Mon amour pour le Japon et Tôkyô

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03 février 2013

Goldorak - Télé 7 Jours numéro 944 du 03 juillet 1978


 

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Pour les fans d'animation japonaise en France, il est une date qui constitue l'Alpha et l'Omega : le Lundi 03 Juillet 1978 c'est la diffusion du premier épisode de Goldorak dans Récré A2!

Voici le numéro de Télé 7 jours de cette époque, avec une sobriété dans l'annonce, "Goldorak Dessin animé japonais", qui ne laisse en rien présager du raz de marée médiatique qui va déferle sur la France. A vrai dire, cet épisode a été diffusé en catimini car la nouvelle responsable des émissions jeunesse ne croyait pas en cette série mais comme elle avait été achetée, il fallait bien la caser quelque part!

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27 janvier 2013

Goldorackett - Article sur Goldorak dans Lui numéro 182 de Mars 1979


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Dans le numéro 182 de Mars 1979 de la revue Lui, l'article "Goldorackett" de Louis Valentin dénonce l'hyper exploitation commerciale du célèbre dessin animé japonais Goldorak vis à vis des enfants mais aussi le tourbillon médiatique et économique qu'il déclencha en juillet 1978 quand il arrivé sur Antenne 2 dans Récré A2.

L'article est à charge, ironique et cynique avec un ton grinçant mais, très intéressant aussi, on apprend beaucoup de choses sur Jacques Canestrier, sur l'arrivée de Goldorak en France, la francisation des attaques, le fait qu'on aurait pu voir d'autres dessins animés japonais à la télévision française bien plus tôt si on l'avait écouté et aussi comment ce succès fut, selon l'auteur de l'article, minutieusement planifié par les japonais...

Et, surtout, cet article est sorti moins d'un an après l'arrivée de Goldorak en France, ce qui en fait un témoignage à chaud sur la première vague de japanimation dans notre pays.

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"Tout ça, c'est une question de génération. Pour les parents qui s'épanchent sur leur passé, Gueule de rat c'est le fascisme en habit spatial... Pour les petits enfants du siècle, Goldorak, c'est le «robot des temps nouveaux», pas du tout un tueur de l'espace, mais un «ami des hommes». Et ça marche! C'est super-manne.
 
Il court, il court Goldorak! Formidable robot des temps nouveaux, héros des enfants à lecture globale et mathématique moderne, génie qui a fait remiser le skate-board derrière les livres intacts de la Bibliothèque verte, le meccano de Noël encore sous cellophane. Malgré les rimes grippales de Pierre Delanoë interprétées par le cachexique prodige Noam, le disque Goldorak a fait pâlir, cette année, un autre héros né de la paléontologie du gramophone : «Petit papa Noël». Cinq cent, six cent, huit cent mille exemplaires vendus. Certains disent un million. Barclay, lui, ne dit rien mais ses yeux et son cigare lancent des étincelles de bonheur lorsqu'on parle de Goldorak. Il est devenu son second Aznavour. Les psychologues, les psychiatres, tous les coupeurs de « psi » en quatre se jettent sur leurs divans, farfouillent dans leurs ego afin de découvrir les raisons pour lesquelles ce robot en plastique, « astéro-hache » au poing, a supplanté papa, maman, la bonne, le moi. Goldorak fait pleurer Blanche Neige, Zorro, Invahoé, Robinson des Bois et Robin Crusoé (on ne sait plus). Devant lui, Petit Poucet se sent perdu et Alice ne croit plus aux merveilles...

Goldorak serait certainement resté dans sa boîte, à Tokyo, si un méridional garanti 100% accent et farigoule n'était allé le chercher « fulguropoing » dans les ateliers de la Toei Animation, la plus grosse boîte de dessins animés japonais, et ne l'avait imposé « hélico-punch» à la Télévision française... Ce méridional s'appelle Jacques Canestrier. Retenez bien son nom.

Canalblog Revue Lui182 04Tout passe par les arrière-boutiques des fabriquants de jouets, de T-shirts, de moutardes, qui en ont fait la plus florissante affaire des vingt dernières années...

Dans quelques décennies, il supplantera celui de Charles Martel, de ses Arabes, de Poitiers.

Directeur de production, directeur des programmes télévision pour le Tiers-monde, producteur privé pour le compte du cinéma et de la télévision, Canestrier lance avec Yves Ciampi « Oum le Dauphin » qu'il fait fabriquer au Japon et que les télévisions s'arrachent. A  une époque où le cinéma s'emmêle la pellicule, où la télévision, alors dominée par la Sfp, cherche son second souffle, où la vidéo-cassette montre à peine le bout de son nez, Jacques Canestrier monte sa propre boîte sans apports, ni fortune personnelle. Il est bosseur. C'est tout. En France, quand on n'a pas d'argent, il faut une idée et, Eurêka, Canestrier a la sienne. Il part pour le Japon, achète un dessin animé intitulé Grendizer, le rebaptise Goldorak, le coupe en épisodes, intéresse une multitude de fabricants qui sortent aussitôt une série impressionnante de produits dérivés. Puis Canestrier échafaude un merchandising à l'américaine et prépare des vidéo-cassettes et un long métrage à la gloire de son héros. L'avenir du cinéma ne se passe plus au Fouquet's mais à bord de la Japan Air Lines, et surtout dans l'arrière-boutique des fabricants de jouets, de tee-shirts, de cartes postales, de moutardes, de posters, chez tous ceux qui ont fait de Goldorak la plus florissante affaire commerciale de ces vingt dernières années.

Aujourd'hui, Antenne 2, la chaîne miracle du président Ullrich, batifole de tous ses maillons. Dans les bureaux et surtout dans tous les couloirs, le jeu consiste à savoir qui a eu le nez suffisamment bien fait pour coincer ce Goldorak qui pulvérise, par son écoute, les autres chaînes. C'est moi, c'est pas lui, c'est nous. Qui ? A la fin, qui ? Jacques Canestrier n'aime pas la question. Il se contente de bredouiller : « A plusieurs reprises, à l'époque de l'Ortf, j'avais proposé des dessins animés japonais qui s'inspiraient de la bande dessinée. C'était alors une innovation et je pensais que les responsables de la Télévision y seraient sensibles. On m'opposa un refus catégorique. Un téléviseur est un jouet cher qui ne peut être manipulé par des enfants... Les programmes devaient être étudiés pour les adultes et non pour les gosses, rester traditionnels. Après tout, les sales mômes pouvaient très bien rester dans leurs chambres et lire leurs bandes dessinées habituelles.

