Mon amour pour le Japon et Tôkyô

Mon amour pour le Japon et Tôkyô

08 mai 2005

Yasujiro Ozu, Ryû Chishû et poèmes



Notes liées dans mon blog : Liste articles cinéma japonais


Dans le magnifique film "Fleurs d'équinoxe" de Yasujiro Ozu, son acteur fétiche Chishû Ryû récite un poème du samouraï Masatsura Kusunoki. Lorsque je l'ai entendu la première fois, mon cœur a fondu devant tant de nostalgie, de tristesse retenue, j'étais au bord des larmes; ce passage reste pour moi l'un des plus forts des films de Ozu.


Chishu Ryu, commençant sa récitation
CanalBlog Cinema Ozu Fleurs D Equinoxe Chishu Ryu Poeme

Le voici tel que traduit dans le coffret 6 DVD paru l'an passé :
Les préceptes de mon père sont gravés dans mon cœur,
je suivrai fidèlement l'édit de l'Empereur.
Dix années de patience et l'heure a enfin sonné.
Frappe d'un coup puissant, fait fuir l'ennemi apeuré.
Pour la cause de l'Empereur, nous luttons maintenant.
Nous battre et mourir en hommes,
Nous en faisons le serment.
Nous, 143 compagnons de guerre,
Unis comme un seul homme,
Déterminés à lutter jusqu'à la victoire,
Oui nous le sommes.
En mourant, les héros se gagnent
Une gloire immortelle,
Les lâches souffrent
Une honte éternelle.
Avec la pointe de nos flèches,
Nous gravons notre histoire.
Les lames de nos épées
Étincellent dans le soir.
Contre l'ennemi qui s'approche,
Marchons d'un pas égal.
Sus à leur Général, donnons lui le coup fatal .

La vidéo sur Youtube!
http://www.youtube.com/watch?v=3Q0Tz6fBeqw

Quelques minutes après, un autre poème :
A Sakura, les arbres sont tous en feuilles.
Au crépuscule, peines et douleurs se cueillent.
Les guerriers se demandent où va donc le monde.
Étincelant sous l'armure, des larmes ou la rosée tombent.

La vidéo sur Youtube!
http://www.youtube.com/watch?v=wzYmXKt270w

Voici cette fois le dernier poême de Ozu, celui qu'il écrivit peu avant sa mort. Il s'agit de la traduction de l'excellent livre de Max teissier "Images du cinéma japonais" :
Sous le ciel, le printemps est tout en fleurs.
Les cerisiers sont merveilleux.
Ici, je me sens distrait et songe au goût du "samma".
Les fleurs de cerisiers sont fripées comme des chiffons.
Le saké est amer comme un insecte.

Voici celle, légèrement différente, lue en 1997, sur un coffret Laser Disc de la FNAC :
Sous le ciel, le printemps est tout en fleurs.
Les cerisiers sont en bourgeons.
Je me sens vague et je songe au goût du poisson.
Les fleurs sont fripées comme des chiffons.
Et le saké est amer comme un insecte.


"Peu de temps après Ozu mourut et sa légende naquit" peut-on lire dans le livre de Max Teissier.

Ozu est, de loin, le cinéaste que j'aime le plus, celui qui me fait voyager en moi, submergé d'émotions provoquées par ses films. Certains ont dit qu'il était le cinéaste du Mono no aware, la fameuse contemplation du monde, la douce acceptation des choses, du temps qui passe, de la vie qui s'en va... Que de la tristesse, que de la nostalgie mais aussi infiniment de douceur. Lors de mon premier voyage à Tokyo, en avril 1997, le soir, à la lueur des lumières de la ville, je me promenais dans ces ruelles qu'il semblait tant affectionner. J'étais dans ses quartiers, dans des ruelles semblables et j'étais tellement, tellement en paix avec moi même, si serein...

Merci Ozu sama pour tout le plaisir que vous m'avez donné.

Posté par David Yukio à 10:05 - Cinéma japonais - Permalien [#]