi véritable porte parole d'une manière de penser, "Budo" est également l'un des premiers magazines français à avoir publié (semble-t-il !) des mangas selon la volonté du directeur de publication : Henry Plée, figure mythique du domaine des arts martiaux. Et cela, dès la fin des années 60 jusqu'à l'arrêt quasi définitif du titre, en 1973. Évidemment. le genre de manga publié est lié fortement au contexte de la revue. Ce sont des "bandes dessinées traduites en français contant la vie dramatique de samouraï célèbres, qui nous font mieux comprendre l'esprit et le code du Bushi-do" (comme on pouvait le lire en page deux de la revue). Dès le courant de l'année 70, ces bandes dessinées prennent de l'ampleur (grâce notamment à la suppression de textes en anglais) et en 1971, "Budo" va jusqu'à leur accorder un cahier spécial de 16 pages imprimées sur papier de couleur (rappelons que ces mangas sont en N/B).

Canalblog Revue Tsunami 22 Budo Magazine03

MANGAS POUR LES ADEPTES DE LA VOIE

"La plupart de nos lecteurs demandent que ces histoires soient complètes. En un seul numéro, nous ne pouvons publier les 20 ou 30 pages classiques pour ces histoires. Mais dès que possible, nous allons leur consacrer une quinzaine de pages, ce qui représentera environ la moitié d'une bande. Peut-être, avec l'augmentation des lecteurs abonnés, pourrons-nous augmenter le nombre de pages de la revue et alors publier des histoires complètes". Il est étonnant, à la lecture de cet éditorial de juin 1970, de voir qu'il est toujours moderne et qu'il pourrait tout à fait convenir à de nombreux supports presse actuels en guise de réponse au lectorat avide de production.

Mais revenons à ces bandes dessinées romancées "d'histoires vécues de samouraï qui se déroulent pour la plupart au japon féodal. Les intrigues sont multiples, c'est en tout cas ce que nous révèle un sommaire de 1970: "dans les précédentes BD, vous avez appris les traditions du Oibara (suicide par idéal). puis aussi la facilité avec laquelle un Seigneur haut placé pouvait être déchu par le pouvoir central simplement pour avoir perdu la face avec sa fille..."

Et les titres des récits semblent également inspirés : "L'assassin" (Ansatsu Sha) publié en 1973, "Le duel" (Matashiaï), "Le démon de Gion" (histoire de Okiia Sosi) également publiés en 1973 ; "Le vagabond Naga Romono", "Kakeï Sankuro". "A la conquête du pouvoir" publiés en 1972; "Samouraï Kito Zaëmon en 1971 ou "La dramatique histoire budo du samouraï Shinsaburo" publié en 1970. La plupart du temps, ces histoires n'étaient pas signées et non créditées (hormis Kakeï Sankuro" de Shibata Rensaburo). Elles étaient adaptées ou lettrées par un certain Patrick Clerc et se lisaient dans le sens de lecture japonais (de droite à gauche, les cases étant numérotées).

Ainsi, "Budo" fut-elle la première revue à publier et traduire des mangas... Peut-être ! ? Ce fut, en tout cas l'une des rares et des plus ferventes dans son domaine. Ayant produit plusieurs dizaines de récits aujourd'hui quasi introuvables ou presque. Cela dit, et pour conclure, quelques numéros sont peut-être encore disponibles. Vous pouvez toujours vous renseigner auprès du Budostore qui se trouve à Paris : 34. rue de la Montagne Saint-Geneviève 75005 (VPC : 44.41.63.30 & Boutique : 44.41.63.33). C'est, en réalité, l'adresse originelle de la revue "Budo'' car, Henry Plée est surtout l'initiateur en Europe d'un certain nombre de fédérations d'arts martiaux. Pour l'anecdote, en 1972. il fut le premier non-japonais à être nommé 8ème Dan par la Fédération japonaise de Karaté.

Christian Marmonnier (qui remercie R. Habersetzer pour ses précisions)"

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05 septembre 2014

L'histoire de l'animation japonaise en France par Pascal Lafine - Club Dorothée Magazine 1991


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Pendant longtemps en France, la seule source d'information sur l'animation japonaise était le "Club Dorothée Magazine". Cette revue, créée en septembre 1989, reprenait surtout sous formes de copies écrans les épisodes des séries comme Dragonball, Les chevaliers du zodiaque, proposait des jeux, des concours ... puis, un jour, arriva un mec nommé Pascal Lafine.

Pour ceux qui ignorent qui est le monsieur, voici un lien pour comprendre son importance dans l'histoire du manga en France http://www.manga-news.com/index.php/actus/2012/10/10/Interview-de-Pascal-Lafine.

Pascal tenait une rubrique "Pascal vous répond", celle de l'expert des dessins-animés japonais, qui répond au courrier des lecteurs sur toutes les questions possibles et imaginables sur ce sujet. Dans les numéros 103, 104 et 105 de fin 1991, il nous fit un résumé de l'histoire de l'animation japonaise en France. Vous trouverez ci-dessous les scans et textes de ces trois articles.

Canalblog Revue Dorothee Magazine Pascal01

"PASCAL VOUS REPOND

L'HISTOIRE DE L'ANIMATION JAPONAISE EN FRANCE - 1ère partie

En 1974, apparaît "Prince Safire", premier dessin animé japonais programmé sur le territoire Français. L'histoire se passe au royaume d'argent et le Prince Safire est obligé de se travestir car une fille ne peut être l'héritière du royaume. Cette série a été diffusée en 1989 sous le titre de "Princesse Safire". Le second dessin animé diffusé en France est du même auteur, Osamu Tésuka. Il s'agit du "Roi Léo", l'histoire de trois générations de lions blancs, et une nouvelle version a été programmée l'année dernière sous le titre "Le retour du roi Léo".

Deux autres séries sont passées en France avant l'arrivée de "Goldorak", elles étaient co-produites par les frères italiens Marco et Gi Pagot, "Caliméro", la première, avec Toei Animation, et "Barbapapa", la seconde, avec K. et S.

Enfin arrivèrent "Goldorak" et "Candy" pendant l'été 1978, deux séries qui étaient, à l'origine, des programmes de fonds de tiroirs destinés à combler la grille des vacances, et qui se sont révélés être de grands succès. Au début, seuls 26 épisodes de "Candy" avaient été achetés et diffusés en tranches de 5 minutes par jour. Devant l'énorme succès de la série, elle fut rediffusée en épisodes de 26 minutes. Il y eut un changement de voix entre les deux séries, car la première doubleuse était partie vivre aux USA, et de nombreux téléspectateurs l'avaient remarqué et avaient écrit à la chaîne.

De 1979 à 1980, c'est la création de "Croque vacances", présenté par Claude Piérard et une étrange grenouille qui sera très vite remplacée par le lapin Isidore. C'est dans cette émission qu'ont été diffusés "Vic le viking", "Maya l'abeille" et "Heutchi" qui est le seul dessin animé à avoir gardé en France son générique original japonais. Sur la même chaine, on pouvait voir chaque semaine "Les visiteurs du mercredi", émission présentée par Patrick Sabatier, Soisic Corne et les marionnettes Cibor et Bora. De nombreuses séries étaient diffusées comme "Gatchaman" alias "La bataille des planètes", dont on n'a vu qu'une seule des trois séries, ou "Heidi" dont la diffusion fut retardée d'un an à cause de la série live qui passait dans Récré A2.

Récré A2, qui était présentée par Dorothée, diffusait alors son troisième grand succès, "Albator" (Capitaine Harlock de son vrai nom), créé par Lengi Matsumoto qui est aussi l'auteur de "Galaxie Express" et de "La reine du fond des temps".

1982 vit le début de la grande époque Toei Animation en France, avec le quasi-monopole de I.D.D.H., la société de René Bruno Huchez qui a également importé "Candy", "Albator" et "Goldorak". Puis ce fut l'arrivée de "Capitaine Flam" ("Capitaine Future"), co-production entre Toei et MK, plus connu pour son travail sur les images de synthèse. Cette série est tirée d'un roman de l'écrivain anglo-saxon Raymond Hamilton. I.D.D.H. est aussi l'importateur de "Rody le petit cid", "Le tour du monde en 80 jours" et "Les trois mousquetaires", co-production entre Nippon Animation et une société espagnole... (à suivre...)."