Puis est survenu l'éclatement des trois chaînes et, avec lui, la concurrence, la volonté d'accaparer le public «jeune». Lorsque j'ai sélectionné Candy et Goldorak, je pensais qu'une des trois antennes pouvait essayer mon produit qui correspondait à ce que les enfants voulaient voir, à l'esprit de leurs bandes dessinées. Guy Maxence et Gérard Calvet, alors chargés des dessins animés pour la jeunesse, me reçurent à A2. Ce fut un rude travail de persuasion. Le graphisme de Goldorak, son animation, relevaient d'une conception trop audacieuse. On l'acheta, mais on le mit dans un tiroir. Lorsque Jacqueline Joubert prit ses fonctions de directrice du Service Jeunesse, elle découvrit mon robot et fit la moue. Il ne correspondait pas à l'idée de la politique qu'elle voulait entamer, d'autant que la nouvelle direction des programmes amorçait une levée de boucliers contre la violence de certains feuilletons étrangers. »


Canestrier est un gentleman. En fait, Jacqueline Joubert qui a du nez mais un nez davantage refait pour les caméras que pour les affaires —, refusa net et sec ce Goldorak qui (sussurraient certaines éminences grises à-copains-à-placer) était d'une violence extrême. Le bleu des missiles mêlé au rouge des éclairs, aux violets in-sou-tenables des hélico-punch et astéro-hache faisait dresser les cheveux sur la tête. On dénicha dans les tiroirs de la Défense pour l'Enfance, une série de vieilles barbes. «Tu me tiens, je te tiens... ». A ce jeu, les barbes découvraient mille qualificatifs : « C'est laid, c'est japonais, c'est incompréhensible, ça fait peur, ça éveille Thanatos, ça émoustille Eros, c'est dégueulasse, malsain, mal fait, contaminé, contaminant. C'est con ». Il est certain que les « corno-fulgure » n'étaient pas faits pour rassurer certains cocus qui se sentaient trahis et voyaient leurs tranches menacées. Malgré tout il faut bien amortir les dépenses Jacqueline Joubert chercha dans ses grilles récemment augmentées par le président Ullrich, une petite place pour Goldorak. Elle le programma le 4 juillet à raison de deux épisodes par semaine. En période de vacances, il risquait de passer inaperçu. Malgré les pronostics d'Albert Simon, juillet fut le mois le plus pluvieux de l'année, les enfants durent rester enfermés devant le petit écran et Goldorak devint, tout à coup, leur soleil...

Jacques Canestrier recevait les honneurs et l'assurance des sentiments les meilleurs de Madame Joubert qui, soudain, trouvait à « son robot-maison », le charme de James Bond, la grâce d'Arsène Lupin, le génie de Jules Verne et un « je-ne-sais-quoi » qui fait le succès des produits William Saurin, l'un des plus gros annonceur de la chaîne. Canestrier essaya bien d'expliquer qu'il était certain du succès, qu'il l'avait testé sur la Rai en Italie, qu'il s'y était taillé un triomphe. La Rai ? Valait mieux oublier. Le succès vient toujours de France, de son Secam et de ses pontes : en l'occurrence Jacqueline Joubert et le président Ullrich. D'autre part, avec Geneviève Coquelin, la responsable du service commercial d'Antenne 2, Canestrier entreprenait une prospection en règle auprès des fabricants de produits pour enfants. C'était au Salon du Jouet 1978. Tout le monde s'arrachait Goldorak. Mais la rogne et la grogne persistait rue Cognacq-Jay. Les syndicats des techniciens d'A2 allèrent jusqu'à placarder des tracts anti-Goldorak : « Goldorak=Amin Dada=Hitler=Fascisme ».

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A travers le petit écran, Goldorak écrase de sa force le Japonais moyen, indigne de se comparer à lui — à moins de servir corps et âme le consortium qui l'emploie...


Un mot galvaudé qui remplace le « Na ! » de l'enfant à qui l'on refuse une sucette. Goldorak n'échappa au massacre qu'au mois d'octobre. Plus personne n'osait l'attaquer. Il était devenu célèbre. Aujourd'hui, à Antenne 2, on admet que 99,9% du courrier reçu à Récré A2 concerne Goldorak. Goldorak est coté en Bourse, celle des enfants qui consacrent à ses gadgets, tout leur argent de poche. Jacques Canestrier ne connaît même pas le chiffre d'affaires de son robot : « Tout s'est passé si vite ! Je sais que l'on compte environ quatre-vingts produits créés autour de lui. Les éditions Télé-guide furent les premiers à lui faire crédit en lançant un journal. Le N° 1, tiré à 150000 exemplaires, s'est vendu en cinq jours, le N° 2, tiré à 220 000 a été épuisé en quatre jours, le N° 3 (250000 exemplaires) a disparu des kiosques le premier jour... ».

En janvier, Goldorak est devenu hebdomadaire et l'on prévoit déjà une vente d'un million d'exemplaires par mois. Avant Télé-guide, Canestrier contacta les éditions Dargaud. L'éditeur refusa. Il trouvait que le dessin n'était pas à la hauteur de ses productions habituelles. Où va se nicher la considération du jeune public ! Certains racontent que Dargaud regrette de ne pas s'être penché davantage sur la néo-psychologie enfantine. Albums, posters géants, jeux des familles édités par le même Télé-guide ont été épuisés en quelques semaines. Puis cela a été le tour des auto-collants (vingt-cinq millions de pochettes vendues en un mois, tee-shirts, sacoches, blousons, porte-clés, masques, panoplies ont pulvérisé les ventes durant la période de Noël.

Canestrier fait les yeux ronds : « C'est la folie. Tous les jours, les fabricants viennent me proposer leurs offres de service. Amora veut des verres pour sa moutarde, Motta, des emballages pour ses glaces. Un grand parfumeur me téléphone deux fois par jour pour que je lui cède les droits pour une eau de toilette appelée « fulguro-poing ». Un cirque veut acheter mon sigle, un fabricant de chaises-longues veut inonder les plages de sièges sidéraux. Mon bureau est devenu la Foire du Trône. Marchands de réglisses, de bretelles, de chaussures, d'alimentation, font la queue devant chez moi. Mais c'est le robot en matière plastique qui remporte tous les suffrages. Il est fabriqué par la firme américaine Mattel. Son corps est fait à Taïwan, sa tête en Italie. On craint que sa fabrication ne puisse suivre la demande et pourtant plus de cinq cent mille sont prévus pour la France. Suivront des soucoupes volantes, des films super-huit, d'autres robots plus sophistiqués encore, d'autres jeux de société, des Goldorak géants... Je suis obligé de juguler les phantasmes des fabricants qui m'entraîneraient dans la création d'objets qui ne sont pas toujours pour les enfants ou les personnes bien pensantes... »


Antenne 2, qui trouve maintenant que Goldorak est bien fait, touche un tiers des royalties versées par les fabricants sur le prix de gros hors taxe. Cet argent ira au service Jeunesse d'A2 pour enrichir les programmes et acheter d'autres séries de science fiction du même style. Car Canestrier a définitivement ouvert le marché du dessin animé japonais en Europe. Pour deux ans, trois peut-être. Les Nippons ont le chic pour tuer la poule aux œufs d'or. Que s'est-il passé dans leurs petites têtes bridées pour créer ce robot ? Canestrier qui connaît tous les « dan » de la lutte japonaise pour conquérir le marché occidental, a suivi, au boulon près, la gestation de Goldorak. « Les Japonais, dit-il, ont toujours estimé que leur force militaire ou économique venait d'une structure nationale (kokutai) combinant une théorie sociologique de la famille et un irrationalisme mythologique exaltant l'origine divine de la dynastie impérialiste. L'essor de la société industrielle réside toujours dans le maniement conscient de mécanismes économiques et sociaux et dans l'application de la tradition dans la mesure où elle est efficace. Voilà pourquoi tout Japonais dira que, dans le plus petit appareil Akai ou Sony, dans la moindre moto Yamaha ou Kawasaki, dans le moindre objet, pourtant copié sur l'Occident, sommeille un samouraï. L'élégance, la superbe de Goldorak sont les symboles du samouraï que le Nippon a toujours tenté d'imposer au monde occidental. A travers le petit écran, Goldorak écrase de sa force et de son arrogance, le Japonais moyen indigne de se comparer à lui, à moins de... A moins de servir corps et âme le consortium pour lequel il travaille, d'accepter une existence de plus en plus mécanisée dans des conditions de travail insupportables. »

Le hara-kiri. industrialisé. Certains sociologues spécialisés ès-asiatiques (ça existe) soutiennent la thèse suivante : « Goldorak-robot est un samouraï et ne peut être piloté par un simple mortel. Voilà pourquoi Actarus, son aéronaute, sera un extra-terrestre qui devra se métamorphoser en superman pour mériter de tenir les commandes. Il fait étrangement penser à ces kamikazes de la dernière guerre. Goldorak est lui-même un kamikaze. Vos enfants vous le diront. Il ne peut rejoindre sa fusée porteuse si elle vole à plus de trois cent mètres d'altitude. Encore et toujours ce rappel des avions-suicide, de ces héros à la poitrine ceinte de l'écharpe de soie frappée à la fleur de cerisier. Cette douce mythologie permet de faire oublier à ceux qui travaillent pour Goldorak que les objets qu'ils façonnent sont le fac-similé des héros de Star Wars, Rencontre du troisième type, Planète interdite et autres films de science-fiction américains. Qu'importe ! Les grandes firmes nippones connaissent la manière pour endoctriner à des fins commerciales, une main-d'œuvre fataliste. II ne faut pas oublier qu'il est déshonorant de changer plusieurs fois d'employeurs : au Japon, on entre dans une boîte à dix-huit ans. On n'en sort qu'à la mort comme les kamikazes.

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Goldorak a été conçu, par ordinateur, à la suite d'une étude de marketing sur tout ce qui marchait dans la presse dessinée, du Groenland à la Terre de Feu...

La Toei, où les ouvriers attendent cette issue sort six dessins animés d'une demi-heure par semaine, soit six fois plus que Walt Disney. Elle « utilise » deux cents personnes payées à l'année et quatre cents spécialistes rémunérés au coup par coup. Que l'on imagine Hergé, le père de Tintin, épaulé pour chacun de ses dessins, par deux cents ou trois cents assistants ! C'est de cet ordre-là... Résultat : Goldorak ne coûte que dix mille francs la minute alors que soixante secondes de dessin animé français pour la télévision reviennent à trente-cinq ou même cinquante mille francs. Leur défaut : ils se ressemblent tous. Canestrier a croisé plus de dix robots du style Goldorak dans les usines Toei. « II faut espérer qu'ils ne seront pas tous programmés en France. Cela créerait un phénomène de rejet, une lassitude que le public des enfants japonais ne ressent pas. Nourris dans le sérail de l'industrialisation, ils en connaissent et en admettent les détours. Au Japon, tous ces cartoons sont amortis, rentabilisés et bénéficiaires. A la limite, ces énormes consortiums n'auraient pas besoin de vendre leurs produits à l'Occident mais les japonais veulent réussir à tout prix leur conquête américaine et l'on peut penser qu'ils y sont parvenus si l'on considère que les  Etats-Unis ont été récemment contraints de riposter à leur importation massive de produits nippons par une baisse vertigineuse du dollar.

Jamais, jusqu'à ce jour, les Japonais n'étaient arrivés à percer le marché européen au niveau du cinéma ou du feuilleton télévision. Le public occidental n'était pas familiarisé avec les acteurs asiatiques. Alors, ils ont essayé avec le dessin animé où il était facile de faire porter yeux bleus et crinière blonde aux personnages. Cela n'a pas marché non plus. Le monde de l'économie occidentale ressentait une sorte d'allergie aux produits japonais, d'autant qu'ils étaient le plus souvent la résultante d'un espionnage industriel que l'on n'est jamais parvenu à juguler. Goldorak est le premier à avoir réussi son entrée sur la scène européenne. Comme tous les produits japonais, il a été le fruit du travail d'une équipe qui a fait, froidement, une étude de marketing à partir de tout ce qui marchait dans la presse dessinée du Groëland à la Terre de Feu. Informations mises bout à bout, Goldorak a été conçu par l'ordinateur japonais, un ordinateur un peu mièvre puisque tout le monde s'accorde à reprocher à Goldorak d'être un dessin animé de très moyenne qualité. Les personnages se contentent d'ouvrir de temps à autre la bouche et les yeux, les images sont désespérément fixes.