 

Canalblog Revue Dorothee Magazine Pascal02

"PASCAL VOUS REPOND

L'HISTORIQUE DU DESSIN ANIME JAPONAIS EN FRANCE (2)

De 1982 à 1984 le paysage audiovisuel français est stable car il n'y a pas de concurrence réelle entre les chaînes. Le changement commence à s'effectuer en 1984 avec l'arrivée de Canal Plus. Cette nouvelle chaîne apporte beaucoup de nouveautés : "Les quatre filles du Docteur March", "Sherlock Holmes" (qui sera diffusée en France deux jours avant le Japon), "Bioman" et surtout "Cobra le pirate de l'espace", le grand succès de Canal Plus. Cette série avait bizarrement déplu à son auteur, Bioushi Terasawa, qui cessa d'en produire jusqu'en 1988. Il créa alors "Goku" (un homme armé d'un bâton qui s'agrandit à volonté et dont les yeux bioniques lui permettent de contrôler les véhicules) et "Ninja Kabuto" pour la chaîne NHK. "Cobra" passera par la suite sur A2 où il connaîtra également un gros succès aux côtés de "Galaxie Rangers" et du "Sourire du dragon".

La guerre des programmes jeunesse débute en 1987 avec la Cinq. C'est l'arrivée en force de "Youpi l'école est finie" avec les dessins animés de Nippon Animation : "Princesse Sarah", "Cathy la petite fermière", "Anette dans les Alpes", etc. La Cinq prend le monopole du dessin animé japonais en France et continue ses innovations en diffusant des séries ayant trait aux sports, c'est "Jeanne et Serge", "Smatch", et par la suite "Olive et Tom" C'est aussi, dans un tout autre genre, l'arrivée de "Robotech", qui, après les USA, connaîtra un très grand succès en France. Elle sera diffusée six fois dont une dans le prime time (19h30 à 20h00). TF1 diffuse de vieilles séries japonaises, dont "La revanche des Gobots". C'est aussi l'époque de Vitamine présenté par Jacky Jacky bovitch qui remplace Karen Cheryl, le déclin de RécréA2 et la fin de Croque Vacances. Sur M6 ça bouge pendant l'été 87, on ressort des placards de vieilles séries :"Capitaine Flam", "Goldorak" et "Albator" qui n'avait pas été diffusée depuis six ans.

En 1987 Dorothée débarque sur TF1. Elle rejoint son compagnon de toujours, Jacky, et arrivera avec deux ex-présentateurs de RécréA2: François Corbier et Ariane Carnéti, une ancienne comédienne.

Dorothée remplace Jacques Mosseau et devient directrice des programmes jeunesse en créant son émission, Le Club Dorothée. A ses débuts cette émission ne passera que des rediffusions : "Candy Candy", "Goldorak", etc. Une seule nouveauté sera programmée : "Bioman", transfuge de Canal Plus. Puis, début 1988, Dorothée diffusera "Dragon Ball" et "Les chevaliers du Zodiaque", n°1 au Japon. A l'époque ces deux séries sont diffusées simultanément en France et au Japon, et leur suite est encore en cours de fabrication.

De son côté, RécréA2 vivote avec ses présentatrices Marie et Charlotte dont Dorothée se moque bien dans une parodie, Marotte et Charlie. Le programme de A2 est composé surtout de rediffusions.

La Cinq continue ses innovations en débutant un genre nouveau : les Magical Girls. Il s'agit de séries mettant en vedette des filles possédant des pouvoirs magiques : "Creamy, merveilleuse Creamy", "Emi magique", "Vanessa"... De 87 à 88 la Cinq a le monopole des dessins animés nouveaux, tous leurs génériques sont fabriqués en Italie. La chaîne, ayant un stock commun avec Rété ltalia, utilise les mêmes génériques en les attribuant à d'autres dessins animés."

Canalblog Revue Dorothee Magazine Pascal03

"PASCAL VOUS REPOND

L'HISTORIQUE DU DESSIN ANIME JAPONAIS EN FRANCE (3)

1988. Tout comme en France, ça bouge en Italie où un député fait voter une loi interdisant les pages de publicité au milieu des dessins animés. Télévisions et téléspectateurs italiens craignent que cette décision entraîne la fin des programmes jeunesse! En France, les chaînes mènent une politique "anti-japonaise".

Rentrée 1988. Après un voyage de Dorothée au Japon , c'est l'arrivée en masse de nouvelles séries comme "Les attaquantes", "Doc Slump", "Georgie"... Mais aussi de nouveaux genres d'animation parlant d'amour avec "Juliette je t'aime", de fantastique avec "Lamu" et "d'horreur" avec "Ken le survivant". C'est aussi l'arrivée des "dramas" (ou séries "live"). On espère ainsi renouveler le succès de "Bioman" avec "Spilvan", "Flashman", "Liveman"... Beaucoup de ces nouvelles séries furent des échecs, mesurés par un outil plutôt contestable, le minitel.

Dix ans après Goldorak, les dessins animés s'approprient 70% des programmes jeunesse, chaque chaîne ayant son créneau de distribution: AB Productions pour TF1, IDDH pour A2 et FR3, Rette Italia pour la Cinq. Canal +, de son côté, recommence à diffuser des dessins animés japonais avec "Crocus", "Peter Pan" qui avait eu un très grand succès en Italie où il était diffusé de 20h à 20h30.

En 1989, la naissance de Radio Loustic, diffusant en non-stop des génériques d'animation, fait encore bouger la situation. Cette année-là est né aussi le C.D.M (Club Do Mag) qui deviendra peu après votre Dorothée Magazine. Depuis, plus rien ne bouge. La direction des programmes jeunesse de la Cinq est confiée à Xavier Couture. Cette chaîne, n'ayant plus de produits nouveaux, s'allie à TF1 pour échanger leurs programmes.

Pour la première fois sont diffusés en France des films destinés au marché de la vidéo : "Les CDZ 1 et 2", "Dragon ball","Cité interdite", "Cristal triangle" C'est aussi la sortie d'"Akira", un long métrage d'animation japonais. Loin d'être le meilleur, il est très bien accueilli par la critique qui l'annonce comme le plus grand chef-d'oeuvre. Ce phénomène donne naissance à l'apparition des mangas. Les fans d'animation, jusqu'alors inactifs, se manifestent en créant deux fanzines (magazine de fan): "Animé Land" pour le dessin animé, et "Mangazone" pour la bande dessinée. Ces revues, tirées à 700 exemplaires, sont vendues en deux semaines. Des associations font également leur apparition comme Animart à Vanves, en banlieue parisienne, et Beff Tosh à Paris. Un magasin, vendant des revues et des compact disques japonais, préfère cesser ces activités, ne pouvant plus subvenir à la demande des fans de plus en plus nombreux!

Ceci a pour effet d'inciter les spéculateurs à importer et à vendre des produits dérivés: le marché noir du produit d'animation est né. Certains se font d'ailleurs arrêter pour avoir importé des copies de films d'animation inédits en France."

Posté par David Yukio à 22:08 - Mangas et dessins animés - Permalien [#]

Je découvre le Japon - Club Dorothée Magazine 08 du 07/11/1989



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Notes liées dans mon blog : Liste articles mangas et dessins-animés


La revue "Club Dorothée magazine" était un magazine lancé en septembre 1989 et parlant, comme son nom l'indique, de l'émission de Dorothée sur TF1.

A l'époque c'était la seule revue où on pouvait retrouver nos héros des dessins-animés japonais. Quelle ne fut pas ma surprise quand, dans le numéro 08 du 07 Novembre 1989 j'ai découvert l'article ci-dessous. On y parlait de Dragonball mais SURTOUT on y voyait des extraits d'une revue japonaise nous annonçant les prochains évènements de la série animée.

Cet article fut pour moi un véritable choc et c'est pourquoi je veux en parler aujourd'hui. Au fin fond de la province, loin de Paris, à une époque où Internet n'existait même pas, j'avais d'un seul coup une fenêtre ouverte sur un monde lointain appelé Japon, j'avais entr'aperçu ce qu'était une revue japonaise, je découvrais qu'on n'était pas obligé de subir passivement une émission de télé et attendre les rediffusions aléatoires mais qu'on pouvait assouvir sa passion différemment via les livres et un pays étranger.

Vous imaginez un gamin qui découvre une carte de l'île au trésor? Ce fut moi et depuis ce jour cette passion de la culture populaire japonaise a représenté quelque chose de très fort et de très important pour moi. Tout ne découle pas de cet article mais il fut une incroyable bouffée d'oxygène, il m'avait donné l'envie de m'envoler vers le Japon et d'y rester longtemps, longtemps :-)

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Waouh, cette image je ne l'oublierai jamais, ce fut LA fenêtre qui ouvrit mon esprit, me disant qu'au bout du monde il y avait le Japon, un pays où on pouvait sans honte dire qu'on aimait les dessins animés alors qu'en France c'était un signe de débilité.