Que sont devenus nos bons Donald d'autrefois ? Canestrier qui décidément à découvert la tactique pour défendre à tout prix son film à la réponse facile : « Un dessin statique, animé au moment opportun, suffit à l'enfant. Si la construction dramatique est bien faite, il saura faire appel à son imagination pour recréer le mouvement. Et c'est précisément ce qui se passe. Demandez à vos fils. Pour eux, Goldorak est très animé, aussi animé qu'un Walt Disney avec ses vingt-quatre images-seconde. Ce qui les fascine, ce n'est pas la technique, c'est l'histoire à laquelle ils participent non seulement en tant que spectateurs, mais aussi en tant qu'auteurs puisqu'ils doivent faire un effort d'imagination et d'invention pour recréer toute une dynamique. C'est le principe de la bande dessinée. L'enfant sait décrypter le langage des dessins, la technique des plongées, contre-plongées, gros plans. Il connaît tous les signes cabalistiques : l'étoile éclatée pour indiquer une explosion, les « swiptch », les « vlaoooum », les « fuifff e », ces onomatopées spécifiques à tel claquement d'arme, tel bruit de pneu, telle vitesse. Goldorak emploie ce langage. Il est un code secret qui n'appartient qu'à l'enfant désireux de rompre avec un traditionnel imposé par ses parents et c'est à cause de cette rupture que les pédagogues et les psychologues se sont penchés sur Goldorak.

Daniel Fabre, ethnologue-folkloriste estime que Goldorak est le signe de la récupération des thèmes apocalyptiques dans la mythologie des gosses, un robot mes­sianique : « Ses dimensions eschatologiques sont bien perçues par l'enfant ». Certains voient dans Actarus, le proto­type du moi atteignant le surmoi. Le langage utilisé dans le feuilleton est aussi l'objet d'analyses. «Métamor­phose », c'est la prise de conscience, « transfert » : l'Oedipe, évidemment. Le tunnel qu'Actarus emprunte pour rejoindre son poste de pilotage, le cordon ombilical, le retour dans le ventre de la mère... D'ici à ce que Goldorak soit programmé à Vincennes sur les bancs des lacanistes, il n'y a qu'un pas. A une époque où tout doit être mis sur carte perforée Goldorak devient, par le canal de quelques torturés mentaux, la résultante d'un trouble neuro-affectif à composante schizophrénique ou panaroïaque de l'enfant. Il est, pour les plus de quarante ans, l'Hitler que les enfants auraient voulu connaître. Il est sur­tout, un mot magique qui sonne comme un coup de clairon.

Jacques Canestrier en explique l'origine : « Lorsque j'ai découvert Goldorak au Japon, il s'appelait Grendizer. Phoné­tiquement, Grendizer sonnait mal. I! fallait trouver autre chose. J'ai aligné sur un bout de papier, les noms de tous les héros qui avaient fait carrière : Drakkar, Zorro, Tarzan, Mandrake, Goliath, Golem, Goldfinger. Pour­quoi ai-je pensé à Goldfinger ? Je ne sais pas, mais ce nom me plaisait. Il correspondait en syllabes à Grendizer et contenait le mot « gold », ce métal qui fascine grands et petits, produc­teurs et aventuriers en herbe à la recherche du trésor. J'ai combiné Goldfinger et Mandrake, le héros que j'ai le plus aimé dans mon enfance. J'ai obtenu Goldanrak. C'est ma fille aînée, Stéphanie, âgée de huit ans, qui a trouvé le nom définitif... Aujour­d'hui, tous les enfants l'appellent Goldo, un diminutif qui prouve qu'il fait partie de la bande des copains.

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Un antimilitarisme forcené...


Les noms des autres personnages sont empruntés aux étoiles : ils commencent à faire carrière puisque j'ai reçu à l'époque de Noël, la lettre d'une maman qui m'annonçait... qu'elle avait baptise son fils Alcor ! L'engouement pour Goldorak me ravit et m'effraie en même temps. Qu'elle en est l'alchimie ? Je ne saurais répondre. »

Et les mots un peu op comme hastéro-hache, hélico-punch, cornofulgure ? Quel génie les a découverts ? Les traducteurs et auteurs de la version française, Michel Gatineau et Jeanne Val, qui doublent d'ailleurs respectivement les voix de Procyon et Venusia. On raconte qu'ils se seraient enfermés avec du saucisson et quelques bouteilles de beaujolais et auraient fait avec Canestrier ce que certains apppeleraient élégamment un brain-storming : « Nous nous sommes efforcés de retrouver notre naïveté d'enfant et nous avons joué à inventer des mots selon le système des petits papiers. Nous avons, volontairement, rejeté tout ce qui pouvait rappeler les armes effrayantes découvertes aujourd'hui par la technologie militaire. Nous avions tous un point commun : un anti-militarisme forcené. Cela a donné « fulguropoing », foudre au poing (évocation jupitérienne), « planitrogyre » (raccourci de planétaire et auto-gyre), « auto-largue », « cornofulgure », « hastéro-hache » Quand je pense que l'on m'a reproché d'étaler trop de violence avec ce feuilleton. La vraie violence, c'est le western, quand des hommes tuent d'autres hommes. Là, ce sont des robots qui se détruisent, s'en vont en pièces détachées. Si projeter sa machine à laver le linge contre sa machine à laver la vaisselle est un acte de violence alors, là oui, Goldorak est violent ! Je suis peut-être le seul que cette idée amuse mais je comprends très bien que l'on puisse avoir le culte des machines et des gadgets. Ils sont le symbole, aujourd'hui, de la réussite sociale».

Un mode de pensée que les enfants ignorent.

Louis Valentin.
"

Posté par David Yukio à 19:06 - Mangas et dessins animés - Permalien [#]

22 juillet 2012

"A cinq ans, seul avec Goldorak - Le jeune enfant et la télévision" de Liliane Lurçat



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Il existe quelques livres dans le monde de l'animation japonaise qui ont une réputation de soufre; parmi ceux-là le fameux "Le ras-le-bol des bébés zappeurs" de Ségolène Royal en 1989 mais aussi "A cinq ans, seul avec Goldorak - Le jeune enfant et la télévision" de Liliane Lurçat en 1981 (130 pages, publié aux éditions Syros dans la collection contre-poisons).


Il est considéré depuis longtemps par les anime fans comme un livre fortement opposé à l'animation japonaise, véhiculant une vision alarmiste de psys sur les soi-disant dangers des dessins animés pour les enfants. Cependant, comme pour le monstre du Loch Ness, beaucoup parmi ces fans connaissent ce livre, en on entendu parler, en parlent eux-même sans forcément l'avoir lu en répétant des on-dit, en le caricaturant et c'est pourquoi je voudrais, même trente ans après, remettre les choses à plat.