Posté par David Yukio à 11:16 - Mangas et dessins animés - Permalien [#]

25 juin 2013

Animapa, fanzine participatif sur l'animation japonaise et les mangas (1992 - 2000)


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Le fanzine Animapa sur l'animation japonaise et les mangas fut créé par Philippe Lhoste dans les années 90. C'était un fanzine très particulier dans le sens où il était diffusé uniquement aux contributeurs du dit fanzine; c'est ce que nous pourrions appeler aujourd'hui un fanzine participatif.

Ce fanzine aura 25 numéros (si on compte le numéro 0), de Février 1992 à Janvier 2000, soit huit années d'une grande aventure humaine pour ceux qui y ont participé. Pour rappel, nous étions à l'époque pré-Internet où partager sa passion sur l'animation japonaise et les mangas était extrèmement difficile, surtout pour les non parisiens, et mal vu des gens dits "normaux". C'était une époque où il fallait taper à l'ordinateur ou à la machine à écrire ses articles, les envoyer par la poste, les photocopier...  bref, un autre monde où il fallait prendre son temps et où tout n'était pas accessible immédiatement.

Quelques grands noms du milieu de la japanime française auront participé à ce fanzine, comme Yvan West Laurence, Cédric Littardi...

L'aventure commence dans un autre fanzine, Sumi Joohoo numéro 0 de novembre/décembre 1991, où Philippe expose son concept. Voici le texte complet du manifeste (j'ai juste supprimé l'adresse postale de Philippe dans la photo ci-dessous).

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Canalblog Revue Animapa Manifeste
"Projet de création d'une APA

Philippe Lhoste

Je propose ici de créer une APA ayant pour thème l’animation, et en particulier l’animation japonaise, ainsi que tout ce qui gravite autour : mangas, BGM (BOF en français), maquettes, etc.

Qu’est-ce qu’une APA ? Aha, en voilà une question qu’elle est bonne ! Une autre question ?
Par exemple, que veut dire cet acronyme ? Ça c'est facile, ça veut dire Amateur Press Association. En effet, c'est un concept né aux Etats-Unis, où il est très prospère (yop-là-boum). Il y a là-bas des APA sur tous les thèmes imaginables, et il existe même un annuaire les recensant. En France, il n’y en a que deux à ma connaissance.

Tout ça ne vous dit pas ce qu'est une APA, me direz-vous. Vous avez raison. En résumé, une APA est une association informelle, sans but lucratif, composé de 10 (minimum vital) à 40 (maximum pour éviter l’asphyxie) membres. Ces membres, les apaïens envoient régulièrement (périodicité à définir, mensuelle, bimestrielle…) une participation (ou aparticipation ou contribution ou contrib), qui peut être une lettre où il parle de sa passion et répond / réagit éventuellement aux contribs des autres, un article sur sa série ou son auteur préféré, une fiction, des dessins, etc.
Les contributions sont envoyées à un responsable qui, après une date limite, les réunis recto-verso et en fait une photocopie reliée à autant d'exemplaires qu'il y a de membres et les envoie à chacun. Qui le lit et prépare sa contrib pour le prochain, et ainsi de suite. Au fil des numéros, on en vient à se connaître et à dialoguer, ce qui fait tout l’intérêt d’une APA : pouvoir donner son opinion, connaître celle des autres, échanger des idées et des informations.
Le tout est financé par un compte individuel que chacun alimente régulièrement, et qui est débité par les frais d’impression et d’envoi (uniquement ! C’est entièrement bénévole. En cas d’abandon, le compte est remboursé).

L'intérêt est que la liberté d'expression est totale : il n'y a personne pour sélectionner ou censurer. On peut y mettre ce qu’on veut (de préférence dans le thème choisi). Il n’y a pas de limitation de place, il est seulement demandé d’envoyer des feuilles entières pour simplifier la pagination. La contrib minimale est d’une page, il n’y a pas de maximum (dans des limites raisonnables, pour votre roman, demandez à un éditeur, ou alors envoyez-le sous forme de feuilleton). Il est très fortement recommandé de dactylographier sa participation, ou à la rigueur d’écrire très lisiblement, sur une feuille de format A4 (21x29,7 cm) (ou A5, la moitié, si ce format est adopté et si c’est possible).

L'originalité du concept est que ce sont ceux qui écrivent les articles qui financent leur diffusion. Deux types de financement sont possibles (entre autres) :
Le système originel, veut que chacun paie la duplication de sa participation. Certains envoient même leur contrib, déjà dupliquée (permettant un contrôle précis du prix et de la qualité). Mais c'est assez injuste puisque les plus actifs doivent débourser plus, et ceux qui ne participent pas à un numéro donné ne payent que les frais d'envoi (ou ne reçoivent rien...). Une variante plus égalitaire fait payer aux non-participants une partie du financement du tirage.
Une autre système fait tout simplement payer à chaque membre recevant un exemplaire les frais d’impression de ce numéro, plus les frais d'envoi. C'est plus éloigné du concept original d'APA, mais plus simple à gérer et plus égalitaire. C'est celui qui est adopté dans les APA françaises (APA de SF et APA de rock).
Dans tous les cas, il est fortement incité à participer, l'altitude "abonnement passif à un fanzine" étant découragée, s'il le faut par exclusion en cas de non-participation répétée. On peut rater une participation, par manque de temps généralement, mais trop d’absences peuvent être sanctionnées.

Pour que cette APA démarre, il faut des participants. Je demanderai donc à tous ceux qui sont intéressé de m'envoyer une première lettre, avec évidement votre nom et adresse complète, une courte présentation de vous-même et de ce qui vous intéresse, et des votes : quelle fréquence préférez-vous, quel format (A4 permet une bonne reproduction des dessins, A4 réduit à A5 fait faire des économies de duplication et de frais d’envoi), quel système de financement désirez-vous, quel nom suggérez-vous pour cette APA ? (Par exemple, APAnime ou jAPAnimation, bien que je n'aime pas trop ce dernier terme. APA dans le titre n'est pas obligatoire mais préférable.)

Je prends en charge provisoirement les frais de ce premier numéro constitué de vos lettres. Si j’ai suffisamment de réponses, il sera déduit de vos futurs comptes, sinon, j’en serai de ma poche, mais j’en prends le risque. C’est pourquoi je vous demande de ne pas m'envoyer de chèque avec votre première contrib. Mais un timbre pour le retour serait apprécié. Réponse assurée dans tous les cas.

Tous à vos claviers, et envoyez votre prose à l’adresse donnée en haut de cette feuille ; A bientôt !"

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Voici l'ensemble des couvertures, avec leur date de parution; la date mentionnée est celle à laquelle j'ai reçu le fanzine et non pas la date figurant parfois sur la couverture qui était juste une date prévisionnelle de sortie du fanzine. Je mets aussi, pour quelques numéros, le nombre de participants et de pages pour vous donner une idée de son importance.

Chacune des couvertures était une création originale d'un des participants. Je mets ici la couverture et la quatrième de couverture, sauf dans les cas où cette dernière est la fin d'un article et non pas un dessin (exception du dernier numéro où, par nostalgie, j'ai voulu mettre les dernières lignes de ce fanzine qui m'a beaucoup tenu à coeur et permis de rencontrer bien des personnes formidables).


Canalblog Revue Animapa00 Recto
Numéro 0 Février 1992, dix participants, 24 pages

Canalblog Revue Animapa01 Recto

Canalblog Revue Animapa01 Verso
Numéro 1 Mai 1992, 76 pages

Canalblog Revue Animapa02 Recto
Numéro 2 Juin 1992

Canalblog Revue Animapa03 Recto

Canalblog Revue Animapa03 Verso
Numéro 3 Août 1992

Canalblog Revue Animapa04 Recto

Canalblog Revue Animapa04 Verso
Numéro 4 Octobre 1992

Avec le numéro 5, Animapa fait deux volumes du fait du nombre des participants et de la taille des contribs. On est à la période forte du fanzine, qui durera presque trois ans jusqu'au numéro 15.

Canalblog Revue Animapa05 Tome01 Recto

Canalblog Revue Animapa05 Tome01 Verso

Canalblog Revue Animapa05 Tome02 Recto
Numéro 5 Décembre 1992, tome 1 88 pages, tome 2 80 pages

Canalblog Revue Animapa06 Tome01 Recto

Canalblog Revue Animapa06 Tome01 Verso

Canalblog Revue Animapa06 Tome02 Recto

Canalblog Revue Animapa06 Tome02 Verso
Numéro 6 Mars 1993

Canalblog Revue Animapa07 Tome01 Recto

Canalblog Revue Animapa07 Tome01 Verso

Canalblog Revue Animapa07 Tome02 Recto

Canalblog Revue Animapa07 Tome02 Verso
Numéro 7 Avril 1993

Canalblog Revue Animapa08 Tome01 Recto

Canalblog Revue Animapa08 Tome01 Verso

Canalblog Revue Animapa08 Tome02 Recto

Canalblog Revue Animapa08 Tome02 Verso
Numéro 8 Juillet 1993

Canalblog Revue Animapa09 Tome01 Recto

Canalblog Revue Animapa09 Tome01 Verso

Canalblog Revue Animapa09 Tome02 Recto

Canalblog Revue Animapa09 Tome02 Verso
Numéro 9 Septembre 1993

Canalblog Revue Animapa10 Tome01 Recto

Canalblog Revue Animapa10 Tome01 Verso

Canalblog Revue Animapa10 Tome02 Recto

Canalblog Revue Animapa10 Tome02 Verso
Numéro 10 Novembre 1993, 22 participants, tome 1 116 pages, tome 2 104 pages

Canalblog Revue Animapa11 Tome01 Recto

Canalblog Revue Animapa11 Tome01 Verso

Canalblog Revue Animapa11 Tome02 Recto

Canalblog Revue Animapa11 Tome02 Verso
Numéro 11 Décembre 1993

Canalblog Revue Animapa12 Tome01 Recto

Canalblog Revue Animapa12 Tome01 Verso

Canalblog Revue Animapa12 Tome02 Recto

Canalblog Revue Animapa12 Tome02 Verso
Numéro 12 Avril 1994

Canalblog Revue Animapa13 Tome01 Recto

Canalblog Revue Animapa13 Tome01 Verso

Canalblog Revue Animapa13 Tome02 Recto

Canalblog Revue Animapa13 Tome02 Verso
Numéro 13 Juin 1994

Canalblog Revue Animapa14 Tome01 Recto

Canalblog Revue Animapa14 Tome01 Verso

Canalblog Revue Animapa14 Tome02 Recto

Canalblog Revue Animapa14 Tome02 Verso
Numéro 14 Janvier 1995

Canalblog Revue Animapa15 Tome01 Recto

Canalblog Revue Animapa15 Tome01 Verso

Canalblog Revue Animapa15 Tome02 Recto
Numéro 15 Juin 1995

Canalblog Revue Animapa16 Recto

Canalblog Revue Animapa16 Verso
Numéro 16 Novembre 1995 - nous repassons à un tome seulement, 8 participants, 96 pages

Canalblog Revue Animapa17 Recto

Canalblog Revue Animapa17 Verso
Numéro 17 Janvier 1998, 5 participants, 26 pages.
Animapa revient après une absence de deux années, la lassitude se fait sentir, le nombre de participations a chuté, plusieurs personnes ne reviendront plus... dommage.

Canalblog Revue Animapa18 Recto

Canalblog Revue Animapa18 Verso
Numéro 18 Mars 1998

Canalblog Revue Animapa19 Recto

Canalblog Revue Animapa19 Verso
Numéro 19 Juin 1998

Canalblog Revue Animapa20 Recto

Canalblog Revue Animapa20 Verso
Numéro 20 Octobre 1998

Canalblog Revue Animapa21 Recto

Canalblog Revue Animapa21 Verso
Numéro 21 Mars 1999

Canalblog Revue Animapa22 Recto

Canalblog Revue Animapa22 Verso
Numéro 22 Juin 1999

Canalblog Revue Animapa23 Recto

Canalblog Revue Animapa23 Verso
Numéro 23 Août 1999

Canalblog Revue Animapa24 Recto

Canalblog Revue Animapa24 Verso
Numéro 24 Janvier 2000, 4 participants, 24 pages (il y a un rectangle blanc car j'ai supprimé les noms des contributeurs).

Dernier numéro et fin d'une belle aventure papier mais Internet est là et prends le relais :-)


Posté par David Yukio à 22:47 - Livres, revues... - Permalien [#]

10 février 2013

Revue Génération 4 n°31 Mars 1991 - Akira, Mourir pour le Japon, Rêves d'enfants

 
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Notes liées dans mon blog : Liste articles mangas et dessins-animés


Le numéro 31 de la revue Génération 4 de Mars 1991 conserve dans mon esprit une place particulière puisque c'est la première fois que je lisais dans une revue grand public des articles consacrés aux mangas et à l'animation japonaise.

Cette revue sur les jeux vidéos nous a offert ce mois là trois excellents articles sur des mangas traduits, enfin, en français, à savoir l'immense Akira, Gen d'Hiroshima (Mourir pour le japon) et Rêves d'enfants.

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"Débarrassez vos étagères, faites place, voici venir la première BD mondiale du XXIe siècle: Akira. Une saga qui s'étire sur plus de 2000 pages. Un vrai phénomène de société au Japon; près de deux millions de lecteurs. L'histoire? 2019. Sur les ruines de Tokyo dévastée par un holocauste, Neo Tokyo, une mégapole tout aussi impressionnante, élève ses tours. Violence, drogue et état policier se déchirent la ville. Une bande de motards menée par Kaneda va se retrouver mêlée à un conflit politico-militaire dans lequel sont impliquées les plus hautes instances de Néo-Tokyo. Lors des courses, Tetsuo, un des membres du gang et ami d'enfance de Kaneda, est blessé en entrant en collision avec un petit garçon. Enlevé par des scientifiques militaires, Tetsuo transformé en cobaye va peu a peu prendre conscience du pouvoir qui le dévore. "Contacté" mentalement par Akira (que toutes les instances essayent de manipuler), il va s'échapper et tenter de le retrouver avant de ne plus contrôler ses nouveaux pouvoirs psychiques. Parti à la recherche de son ami, Kaneda va rencontrer des terroristes qui essayent de renverser le régime en approchant ce mystère Akira (que je ne dévoilerai pas). Ça a l'air simple, mais croyez-moi ça ne l'est pas et même l'auteur, Katsuhiro Otomo, a bien du mal à se dépêtrer de cette interminable et haletante saga qui dure depuis sept ans au Japon et aborde des thèmes de plus en plus philosophiques (la légende veut que ce soit Jodorowski lui-même qui ait soufflé la fin à Otomo, mais il faudra attendre au moins un an pour que le dernier volume paraisse au Japon et voir). Quoi qu'il en soit, c'est la claque! Même si à force d'en parler, le pétard est un peu mouillé, la sortie d'Akira dans un format enfin normal, cartonné et diffusé dans toutes les bonnes librairies, est un petit événement. Vous allez enfin pouvoir découvrir ce qui passionne les Japonais depuis 84 : une série si vaste et plébiscitée qu'un dessin animé de long métrage avec une première fin parabolique a été tournée en 1988. Et pour ceux qui aiment les belles images dessinées, pourquoi ne pas aller faire un tour au Japon, puis aux USA pour découvrir les secrets de fabrication de ce qui s'annonce comme un dessus grands best-sellers mondiaux et de toute façon, la première BD à réunir (non sans mal) l'Orient et l'Occident (si l'on excepte les estampes).

La BD au Japon est une affaire sérieuse. D'abord on dit manga (traduisez image drôle). Ensuite il y a plus de 3 millions de lecteurs, de tout âge et de tout sexe. Achetés comme un journal, ces pavés noir et blanc de 300 pages sont lus dans le métro ou le bus et abandonnés tout de suite après (quand je pense qu'on a du mal à les trouver en France...). Il existe même des distributeurs automatiques pour les accros noctambules ou insomniaques. Et comme dans la nature, il y en a pour tous les goûts: de la romance à l'eau de rosé au polar sexe ultra-violent en passant par l'humour gag et même un Spiderman bridé! Kodansha, l'honorable et heureux éditeur d'Akira, se définit lui-même, et sans fausse modestie, comme une compagnie moyenne, avec ses tirages moyens de 1,5 million d'exemplaires par semaine et ses bénéfices nets de 2 milliards de francs. Moyen quoi...