Pourquoi ce livre doit être lu
Premièrement Liliane Lurçat est une psychologue, spécialisée dans la petite enfance et, même si on ne partage pas ses théories, lire des études de psys est toujours instructif et permet même de découvrir de nouveaux points de vue. En outre son discours, même s'il est parfois alarmiste, est bien plus construit et argumenté que les divagations de journalistes généralistes à la même époque ou dix ans plus tard projetant sur l'animation japonaise on ne sait quelles névroses.

Deuxièmement ce livre recueille les témoignages d'une centaine d'enfants de cinq ans et six ans et il est très intéressant de les écouter parler avec leurs mots de Goldorak, comment ils voient et ressentent cette série japonaise. Rien que pour cet instantané des premiers pas de l'animation japonaise en France, ce livre mérite d'être lu.

Troisièmement, quand Goldorak est arrivé sur Antenne2 en juillet 1978, ce type de programme était très différent de ceux destinés à cette tranche d'âge, que ce soit Bonne nuit les enfants (Nounours), Le manège enchanté (Pollux), Chapi Chapo, L'île aux enfants (Casimir)... d'où de légitimes interrogations sur ce programme et ses impacts.

Quatrièmement, le phénoménal succès rencontré par ce dessin animé en a fait un phénomène de société parmi les enfants, il est donc normal que ce programme questionne les parents et que des psychologues se penchent dessus.

Cinquièmement, l'origine même de ce produit interpelle! Goldorak est japonais, pas français, pas européen, ni même occidental, non, il est né dans un pays mystérieux, très lointain, mal connu en 1980 du grand public donc à nouveau source de questionnement (le fameux Péril jaune); est-ce que nos enfants vont réagir à ce programme de la même façon que les petits japonais, est-ce que la violence n'est pas traitée différemment dans ces deux pays... ceux qui connaissent Ken le survivant ou Saint Seiya savent bien que les animes nippons sont plus violents que leurs homologues occidentaux mais il s'agit là de deux approches culturelles très différentes.

Sixièmement, ceux qui dénigrent ce livre ont découvert Goldorak en 1978 ou lors de ses rediffusions des années 80 mais en ayant une moyenne d'âge plus élevée que le public étudié ici. Personnellement je l'ai vu en 1978 à neuf ans et il ne faut pas oublier que ce livre ne s'intéresse pas à un public d'adolescent mais à la petite enfance donc les conclusions de ce livre ne peuvent pas être reportées sur des adolescents et on ne doit pas les tourner en ridicule pour cette raison. Dernière chose, le livre s'adresse aux parents, pas à des fans de Goldorak donc restons mesurés dans nos attaques..


Présentation
Canalblog Anime Goldorak Livre Lurçat01

Canalblog Anime Goldorak Livre Lurçat02
La couverture de la deuxième édition et la quatrième de couverture

" Céline, cinq ans.
     — Il fait peur Goldorak ?
     — Oui, moi il me fait peur à la télé, j'aime pas que il crie trop fort.
     — Il pourrait t'attaquer ?
Oh non, il est que à la télé, il peut pas sortir parce que y a un carreau, si y avait pas de carreau, il pourrait sortir.
     — Qu'est-ce qu'il ferait s'il pouvait sortir ?
     — Ben il sortirait, il m'attaquerait, il donnerait des coups de pied. Il peut même attaquer mes parents Goldorak, c'est le plus fort. Il me fait peur, ça me fait toujours pleurer les yeux.


La télévision fascine les jeunes enfants. Mais comment agit-elle? Quels sont les effets voulus et surtout les effets non voulus? Quelle est la relation particulière que les jeunes enfants développent avec certains personnages? Et qui sont ces jeunes enfants, déjà téléspectateurs chevronnés, sortis trop tôt du monde préservé de l'enfance et qui imitent dans leurs jeux les contenus des programmes qui leurs sont proposés de façon répétitive? Ces questions, beaucoup d'enseignants se les posent, beaucoup de parents aussi, qui s'inquiètent de la place trop grande que tient la télévision dans la vie de leurs enfants.

Liliane Lurçat, maître de recherches au Centre National de la Recherche Scientifique, psychologue, spécialiste de l'école maternelle.

Contre-poisons,
Parents ou éducateurs, les livres de cette collection nous interrogent tous. Épanouissement de l'enfant ou dressage, les frontières sont ténues.

Une autre pédagogie pour une autre société ; le droit à la différence ; le refus de soumettre l'enfant ou l'adolescent à une société qui cherche à perpétuer à tout prix ses normes éducatives... et d'autres : nous accueillons ici tous les témoignages d'éducateurs qui ont entrepris celle recherche."

Plusieurs remarques de ma part sur cette présentation :
     - le livre parait dans la "collection contre-poisons" ce qui malheureusement présente déjà Goldorak comme un fléau qu'il faut combattre
     - le terme de "dressage", extrêmement fort et négatif puisqu'il s'adresse à des enfants!
     - une approche pourtant positive puisqu'on cherche à préserver les enfants d'influences qui leur sont peut-être néfastes


Le sommaire
Canalblog Anime Goldorak Livre Lurçat03

Canalblog Anime Goldorak Livre Lurçat04
"SOMMAIRE

Introduction

L'enfant téléspectateur : produit et témoin du monde actuel .......................... 9

Chap. I. — un personnage ambivalent ....................................................... 21
     Un portrait physique de Goldorak .......................................................  22
     La beauté de Goldorak ...................................................................... 23
     Goldorak existe-t-il ? ........................................................................ 25
     Une image transposée de Goldorak ...................................................... 27

Chap. II. — des pouvoirs illimités ............................................................. 33
     Où est Goldorak ? ............................................................................ 34
     Que fait Goldorak ? .......................................................................... 37
          — Pourquoi  se  bat-il ? ............................................................... 38
          — Comment se passe le combat ? .................................................. 39
          — Les compagnons  de Goldorak .................................................... 40
          — Est-il gentil ? .......................................................................... 41
     Les références aux parents ................................................................ 42