Akira a pour la première fois comblé le fossé culturel. Mais de quelle profondeur était ce fossé? Premier gouffre: les Japonais écrivent et donc lisent verticalement de droite à gauche. Au début, migraines et embrouilles garanties pour la VO (de toute façon incompréhensible pour ceux qui ne lisent pas le Japonais dans le texte). Il suffit en fait de les lire... avec un miroir. C'est sur ce principe physique tout bête qu'Epic, la branche adulte de Marvel, va pouvoir adapter Akira sur les marchés occidentaux. C'est ce travail-là, cette collaboration éditoriale et artistique toute bête en apparence, gui se révèle être une grande aventure. A partir des pages originales d'Otomo, des tirages photo inversés sont envoyés aux Etats Unis avec une première traduction Japonais-Anglais. C'est à New York, chez Marvel, que les bulles verticales, les onomatopées et autres cris stridents sont gommés sur ce tirage et les traits redessinés de telle façon qu'aucune retouche ne soit visible. Pendant ce temps la traduction est retravaillée par un pro du dialogue. Imaginez sa peine quand une idée s'exprime en trois mots en Japonais; il lui en faut au moins 10 en Anglais (et 25 en Français). "

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"Les corrections apportées, le texte rédigé et les bulles horizontales correspondantes, sont indiqués sur la nouvelle page. Le tout est alors envoyé au Japon pour contrôle. Une fois la totalité de ces modifications dûment visée et approuvée par Otomo ou ses honorables assistants mandatés, le paquet repart pour les Etats-Unis, direction le lettreur. Ce dernier dessine les nouveaux ballons et écrit les textes à l'intérieur. Une fois son boulot achevé et les fautes corrigées, devinez où vont les pages? Au Japon! D'autres honorables assistants vont cette fois vérifier si chaque personnage dit bien son texte et non pas celui d'un autre et si les bulles sont assez bien dessinées. C'est au coloriste de rattraper le bébé. Steve Oliff va d'abord indiquer sur des photocopies sa vision couleur de la page. Il indique les lumières, les ambiances... et renvoie le tout au Japon. Une fois l'accord donné, il peut s'attaquer à la phase informatique. En effet, le petit père Oliff, aidé de son équipe les "Olyotpics Computer Crew", s'est déjà fait un nom dans la BD américaine. Il utilise le procédé Pixelcraft couplé avec un scanner et un traitement de texte graphique pour obtenir des couleurs beaucoup plus nuancées et surtout retravailler au point par point les modelés ou les effets de lumière. Le tout, sauvegardé sur disquette, est enfin envoyé à l'imprimeur. Les chromalins sont envoyés à nouveau au Japon, pour un dernier contrôle de qualité.


Peu à peu, tous les pays viennent à Akira. L Allemagne, le Portugal, la France, l'Italie, l'Espagne ont craqué, ces trois derniers pays s'associant pour éditer deux fois par mois un magazine au format légèrement plus grand que les Comics et à la présentation quelconque. Suite à ces cafouillages la parution est devenue mensuelle, comme tout magazine qui se respecte.


Pour bien commencer l'année, Glénat nous offre donc le premier tome tant attendu de l'intégrale d'Akira. Présentée sous un format de qualité avec une maquette audacieuse, cette parution souffre malheureusement d'une traduction approximative. Quoiqu'il en soit, les 180 pages de ce premier volume plongent très rapidement le lecteur dans l'histoire qui démarre sur les chapeaux de roue. Toute la force du trait et des cadrages explose au fil des pages, et on s'attache immédiatement aux divers personnages. Un album à posséder absolument.


Pour en savoir plus sur les mangas, un fanzine semestriel, Mangazone, peut se révêler intéressant. Son adresse: Mangazone, association Saga, 68 rue Jacques Prévert, Bât. G, Appt 141, 95320 St-Leu-La-Forêt. Sinon une librairie spécialisée dans l'import et la vente par correspondance: Dangereuses visions, 81 rue de la Monnaie 59800 Lilles.

Bien qu'au Japon toutes les BD les plus appréciées fassent tôt ou tard l'objet d'une adaptation à la télé ou au cinéma (dessins animés, feuilletons ou films), Otomo était contre ce genre de vulgarisation de son oeuvre maîtresse Akira. Son scénario était trop dense, le nombre de personnages et de détails trop important, selon lui, pour être correctement adapté. Mais devant l'engouement et la pression du public, Otomo a cédé. II devient pour l'occasion scénariste, adaptateur, "designer", scripte et réalisateur d'un "film". Il ne garde que la trame de l'histoire d'Akira, ainsi que les décors, la mégapole Neo Tokyo, une ville tout droit sortie du monde cyberpunk imaginé par l'écrivain William Gîbson (Neuromancer).


L'histoire débute toujours par la destruction de Tokyo par une force inconnue. Puis, saut dans le temps, on se retrouve en 2019 dans un Neo Tokyo reconstruit sur les ruines de la capitale japonaise. Les vingt premières minutes sont d'ores et déjà d'anthologie. Une succession de cascades et de poursuites en moto au coeur d'une ville sinistre et violente. En toile de fond, une guerre de gangs sauvage, sans pitié, avec Kaneda, un des chefs et Tetsuo, son ami, gravement blessé par un enfant aux pouvoirs para-nor¬maux. Suite à cette blessure, il développe des pouvoirs psychiques incontrôlables, qui pourrait bien cette fois aboutir à la libération d'Akira, un terrible secret capable de détruire la terre toute entière. Le projet est financièrement et artistiquement si monstrueux à monter que 8 grosses compagnies japonaises (dont Bandai, Laserdisc Corporation et Kodensha, l'éditeur de la manga) se regroupent sous le nom d'Akira Comitee pour réunir les 7 millions de dollars nécessaires à la production du film. Fan de Walt Disney, Otomo fera honneur à son modèle. 160.000 dessins, soit trois fois plus que pour n'importe quel dessin animé "normal", ce qui donne une fluidité et une animation dignes d'un véritable film. Otomo n'hésita pas à utiliser d'ailleurs les meilleures techniques d'animation occidentales et les meilleurs techniciens en la matière. Avec en plus une palette de 327 couleurs dont 50 créées spécialement pour le film, le résultat est à vous couper le souffle. La bande son n'est pas en reste, alternant des périodes de calme et d'apocalypse sonore, les musiques rappelant plutôt celle d'un véritable film. A voir absolument.

L.FOX
La BD Akira - L'autoroute est éditée par Glénat"


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"Hiroshima, avril 1945. La ville vit sous l'emprise de la guer­re. L'Empereur, même s'il sait que la bataille est perdue, exige une défaite honorable. Pour ia population civile du Japon, ce comportement héroïque se chan­ge rapidement en cauchemar. Mobi­lisation des adolescents, famine, abus de pouvoir et dénonciations se succèdent, sur fond continuel de propagande belliciste. Antimilitaris­te, la famille Nakaoka va subir la haine et les tracasseries d'une popu­lace embrigadée, pour qui la voix deJ'Empereur a remplacé les opinions personnelles. Tandis que nous suivons leur lutte au jour le jour pour la survie, face à la faim et au mépris de leurs concitoyens, la des­truction d'Hiroshima se prépare... pour l'exemple! Né en 1939, Keiji Nakasawa a six ans lorsque la bombe atomique tue son père, sa soeur aînée et son frère cadet. Mar­qué à vie par cet événement, il lui consacrera la quasi-totalité de son oeuvre. En 1968, il publie Sous la pluie noire, une première vision de l'horreur d'Hiroshima, qu'il achèvera avec Soudain un jour en 1970. Puis, son récit devient autobiographique avec Mourir pour le Japon, publié à partir de 1972, qui raconte, presque au jour le jour, les quatre derniers mois que vécut sa famille à Hi­roshima avant la catastrophe. Té­moignage cru et direct, Mourir pour le Japon, malgré son gra­phisme hésitant (mais néanmoins typique des mangas japonais), est un indispensable réquisitoire contre la guerre. À lire absolument.
Darvirk RANDALK"

"La couverture l'annonce clairement, j'ai bien entre les mains le tome 1 de Rêves d'enfants, mais où est la fin! Katsuhiro OTOMO dans cette bd au dessin épuré, où la recherche dans les graphismes des décors, avec une trame onirico-policière, laisse percevoir le vide des grandes cités qu'elles soient françaises ou japonaises. L'histoire est simple, une série de meurtres inexpliqués à lieu dans une cité, les hommes en charge de l'enquête ne délaissent aucune piste et vont même jusqu'à émettre l'hypothèse d'un phénomène surnaturel. ..mais pourquoi tout révéler. L'action se situe dans trois lieux, la salle de réunion de la police locale, l'immense cité de cette banlieue japonaise et surtout point de passage de tous les enfants et seul lieu de communication et d'échange de ce microcosme : la place de la cité, sorte d'Agora des temps modernes. Tout le livre s'attache à décrire la vie de cet échantillon de civilisation, en insistant sur les maux de la société japonaise; l'angoisse des jeunes, le replis sur soi et cette non-communication responsable de toutes les rumeurs, seules informations que peuvent recueillir les policiers. L'histoire bien que banale permet à l'auteur d'exposer au travers de dessins sobres (noir et blanc) et riches en détails et grâce à des dialogues quelque-fois incohérents, toute la richesse du titre. Il illustre un univers de rêves dans un monde qui en est privé. Mais où donc est la fin

C. SLAHOUI"


Et puis, cerise sur le gâteau, une adresse postale (pas de lien Internet ni d'adresse mail à l'époque :-) ) du magazine Mangazone, référence pointue sur le sujet, et aussi celle de la librairie Dangereuses Visions de Lilles où j'ai acheté par correspondance beaucoup de mangas traduits en anglais, dans une édition US bien en avance sur la France!
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03 février 2013

Goldorak - Télé 7 Jours numéro 944 du 03 juillet 1978


 

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Pour les fans d'animation japonaise en France, il est une date qui constitue l'Alpha et l'Omega : le Lundi 03 Juillet 1978 c'est la diffusion du premier épisode de Goldorak dans Récré A2!

Voici le numéro de Télé 7 jours de cette époque, avec une sobriété dans l'annonce, "Goldorak Dessin animé japonais", qui ne laisse en rien présager du raz de marée médiatique qui va déferle sur la France. A vrai dire, cet épisode a été diffusé en catimini car la nouvelle responsable des émissions jeunesse ne croyait pas en cette série mais comme elle avait été achetée, il fallait bien la caser quelque part!

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27 janvier 2013

Goldorackett - Article sur Goldorak dans Lui numéro 182 de Mars 1979


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Dans le numéro 182 de Mars 1979 de la revue Lui, l'article "Goldorackett" de Louis Valentin dénonce l'hyper exploitation commerciale du célèbre dessin animé japonais Goldorak vis à vis des enfants mais aussi le tourbillon médiatique et économique qu'il déclencha en juillet 1978 quand il arrivé sur Antenne 2 dans Récré A2.

L'article est à charge, ironique et cynique avec un ton grinçant mais, très intéressant aussi, on apprend beaucoup de choses sur Jacques Canestrier, sur l'arrivée de Goldorak en France, la francisation des attaques, le fait qu'on aurait pu voir d'autres dessins animés japonais à la télévision française bien plus tôt si on l'avait écouté et aussi comment ce succès fut, selon l'auteur de l'article, minutieusement planifié par les japonais...

Et, surtout, cet article est sorti moins d'un an après l'arrivée de Goldorak en France, ce qui en fait un témoignage à chaud sur la première vague de japanimation dans notre pays.

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"Tout ça, c'est une question de génération. Pour les parents qui s'épanchent sur leur passé, Gueule de rat c'est le fascisme en habit spatial... Pour les petits enfants du siècle, Goldorak, c'est le «robot des temps nouveaux», pas du tout un tueur de l'espace, mais un «ami des hommes». Et ça marche! C'est super-manne.
 
Il court, il court Goldorak! Formidable robot des temps nouveaux, héros des enfants à lecture globale et mathématique moderne, génie qui a fait remiser le skate-board derrière les livres intacts de la Bibliothèque verte, le meccano de Noël encore sous cellophane. Malgré les rimes grippales de Pierre Delanoë interprétées par le cachexique prodige Noam, le disque Goldorak a fait pâlir, cette année, un autre héros né de la paléontologie du gramophone : «Petit papa Noël». Cinq cent, six cent, huit cent mille exemplaires vendus. Certains disent un million. Barclay, lui, ne dit rien mais ses yeux et son cigare lancent des étincelles de bonheur lorsqu'on parle de Goldorak. Il est devenu son second Aznavour. Les psychologues, les psychiatres, tous les coupeurs de « psi » en quatre se jettent sur leurs divans, farfouillent dans leurs ego afin de découvrir les raisons pour lesquelles ce robot en plastique, « astéro-hache » au poing, a supplanté papa, maman, la bonne, le moi. Goldorak fait pleurer Blanche Neige, Zorro, Invahoé, Robinson des Bois et Robin Crusoé (on ne sait plus). Devant lui, Petit Poucet se sent perdu et Alice ne croit plus aux merveilles...

Goldorak serait certainement resté dans sa boîte, à Tokyo, si un méridional garanti 100% accent et farigoule n'était allé le chercher « fulguropoing » dans les ateliers de la Toei Animation, la plus grosse boîte de dessins animés japonais, et ne l'avait imposé « hélico-punch» à la Télévision française... Ce méridional s'appelle Jacques Canestrier. Retenez bien son nom.

Canalblog Revue Lui182 04Tout passe par les arrière-boutiques des fabriquants de jouets, de T-shirts, de moutardes, qui en ont fait la plus florissante affaire des vingt dernières années...

Dans quelques décennies, il supplantera celui de Charles Martel, de ses Arabes, de Poitiers.

Directeur de production, directeur des programmes télévision pour le Tiers-monde, producteur privé pour le compte du cinéma et de la télévision, Canestrier lance avec Yves Ciampi « Oum le Dauphin » qu'il fait fabriquer au Japon et que les télévisions s'arrachent. A  une époque où le cinéma s'emmêle la pellicule, où la télévision, alors dominée par la Sfp, cherche son second souffle, où la vidéo-cassette montre à peine le bout de son nez, Jacques Canestrier monte sa propre boîte sans apports, ni fortune personnelle. Il est bosseur. C'est tout. En France, quand on n'a pas d'argent, il faut une idée et, Eurêka, Canestrier a la sienne. Il part pour le Japon, achète un dessin animé intitulé Grendizer, le rebaptise Goldorak, le coupe en épisodes, intéresse une multitude de fabricants qui sortent aussitôt une série impressionnante de produits dérivés. Puis Canestrier échafaude un merchandising à l'américaine et prépare des vidéo-cassettes et un long métrage à la gloire de son héros. L'avenir du cinéma ne se passe plus au Fouquet's mais à bord de la Japan Air Lines, et surtout dans l'arrière-boutique des fabricants de jouets, de tee-shirts, de cartes postales, de moutardes, de posters, chez tous ceux qui ont fait de Goldorak la plus florissante affaire commerciale de ces vingt dernières années.

Aujourd'hui, Antenne 2, la chaîne miracle du président Ullrich, batifole de tous ses maillons. Dans les bureaux et surtout dans tous les couloirs, le jeu consiste à savoir qui a eu le nez suffisamment bien fait pour coincer ce Goldorak qui pulvérise, par son écoute, les autres chaînes. C'est moi, c'est pas lui, c'est nous. Qui ? A la fin, qui ? Jacques Canestrier n'aime pas la question. Il se contente de bredouiller : « A plusieurs reprises, à l'époque de l'Ortf, j'avais proposé des dessins animés japonais qui s'inspiraient de la bande dessinée. C'était alors une innovation et je pensais que les responsables de la Télévision y seraient sensibles. On m'opposa un refus catégorique. Un téléviseur est un jouet cher qui ne peut être manipulé par des enfants... Les programmes devaient être étudiés pour les adultes et non pour les gosses, rester traditionnels. Après tout, les sales mômes pouvaient très bien rester dans leurs chambres et lire leurs bandes dessinées habituelles.