Chap. III. — une rencontre particulière ..................................................... 47
     II te fait peur ................................................................................. 48
     Il pourrait t'attaquer ........................................................................ 50
     Tu l'aimes ...................................................................................... 52
          — Pourquoi l'aime-t-on ? .............................................................. 52
               — Pourquoi ne l'aime-t-on pas ? ............................................... 53
               — On peut le regarder sans l'aimer ............................................ 54
     La complicité avec Goldorak ............................................................... 54
          — La peur de Goldorak ................................................................. 55
          — La violence de Goldorak tournée contre le spectateur ..................... 56
          — Quand Goldorak reconnaît les siens : l'a­mour de Goldorak .................58
          — La fuite avec Goldorak .............................................................. 62
     Apprendre en s'imprégnant ................................................................. 64
     Des entretiens complets .................................................................... 69

Chap. IV. — la télévision dans la vie quotidienne ......................................... 73
     Les  influences ................................................................................ 73
     Questions ...................................................................................... 77
          — Ta maman, est-ce qu'elle regarde la même chose que ton papa ? ..... 77
          — Et toi, est-ce que tu regardes la même chose qu'eux ? .................. 79
          — Qu'est-ce qui est mieux, la radio, la télé, pourquoi ? ...................... 81
          — Y a-t-il des émissions que les enfants n'ont pas le droit de regarder ? 83
          — Comment on comprend mieux, quand c'est la maîtresse qui explique
              ou quand c'est la télé ? ............................................................ 86
          — Quand on n'a ni radio, ni télé, ni disques, comment peut-on passer
              la soirée ? .............................................................................. 89
     Des entretiens complets .................................................................... 96

Chap. V — voir et entendre : les sources du spec­tacle ............................... 101
     Les lieux d'origine du spectacle ......................................................... 101
     Des entretiens commentés ............................................................... 102

Chap. VI. — les goûts et les préférences ................................................. 117
     Un révélateur, les albums tirés des feuilletons télé­visés .......................... 117
     La sous-culture destinée aux enfants ................................................. 119
          — Les émissions préférées ........................................................... 120
          — Qui est beau ? ....................................................................... 121
          — Qui est laid ? ..........................................................................123

Conclusions .........................................................................................
125

     Des enfants pour la télévision, ou la télévision pour les enfants ? ............ 127 "


Plusieurs chapitres sont donc consacrés à Goldorak, comment les enfants le voient, le ressentent (ami ou ennemi), comment ils perçoivent son rôle dans la série, bref on a droit à un examen poussé de la vision qu'ont les enfants de ce drôle de robot extra-terrestre. Vient ensuite un chapitre tentant d'élargir l'étude en débordant le simple cas de Goldorak pour s'intéresser à la place de la télévision dans la vie quotidienne de l'enfant.


L'étude
Liliane Lurçat dit que les propos ont été recueillis auprès de cent dix enfants, âgés de cinq à six ans. Ils sont élèves de deux écoles maternelles et on a interviewé la plupart des enfants quand l'émission passait encore au cours de l'année scolaire 1979-1980. Cent enfants étaient élèves de la grande section, et dix de la moyenne section. Six classes différentes sont représentées. Les propos ont été recueillis au cours d'entretiens individuels dans le cadre scolaire (page 15).

L'objectif de l'étude est de tenter d'analyser les propos des enfants en les regroupant autour de trois thèmes qui peuvent en être dégagés :
     - 1) un personnage ambivalent
     - 2) des pouvoirs illimités
     - 3) une rencontre particulière
     (page 16)

Si vous voulez voir comment le livre est organisé, comment les entretiens ont été menés, voici un exemple concret sur le thème "Il te fait peur". A noter que d'autres questions vont plutôt dans le sens positif vis à vis de Goldorak, comme par exemple "Tu l'aimes", "Est-il gentil, Goldorak"...

Canalblog Anime Goldorak Livre Lurçat05

Canalblog Anime Goldorak Livre Lurçat06
"II te fait peur


La question a été posée à soixante-et-un enfants. Vingt disent non, sans commentaire. Quinze ajoutent des commentaires à leur non. C'est parfois parce que Goldorak réserve ses coups à ses adversaires, qu'il ne s'attaque pas aux enfants :
Michaël D. : Non, parce que Goldorak attaque pas les enfants.
Tobdji K. : Non, avec les Golgoth il est méchant, avec les enfants il est gentil.

     C'est aussi parce que le méchant n'est pas Goldorak :
Christophe H. : Non parce qu'il est pas trop méchant, c'est les méchants qui attaquent Goldorak.

     Parce que l'enfant peut se protéger de ses coups :
Fabrice B. :  Ben non, si il m'envoie ses  rayons  laser Goldo, je me sauve, moi.

     L'enfant peut même l'attaquer à son tour :
Frédéric S. : Non, je peux attaquer Goldorak, moi, j'ai pas peur de Goldorak moi.

     Certains rappellent que c'est un spectacle, une fiction :
Romain B. : Non, ça fait pas peur, c'est un dessin animé.
Loretta C. : Non, parce que c'est quelqu'un qui se déguise.

     Parce que l'enfant se sent très courageux :
Sébastien R. : Non, pas à moi, il me fait pas peur à moi, peut-être qu'il fait peur aux autres, mais pas à moi.

     Goldorak l'épargnera :
Rafaël B. : Non, parce qu'il est gentil, il m'attaquera pas, moi.
Florence C. : Ben non, Goldorak il me fait guili ici (son cou) avec ses mains, comme ça (elle change immédiate­ment d'opinion). — Q. : II te fait pas peur ?
— Oh oui, j'ai peur de Goldorak, moi !

     Les vingt-six autres enfants reconnaissent avoir peur :
Pour Claire G., c'est évident : Oui bien sûr que j'ai peur.

Guillaume B. explique pourquoi : Ça fait peur parce que on peut savoir que Goldorak peut exploser parce qu'il est en fer Goldorak. A la télé, j'aime seulement les publi­cités, j'aime bien un monsieur qui fait de la trompette et qui perd toutes ses dents. Ça fait pas peur les publici­tés de Friski, y a le chien il prend le paquet de Friski, il en met un petit peu dans sa gueule, avec sa patte, il fait tourner le robinet, il met un petit peu d'eau et il remue.

Etienne A. a d'autres raisons d'avoir peur : Oui parce que c'est un robot. — Q. : Pourquoi ça fait peur ? — Parce qu'ils sont gros, ils sont plus gros que les gens, ils ont des bombes, ils ont du feu.


Dominique D. se sent personnellement agressée : Oui, j'ai peur, parce qu'il veut m'attaquer Goldorak. — Q. ; Comment ? — Avec ses yeux (geste de lancer des rayons par les yeux). — Q. : II peut ? — Oui. — Q. : II peut tuer des gens ? — Ben oui, il fait comme ça (mimique). — Q. : Même par la télé, il peut tuer ? — Ben non.