Puis est survenu l'éclatement des trois chaînes et, avec lui, la concurrence, la volonté d'accaparer le public «jeune». Lorsque j'ai sélectionné Candy et Goldorak, je pensais qu'une des trois antennes pouvait essayer mon produit qui correspondait à ce que les enfants voulaient voir, à l'esprit de leurs bandes dessinées. Guy Maxence et Gérard Calvet, alors chargés des dessins animés pour la jeunesse, me reçurent à A2. Ce fut un rude travail de persuasion. Le graphisme de Goldorak, son animation, relevaient d'une conception trop audacieuse. On l'acheta, mais on le mit dans un tiroir. Lorsque Jacqueline Joubert prit ses fonctions de directrice du Service Jeunesse, elle découvrit mon robot et fit la moue. Il ne correspondait pas à l'idée de la politique qu'elle voulait entamer, d'autant que la nouvelle direction des programmes amorçait une levée de boucliers contre la violence de certains feuilletons étrangers. »


Canestrier est un gentleman. En fait, Jacqueline Joubert qui a du nez mais un nez davantage refait pour les caméras que pour les affaires —, refusa net et sec ce Goldorak qui (sussurraient certaines éminences grises à-copains-à-placer) était d'une violence extrême. Le bleu des missiles mêlé au rouge des éclairs, aux violets in-sou-tenables des hélico-punch et astéro-hache faisait dresser les cheveux sur la tête. On dénicha dans les tiroirs de la Défense pour l'Enfance, une série de vieilles barbes. «Tu me tiens, je te tiens... ». A ce jeu, les barbes découvraient mille qualificatifs : « C'est laid, c'est japonais, c'est incompréhensible, ça fait peur, ça éveille Thanatos, ça émoustille Eros, c'est dégueulasse, malsain, mal fait, contaminé, contaminant. C'est con ». Il est certain que les « corno-fulgure » n'étaient pas faits pour rassurer certains cocus qui se sentaient trahis et voyaient leurs tranches menacées. Malgré tout il faut bien amortir les dépenses Jacqueline Joubert chercha dans ses grilles récemment augmentées par le président Ullrich, une petite place pour Goldorak. Elle le programma le 4 juillet à raison de deux épisodes par semaine. En période de vacances, il risquait de passer inaperçu. Malgré les pronostics d'Albert Simon, juillet fut le mois le plus pluvieux de l'année, les enfants durent rester enfermés devant le petit écran et Goldorak devint, tout à coup, leur soleil...

Jacques Canestrier recevait les honneurs et l'assurance des sentiments les meilleurs de Madame Joubert qui, soudain, trouvait à « son robot-maison », le charme de James Bond, la grâce d'Arsène Lupin, le génie de Jules Verne et un « je-ne-sais-quoi » qui fait le succès des produits William Saurin, l'un des plus gros annonceur de la chaîne. Canestrier essaya bien d'expliquer qu'il était certain du succès, qu'il l'avait testé sur la Rai en Italie, qu'il s'y était taillé un triomphe. La Rai ? Valait mieux oublier. Le succès vient toujours de France, de son Secam et de ses pontes : en l'occurrence Jacqueline Joubert et le président Ullrich. D'autre part, avec Geneviève Coquelin, la responsable du service commercial d'Antenne 2, Canestrier entreprenait une prospection en règle auprès des fabricants de produits pour enfants. C'était au Salon du Jouet 1978. Tout le monde s'arrachait Goldorak. Mais la rogne et la grogne persistait rue Cognacq-Jay. Les syndicats des techniciens d'A2 allèrent jusqu'à placarder des tracts anti-Goldorak : « Goldorak=Amin Dada=Hitler=Fascisme ».

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A travers le petit écran, Goldorak écrase de sa force le Japonais moyen, indigne de se comparer à lui — à moins de servir corps et âme le consortium qui l'emploie...


Un mot galvaudé qui remplace le « Na ! » de l'enfant à qui l'on refuse une sucette. Goldorak n'échappa au massacre qu'au mois d'octobre. Plus personne n'osait l'attaquer. Il était devenu célèbre. Aujourd'hui, à Antenne 2, on admet que 99,9% du courrier reçu à Récré A2 concerne Goldorak. Goldorak est coté en Bourse, celle des enfants qui consacrent à ses gadgets, tout leur argent de poche. Jacques Canestrier ne connaît même pas le chiffre d'affaires de son robot : « Tout s'est passé si vite ! Je sais que l'on compte environ quatre-vingts produits créés autour de lui. Les éditions Télé-guide furent les premiers à lui faire crédit en lançant un journal. Le N° 1, tiré à 150000 exemplaires, s'est vendu en cinq jours, le N° 2, tiré à 220 000 a été épuisé en quatre jours, le N° 3 (250000 exemplaires) a disparu des kiosques le premier jour... ».

En janvier, Goldorak est devenu hebdomadaire et l'on prévoit déjà une vente d'un million d'exemplaires par mois. Avant Télé-guide, Canestrier contacta les éditions Dargaud. L'éditeur refusa. Il trouvait que le dessin n'était pas à la hauteur de ses productions habituelles. Où va se nicher la considération du jeune public ! Certains racontent que Dargaud regrette de ne pas s'être penché davantage sur la néo-psychologie enfantine. Albums, posters géants, jeux des familles édités par le même Télé-guide ont été épuisés en quelques semaines. Puis cela a été le tour des auto-collants (vingt-cinq millions de pochettes vendues en un mois, tee-shirts, sacoches, blousons, porte-clés, masques, panoplies ont pulvérisé les ventes durant la période de Noël.

Canestrier fait les yeux ronds : « C'est la folie. Tous les jours, les fabricants viennent me proposer leurs offres de service. Amora veut des verres pour sa moutarde, Motta, des emballages pour ses glaces. Un grand parfumeur me téléphone deux fois par jour pour que je lui cède les droits pour une eau de toilette appelée « fulguro-poing ». Un cirque veut acheter mon sigle, un fabricant de chaises-longues veut inonder les plages de sièges sidéraux. Mon bureau est devenu la Foire du Trône. Marchands de réglisses, de bretelles, de chaussures, d'alimentation, font la queue devant chez moi. Mais c'est le robot en matière plastique qui remporte tous les suffrages. Il est fabriqué par la firme américaine Mattel. Son corps est fait à Taïwan, sa tête en Italie. On craint que sa fabrication ne puisse suivre la demande et pourtant plus de cinq cent mille sont prévus pour la France. Suivront des soucoupes volantes, des films super-huit, d'autres robots plus sophistiqués encore, d'autres jeux de société, des Goldorak géants... Je suis obligé de juguler les phantasmes des fabricants qui m'entraîneraient dans la création d'objets qui ne sont pas toujours pour les enfants ou les personnes bien pensantes... »


Antenne 2, qui trouve maintenant que Goldorak est bien fait, touche un tiers des royalties versées par les fabricants sur le prix de gros hors taxe. Cet argent ira au service Jeunesse d'A2 pour enrichir les programmes et acheter d'autres séries de science fiction du même style. Car Canestrier a définitivement ouvert le marché du dessin animé japonais en Europe. Pour deux ans, trois peut-être. Les Nippons ont le chic pour tuer la poule aux œufs d'or. Que s'est-il passé dans leurs petites têtes bridées pour créer ce robot ? Canestrier qui connaît tous les « dan » de la lutte japonaise pour conquérir le marché occidental, a suivi, au boulon près, la gestation de Goldorak. « Les Japonais, dit-il, ont toujours estimé que leur force militaire ou économique venait d'une structure nationale (kokutai) combinant une théorie sociologique de la famille et un irrationalisme mythologique exaltant l'origine divine de la dynastie impérialiste. L'essor de la société industrielle réside toujours dans le maniement conscient de mécanismes économiques et sociaux et dans l'application de la tradition dans la mesure où elle est efficace. Voilà pourquoi tout Japonais dira que, dans le plus petit appareil Akai ou Sony, dans la moindre moto Yamaha ou Kawasaki, dans le moindre objet, pourtant copié sur l'Occident, sommeille un samouraï. L'élégance, la superbe de Goldorak sont les symboles du samouraï que le Nippon a toujours tenté d'imposer au monde occidental. A travers le petit écran, Goldorak écrase de sa force et de son arrogance, le Japonais moyen indigne de se comparer à lui, à moins de... A moins de servir corps et âme le consortium pour lequel il travaille, d'accepter une existence de plus en plus mécanisée dans des conditions de travail insupportables. »

Le hara-kiri. industrialisé. Certains sociologues spécialisés ès-asiatiques (ça existe) soutiennent la thèse suivante : « Goldorak-robot est un samouraï et ne peut être piloté par un simple mortel. Voilà pourquoi Actarus, son aéronaute, sera un extra-terrestre qui devra se métamorphoser en superman pour mériter de tenir les commandes. Il fait étrangement penser à ces kamikazes de la dernière guerre. Goldorak est lui-même un kamikaze. Vos enfants vous le diront. Il ne peut rejoindre sa fusée porteuse si elle vole à plus de trois cent mètres d'altitude. Encore et toujours ce rappel des avions-suicide, de ces héros à la poitrine ceinte de l'écharpe de soie frappée à la fleur de cerisier. Cette douce mythologie permet de faire oublier à ceux qui travaillent pour Goldorak que les objets qu'ils façonnent sont le fac-similé des héros de Star Wars, Rencontre du troisième type, Planète interdite et autres films de science-fiction américains. Qu'importe ! Les grandes firmes nippones connaissent la manière pour endoctriner à des fins commerciales, une main-d'œuvre fataliste. II ne faut pas oublier qu'il est déshonorant de changer plusieurs fois d'employeurs : au Japon, on entre dans une boîte à dix-huit ans. On n'en sort qu'à la mort comme les kamikazes.