Sami T. craint ses flèches : — Q. : T'as peur de lui ? — Oui. — Q. : II peut te faire mal ? — Oui, avec ses flèches parce qu'il est en danger, il lance des flèches, si on est méchant avec lui, il lance des flèches.


David G. craint ses armées : Q. : II te fait peur ? — Oui. — Q. : II peut t'attaquer ? — Oui, peut-être oui. — Q. : Comment ? — Avec des armées.


Emmanuelle G. a peur de son aspect effrayant : Oui, mais j'ai peur, il est avec ses cornes, sa tête avec ses yeux carrés et puis il a ses fulguro-poings, il a ses astéro-haches.


Cyril da C. constate. — II fait peur à tout le monde.


Christophe C. trouve que c'est sa force qui le rend effrayant : Oui, un peu parce qu'il détruit tous les autres robots, des fois des golgoth, c'est une vraie bataille !


Céline L. en pleure : Oui, moi il me fait peur à la télé, j'aime pas, parce qu'il crie trop fort., il me fait peur, ça me fait toujours pleurer les yeux, mais pas à mon frère.


     En somme, même quand ils affirment n'avoir pas peur, les enfants soulignent l'agressivité et l'étrangeté de Goldorak. Ils cherchent à se rassurer eux-mêmes, à se prouver qu'ils n'ont réellement pas peur. Quand ils analysent les raisons de la peur que provoque Goldorak, ils ne souhaitent cependant pas interrompre le spectacle pour autant."

L'étude s'articule donc de la façon suivante : une question est posée à un panel de jeunes enfants, les réponses sont notées et reproduites dans le livre puis une conclusion en est tirée par Liliane Lurçat. Les remarques des enfants sont parfois naïves mais vu le jeune âge il ne faut pas s'en étonner. Quant à la conclusion, elle est toujours claire, synthétique et sans jugement moral puisque seuls des faits sont rapportés.


Remarques en vrac
Voici d'autres remarques de Lilane Lurçat que j'ai notées dans son livre et qui vous donneront peut-être un meilleur aperçu du ton du livre; j'ai essayé de faire ressortir ce qui me semblait le plus important, et, en souligné, ce que j'estime particulièrement important dans les conclusions :
     - L'enfant d'aujourd'hui n'est pas seulement un élève, il est aussi un téléspectateur. C'est à dire qu'il est soumis, avant la vie scolaire et parallèlement à elle, à un faisceau d'influences extérieures à la famille et qui lui arrivent au foyer. Ces influences s'exercent directement sur sa personne et indirectement, par les modifications apportées dans la vie familiale. Directement parce qu'il se laisse capter. Il s'abandonne avec complaisance au spectacle. Il s'immobilise dans une attitude de réceptivité qui abolit les distances (page 11).

     - Le retour des mêmes émissions, tout comme les activités rituelles de s'alimenter, de s'endormir, de se lever, apporte l'attente, la satisfaction et la sécurité de ce qui se répète (page 11).

     - Goldorak a exercé ce pouvoir de séduction sur les enfants. Il a aussi troublé bien des parents surpris de ne pas observer chez leurs enfants leurs propres réactions de malaise (page 14).

     - Les enfants ont développé une relation privilégiée avec ce personnage, dont témoigne le succès commercial des disques, des jouets, des panoplies, vendus lors de la diffusion de l'émission (page 14).

     - On peut s'interroger également sur le succès de l'émission dans son aspect le plus intime de rencontre de l'enfant avec le héros, et des liens qui se nouent entre eux. C'est cet aspect qui fait l'objet de l'étude présentée ici et c'est pourquoi on lui a donné pour titre : "à cinq ans, seul avec Goldorak." (Page 14).

     - L'étrangeté de Goldorak est un des facteurs de la séduction qu'il exerce sur les jeunes enfants (page 15).

     - Goldorak est entièrement un produit de l'imagination d'adultes (page 18)

     - J'ai rencontré beaucoup d'enfants comblés, des enfants que la télévision enchante. Certains m'ont donné l'impression d'être saturés par un plaisir qui exclut d'autres sources d'étonnement, de curiosité (page 117).

     - Abandonner les enfants à la télévision, c'est les soumettre de façon répétée à un bombardement émotionnel qui peut avoir des effets dommageables sur leur équilibre.

Je finirais la liste de ces remarques par celle qui m'a le plus choqué mais peut-être que pour un psy les termes "névrosé", "pervers" n'ont pas le même sens que pour le commun des mortels; pour être honnête, c'est l'une des très rares remarques que je juge vraiment disproportionnée dans le livre alors que le reste de l'étude est plus neutre dans ses critiques :
     - En les abandonnant pendant des heures, tous les jours, à tous les fantasmes des réalisateurs, à tous les sous-produits d'imagination parfois névrosées, on crée une situation expérimentale de nature perverse, qu'aucun psychologue n'oserait mener seul, par crainte d'enfreindre la déontologie la plus élémentaire (page 66).


En résumé c'est un livre bien plus mesuré dans ses conclusions que sa réputation ne le laissait croire. Il est très intéressant dans son étude du rôle de la télé sur les enfants, en prenant comme exemple Goldorak du fait de sa popularité chez les plus jeunes, mais en aucun cas ce livre ne dénonce ou ne méprise l'animation japonaise. On aurait pu remplacer Goldorak par un autre programme télé mais celui-ci était tellement nouveau et hors norme par rapport aux autres programmes enfants de l'époque que c'est lui qui a été soumis "à la torture" pour cette étude. Que l'on partage ou non les conclusions du livre, celui-ci est un témoignage précieux sur la vision qu'avaient les enfants en 1981 sur Goldorak et sur le ressenti d'enfants face à des programmes télés.

Je pense même que ce livre est encore aujourd'hui d'actualité car on pourrait remplacer Goldorak par Internet ou Facebook et remonter l'âge des enfants de cinq ans à dix ans pour se demander, comme on le fait aujourd'hui, "Internet et l'enfance, quels sont les dangers"?


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01 août 2009

Article sur Goldorak du Télé 7 Jours N°972 du 13 Janvier 1979



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Notes liées dans mon blog : Liste articles mangas et dessins-animés


Canalblog Revue Télé 7 Jours 972 Goldorak 19790113 01

Canalblog Revue Télé 7 Jours 972 Goldorak 19790113 02


Voici un article paru dans le numéro 972 de l'hebdomadaire Télé 7 Jours, du 13 Janvier 1979, intitulé "Les jeunes téléspectateurs saisis par la Goldorakite", rédigé par Michel Radenac.

"On attendait Tintin et Mickey puisqu'ils fêtaient avec éclat leur cinquantième anniversaire en cette année 1978. Et ce fut Goldorak qui nous vint du lointain Japon pour s'imposer sur le petit écran, avant de descendre dans la rue sous une multitude d'aspects commerciaux. Sans doute faut-il aux psychologues un temps de réflexion pour analyser le phénomène en profondeur. "D'ores et déjà, constate toutefois Françoise Dolto, je peux affirmer qu'aucun enfant névrosé n'en parle." Sans doute les autres ont-ils besoin de "purger" leurs phantasmes en s'identifiant au bon robot de l'espace. Jacques Canestrier, l'importateur de la série, estime, pour sa part, que le succés des personnages du présent dessin animé tient d'abord à son originalité.

C'est en effet la première fois que le petit écran accueille des robots dont on sait la fascination qu'ils exercent sur les enfants depuis le succès de "La Guerre des étoiles". Ajoutez à cela un appel à la volonté de puissance et au surnaturel, et vous obtenez une bande dessinée qu'il restait à animer...

Les Japonais ont découvert la recette et ils l'exploitent avec le souci constant d'exporter, qui les caractérise. Ainsi leurs créatures offrent-elles un aspect européen. Tout au plus, peut-on trouver chez Goldorak quelque ressemblance avec le samouraï type. Résultat : l'Italie, le Canada, l'Espagne et les Etats-Unis se l'arrachent. L'Allemagne et la Grande-Bretagne s'apprêtent à rentrer dans la danse. En France, pourtant, on n'y croyait pas aveuglément.

Jacqueline Joubert, nouvellement promue à la direction des émissions enfantines d'Antenne II, s'était vu confier par ses prédécesseurs un "phénomène" qu'elle ne jugeait ni beau ni dépourvu de violenoe. Deux raisons pour elle de se faire tirer l'oreille. Elle décida donc de tester la série en juillet, à raison de deux épisodes par semaine. « Dès le mois d'août, indique Jacqueline Joubert, nous avons su, par le courrier, que Goldorak allait faire un tabac."

Depuis, c'est la folie. Actarus, le véritable héros, celui qui entre dans la tête de Goldorak et actionne le "pulvonium" ou encore le "planitronk" contre les visées expansionnistes du méchant Hydargos, a conquis les 6-14 ans. Deux mille lettres parviennent quotidiennement à Antenne II. La plupart portent la signature d'enfants.

"La vraie violence, c'est le western"
"Ils écrivent au personnage, affirme Jacqueline Joubert. Ils l'humanisent. Ce n'est pas la violence qui les intéresse." Jacques Canestrier ajoute : "La vraie violence, c'est le western, quand il y a identification, quand des hommes tuent d'autres hommes. Ici, c'est la destruction de robots irréels, d'énormes jouets qui s'en vont en pièces détachées. C'est une guerre de gadgets."

Les enfants ne sont pas seuls à prendre le stylo pour s'adresser à Goldorak. Les enseignants y vont aussi de leurs missives. A preuve, cet instituteur d'une classe préparatoire de Bezons qui témoigne : "Mes élèves, comme beaucoup d'autres de cet âge, recherchent le fantastique et sont attirés par les choses du futur, d'où leur passion pour Goldorak dont l'image de héros au service du bien est très appréciée. J'ai donc décidé de construire un robot grandeur nature. Ainsi, nous pourrons jouer avec, dans la classe." Tous les écoliers n'ont pas cette chance, mais tous semblent saisis par la même maladie, la "goldorakite".

Ainsi, ceux de l'établissement situé près de la rue Monttessuy viennent-ils quotidiennement fouiller les poubelles d'Antenne II dans l'espoir — vain — d'y découvrir les cartons enveloppant le fameux personnage, déjà vendu à 70 000 exemplaires.

Ah! ce robot, qui lance des flèches, comme il est convoité malgré son incapacité à se mouvoir. Convoité, mais aussi exposé à la critique. "Ce genre de jouet à la mode ne concourt pas à l'éveil des enfants", dit-on ici. "II est dangereux", protestent d'autres. Le bruit a même couru que la matière utilisée pour sa fabrication était cancérigène. "Non, répond l'Institut national de la consommation, il correspond à nos normes de sécurité, sous réserve des précautions d'usage." Une nouvelle poupée, en peluche, celle-là, devrait bientôt apparaitre sur le marché. On se l'arrache, décidément, et pas seulement les fabricants de jouets. Plus de soixante demandes de licences sont à ce jour parvenues aux services commerciaux d'Antenne II. Un disque tiré à 600 000 exemplaires, un journal, un poster en relief, des vignettes, des livres à colorier, des vêtements et même des verres  à moutarde : voilà qui satisfera les membres du club récemment créé. Voilà qui alimente, en tout cas, les caisses d'Antenne II, dans lesquelles tombent 30% des royalties. Souhaitons, comme Jacqueline Joubert, qu'une partie de cet argent frais tombe dans l'escarcelle de son département et serve — pourquoi pas ? — à aider la création de séries de fiction françaises. Pour l'heure, la concurrence avec les Japonais parait difficile puisqu'une minute de Goldorak revient à 1 000 F, soit trente fois moins que
celle d'un dessin animé confectionné en France.

Un héros japonais de l'an 3000
Ceci explique cela, et voilà pourquoi le "Grendizer" japonais est devenu "Goldorak" par la grâce de Jacques Canestrier, qui a trouvé ce titre en mêlant les syllabes de "Goldfinger" et de "Mandrake".

Succés oblige : alors que le cinquante-deuxième et dernier épisode de "Goldorak" sera diffusé le 18 janvier, Antenne II a décidé de reprogrammer la série à raison d'une émission par semaine — le jeudi — à partir de la semaine suivante. Quant à Jacques Canestrier, il songe déjà à la carrière d'un autre héros japonais de l'an 3000, plus romantique celui-là qui s'appelle pour l'heure Capt'ain Harlock, mais sera francisé et pourrait naître à l'antenne, en septembre prochain, dans le même temps ou un peu après la sortie d'un dessin animé de long métrage destiné au cinéma et monté avec d'autres bobines de... Goldorak.

Michel RADENAC"


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