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Goldorak a été conçu, par ordinateur, à la suite d'une étude de marketing sur tout ce qui marchait dans la presse dessinée, du Groenland à la Terre de Feu...

La Toei, où les ouvriers attendent cette issue sort six dessins animés d'une demi-heure par semaine, soit six fois plus que Walt Disney. Elle « utilise » deux cents personnes payées à l'année et quatre cents spécialistes rémunérés au coup par coup. Que l'on imagine Hergé, le père de Tintin, épaulé pour chacun de ses dessins, par deux cents ou trois cents assistants ! C'est de cet ordre-là... Résultat : Goldorak ne coûte que dix mille francs la minute alors que soixante secondes de dessin animé français pour la télévision reviennent à trente-cinq ou même cinquante mille francs. Leur défaut : ils se ressemblent tous. Canestrier a croisé plus de dix robots du style Goldorak dans les usines Toei. « II faut espérer qu'ils ne seront pas tous programmés en France. Cela créerait un phénomène de rejet, une lassitude que le public des enfants japonais ne ressent pas. Nourris dans le sérail de l'industrialisation, ils en connaissent et en admettent les détours. Au Japon, tous ces cartoons sont amortis, rentabilisés et bénéficiaires. A la limite, ces énormes consortiums n'auraient pas besoin de vendre leurs produits à l'Occident mais les japonais veulent réussir à tout prix leur conquête américaine et l'on peut penser qu'ils y sont parvenus si l'on considère que les  Etats-Unis ont été récemment contraints de riposter à leur importation massive de produits nippons par une baisse vertigineuse du dollar.

Jamais, jusqu'à ce jour, les Japonais n'étaient arrivés à percer le marché européen au niveau du cinéma ou du feuilleton télévision. Le public occidental n'était pas familiarisé avec les acteurs asiatiques. Alors, ils ont essayé avec le dessin animé où il était facile de faire porter yeux bleus et crinière blonde aux personnages. Cela n'a pas marché non plus. Le monde de l'économie occidentale ressentait une sorte d'allergie aux produits japonais, d'autant qu'ils étaient le plus souvent la résultante d'un espionnage industriel que l'on n'est jamais parvenu à juguler. Goldorak est le premier à avoir réussi son entrée sur la scène européenne. Comme tous les produits japonais, il a été le fruit du travail d'une équipe qui a fait, froidement, une étude de marketing à partir de tout ce qui marchait dans la presse dessinée du Groëland à la Terre de Feu. Informations mises bout à bout, Goldorak a été conçu par l'ordinateur japonais, un ordinateur un peu mièvre puisque tout le monde s'accorde à reprocher à Goldorak d'être un dessin animé de très moyenne qualité. Les personnages se contentent d'ouvrir de temps à autre la bouche et les yeux, les images sont désespérément fixes.

Que sont devenus nos bons Donald d'autrefois ? Canestrier qui décidément à découvert la tactique pour défendre à tout prix son film à la réponse facile : « Un dessin statique, animé au moment opportun, suffit à l'enfant. Si la construction dramatique est bien faite, il saura faire appel à son imagination pour recréer le mouvement. Et c'est précisément ce qui se passe. Demandez à vos fils. Pour eux, Goldorak est très animé, aussi animé qu'un Walt Disney avec ses vingt-quatre images-seconde. Ce qui les fascine, ce n'est pas la technique, c'est l'histoire à laquelle ils participent non seulement en tant que spectateurs, mais aussi en tant qu'auteurs puisqu'ils doivent faire un effort d'imagination et d'invention pour recréer toute une dynamique. C'est le principe de la bande dessinée. L'enfant sait décrypter le langage des dessins, la technique des plongées, contre-plongées, gros plans. Il connaît tous les signes cabalistiques : l'étoile éclatée pour indiquer une explosion, les « swiptch », les « vlaoooum », les « fuifff e », ces onomatopées spécifiques à tel claquement d'arme, tel bruit de pneu, telle vitesse. Goldorak emploie ce langage. Il est un code secret qui n'appartient qu'à l'enfant désireux de rompre avec un traditionnel imposé par ses parents et c'est à cause de cette rupture que les pédagogues et les psychologues se sont penchés sur Goldorak.

Daniel Fabre, ethnologue-folkloriste estime que Goldorak est le signe de la récupération des thèmes apocalyptiques dans la mythologie des gosses, un robot mes­sianique : « Ses dimensions eschatologiques sont bien perçues par l'enfant ». Certains voient dans Actarus, le proto­type du moi atteignant le surmoi. Le langage utilisé dans le feuilleton est aussi l'objet d'analyses. «Métamor­phose », c'est la prise de conscience, « transfert » : l'Oedipe, évidemment. Le tunnel qu'Actarus emprunte pour rejoindre son poste de pilotage, le cordon ombilical, le retour dans le ventre de la mère... D'ici à ce que Goldorak soit programmé à Vincennes sur les bancs des lacanistes, il n'y a qu'un pas. A une époque où tout doit être mis sur carte perforée Goldorak devient, par le canal de quelques torturés mentaux, la résultante d'un trouble neuro-affectif à composante schizophrénique ou panaroïaque de l'enfant. Il est, pour les plus de quarante ans, l'Hitler que les enfants auraient voulu connaître. Il est sur­tout, un mot magique qui sonne comme un coup de clairon.

Jacques Canestrier en explique l'origine : « Lorsque j'ai découvert Goldorak au Japon, il s'appelait Grendizer. Phoné­tiquement, Grendizer sonnait mal. I! fallait trouver autre chose. J'ai aligné sur un bout de papier, les noms de tous les héros qui avaient fait carrière : Drakkar, Zorro, Tarzan, Mandrake, Goliath, Golem, Goldfinger. Pour­quoi ai-je pensé à Goldfinger ? Je ne sais pas, mais ce nom me plaisait. Il correspondait en syllabes à Grendizer et contenait le mot « gold », ce métal qui fascine grands et petits, produc­teurs et aventuriers en herbe à la recherche du trésor. J'ai combiné Goldfinger et Mandrake, le héros que j'ai le plus aimé dans mon enfance. J'ai obtenu Goldanrak. C'est ma fille aînée, Stéphanie, âgée de huit ans, qui a trouvé le nom définitif... Aujour­d'hui, tous les enfants l'appellent Goldo, un diminutif qui prouve qu'il fait partie de la bande des copains.

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Un antimilitarisme forcené...


Les noms des autres personnages sont empruntés aux étoiles : ils commencent à faire carrière puisque j'ai reçu à l'époque de Noël, la lettre d'une maman qui m'annonçait... qu'elle avait baptise son fils Alcor ! L'engouement pour Goldorak me ravit et m'effraie en même temps. Qu'elle en est l'alchimie ? Je ne saurais répondre. »

Et les mots un peu op comme hastéro-hache, hélico-punch, cornofulgure ? Quel génie les a découverts ? Les traducteurs et auteurs de la version française, Michel Gatineau et Jeanne Val, qui doublent d'ailleurs respectivement les voix de Procyon et Venusia. On raconte qu'ils se seraient enfermés avec du saucisson et quelques bouteilles de beaujolais et auraient fait avec Canestrier ce que certains apppeleraient élégamment un brain-storming : « Nous nous sommes efforcés de retrouver notre naïveté d'enfant et nous avons joué à inventer des mots selon le système des petits papiers. Nous avons, volontairement, rejeté tout ce qui pouvait rappeler les armes effrayantes découvertes aujourd'hui par la technologie militaire. Nous avions tous un point commun : un anti-militarisme forcené. Cela a donné « fulguropoing », foudre au poing (évocation jupitérienne), « planitrogyre » (raccourci de planétaire et auto-gyre), « auto-largue », « cornofulgure », « hastéro-hache » Quand je pense que l'on m'a reproché d'étaler trop de violence avec ce feuilleton. La vraie violence, c'est le western, quand des hommes tuent d'autres hommes. Là, ce sont des robots qui se détruisent, s'en vont en pièces détachées. Si projeter sa machine à laver le linge contre sa machine à laver la vaisselle est un acte de violence alors, là oui, Goldorak est violent ! Je suis peut-être le seul que cette idée amuse mais je comprends très bien que l'on puisse avoir le culte des machines et des gadgets. Ils sont le symbole, aujourd'hui, de la réussite sociale».

Un mode de pensée que les enfants ignorent.

Louis Valentin.
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